Jeudi 6 novembre 2008
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Si vous saviez comme je voudrais ne plus entendre, ne serait-ce qu'un instant, l'écho cynique
du chant des douleurs dans le creux de mon âme et oublier pour de bon cette pléthore de questions quotidiennes sur lesquelles je n'ai plus l'ascendant. L'enfant est dans ma vie. Le
coeur bien au chaud, blotti tout contre moi, le bras pendant, dans le prolongement même de ma peine L'enfant est dans ma vie et des portes se referment et me claquent au nez. Où
est donc passé ce foutu vent tiède qui élevait, jadis, mon âme hors des limites du temps? Tout est vide autour de moi, seule la douceur de vos mots et l'entendement des écrits
des autres me persistent. Je suis réduite à rien, à de l'inécriture abstraite.
De mon moi profond, qui suis-je? L'une ou l'autre Leylia? Qui suis-je? Inès de Saint-Lambert? Qui-suis à la fin?
Le gris du ciel s'apitoie sur mon sort. J'hume, je me tangue. Je n'assume plus ma propre déchéance. Il ferraille dans ma tête des tonnerres d'indifférence. Je pilonne l'horizon, je suis guerre et
vomissure de patrie. Un appel d'air, quelques bulles viennent me crever en surface. Je suis un point d'eau glauque, une flaque génitrice de dysenterie.
Mes traits se creusent. Si vous saviez comme je vieillis. Mes os me rognent le squelette à chacun de mes efforts consentis.
- L'enfant?
Il est là si radieux, si rayonnant, ô combien éblouissant d'éveil. Souvenez-vous du Portrait de Dorian.
"J'y ai mis trop de moi-même".
Je veux absorber toutes ses craintes, toutes ses angoisses, chacune de ses douleurs, la moindre goutte de ses larmes, je veux assécher son oeil du moindre de ses chagrins.
Et pourtant?
Et pourtant, je pressens les grands évènements, le hurlement des victimes et des défunts bringuebalés dans des charrettes à bras. Je flaire ces déchirements du haut de ma mansarde d'enfance
et au chevet de mes livres d'histoire. Je n'ose plus descendre la poignée de marches qui me sépare du lendemain. Je redoute les corps éclatés, les nouveaux obus, la charpie de
chair sous des milliers de pas, piétinée. Et pourtant, je pressens la noirceur de ces sombres évènements m' approcher comme une bête sanguinaire n'épargnant personne.
Bien à vous
Par Ines de Saint Lambert
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