Lundi 5 janvier 2009 1 05 01 2009 14:55

Il me fallait, ma sœur, retourner au pays de Jeanne pour m’offrir les charmes d’une nouvelle sinécure de détoxication alimentaire. Que m’importe de réussir ou pas puisque je n’ai plus personne à satisfaire. Nouvelle cure de détox sur des terres de conquête et de foi criarde. Il me fallait entreprendre ce voyage débile, emprunt de mysticisme et de démence ascétique pour entendre battre mon cœur d’impatience et de désirs alpestres.

Et me charger, To Anne,  comme une mule, sous ce ciel divinatoire de Lorraine, de l’entêtement de d’Arc et de substances antalgiques !
Se ranger sousle commandement de Jeanne malgré  la blessure, se rallier à sa fougue malgré la fêlure. 
Fêlure du cœur et de la chair, offerte à flanc, ouverte à souhait à l’instar d’un Christ pendant de poutres clouées.

Il paraît que les étoiles, du ciel, glissent jusqu’aux parois rocheuses et vous passent entre les pieds à l’approche des sommets.

Je veux goûter de nouveau à la dangerosité du franchissement des cols avec le vide en contrebas comme grande porte de sortie.

 

Je veux retrouver l’extase du périple solitaire et cohabiter avec l’obscurité du fond de laquelle crépite l’incompréhensible clignotement céleste. 

- Pourquoi donc me chasses-tu existence?

 

Je me sens seule face au monde. Le conçois-tu ?

Je suis rattrapée des visions d’Emma, sous le sapin, il y a des yeux dans les poupées qui pleurent à chaudes larmes comme je me traîne et n’avance plus. Etrange conglomérat, dans ma tête, de frontispices et de partage. Jeanne sait comme il est bon d’errer, çà et là, libérée de la gabegie sociale et de la moiteur du fond de culotte des églises où de vieilles débraillées se boucanent la glotte à aboyer des credo. Nancy, à l'encens de la cathédrale, au jour du repentir des putes. Elle était rose, plantée sur ses aiguilles à brûler un cierge. J'avais la gorge nouée de rancoeur et de haine.

Il paraît que là haut, quand le corps ne veut plus, quand la tête ne suit plus, amorphe et exténué, il arrive d’entrevoir les choses du passé.
Chère sœur, risquer l’ascension pour espérer  croiser notre mère et lui présenter l’enfant qui me tire vers le fond. Il y avait de la vie, il y avait de l’espoir lorsque du plateau arrosé des rais de soleil nous conduisions les vaches au pré. Te souvient-il nous étions gamines et sans histoires, aujourd’hui, chère sœur, je suis vieillissante et sans issues.

Bien à toi.

Par Ines de Saint Lambert
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