Mercredi 8 octobre 2008

Que suis-je donc allée faire dans les Alpes ?

Mais que vais-je  donc faire dans les Alpes ?

M’injecter de la poussière de roche dans  les veines, m’assaillir de douleurs dans les crevasses et moraines ? S’offrir l’exagération et le souffle de mes condisciples dans le conditionnement lent de l’essor alpestre.   

Emma, cette question, je me la suis posée, inlassablement, dans l’effort et dans la continuité de ma chevauchée vers les sommets. Cette question Emma, je me la suis posée, de concert avec toi, au ras des flancs saillants, à fleur du vide, le cœur haletant de la nouvelle réussite qui je dessine.

Je pense qu’à force d’écrire les choses du même acabit, je vais finir par lasser les gens qui me cohabitent.

Rompre était la raison sine qua non de mon départ.

Je ne pensais pas que mon écrit était, à ce point, prémonitoire.

Je ne pensais pas que ton écrit allait raviver mon entendement chagrin.


J’interroge mon silence et me souviens.


Combloux, chalet 930, route de Cordon.


Je me souviens, devant moi, s’étale le faste monarchique du Mont Blanc. Je me souviens de la renaissance suspecte de mon interrogation face à sa solannelité. Le regard pitonné à son degré de compassion glacière.

Je me souviens.

Je cherche à dévisser, quelque chose de fort, puissant et transcendantal me retient.  

Je me sens petite et transie d’incertitudes face à l’immensité. Je m’accroche à un pan du ‘’quadri moteur’’ puisé du Malabar Princess. J’ai cette fascination débile constante et débile pour les débris, alors - exit les longs discours fédérateurs et les cordées unanimes, je ne me reconstitue que dans la dispersion et  l’éparpillement du Moi des autres dans le repli d’eux-mêmes.

Le refuge, j’ai choisi le refuge capitonné de planches et chevrons comme arche de Noé et bastion rocambolesque. J’ai choisi de tout éteindre, de l’heure aux énormités médiatiques dans le dessein de me survivre.

J’ai tellement mal de mes propres retors, si loin de tout le monde et de l’avalanche boursière qui me galvanise Je me suis jetée dans la curée des organismes emprunteurs. Je me suis fait rogner comme une charogne. Je spécule à l’envers car je n’ai d’yeux que pour ma dépendance aux marges glacières.

Rompre avec l’écrit et renouer avec l’effort ! Tant pis.

Je crois en l’exil tors et sublimé.

J’ai opté pour la démesure magnanime. Tu sais Emma, celle qui pardonne tout. J’ai besoin d’être pardonnée. J’ai trop de fautes à mon actif. Je me souviens trop de mes erreurs !

J’ai opté pour le silence des neiges. J’ai succombé aux charmes de l’altitude. Je les aime. Je les aime tout simplement, elle et ses arêtes vertigineuses – tu sais, quand le bas ne ressemble plus qu’à une nuée de points. En prendre, un,  final, et le mettre au bout du long louvoiement qui m’a conduite à vous.

En prendre un dernier pour n’avoir plus à revenir en arrière et vivre enfin.

Mais que suis- je donc allée faire dans les Alpes. Je n’ai toujours pas répondu Emma, j’y reviendrai.


Que suis-je donc allée faire dans cette galère ?

 

J’ôte un à un les cailloux de ta bouche pour me reconstituer des montagnes que je n'ai de cesse de gravir.

 

Bien à toi.


Bien à vous.

 

 

 

Par Ines de Saint Lambert
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Commentaires

Merci de ne pas m'oublier très chère Inès.

Carrie
Commentaire n°1 posté par Carrie le 08/10/2008 à 21h49

"Rompre avec l'écrit et renouer avec l'effort. Je crois en l'exil tors et sublimé."
Impressionnant comme ces mots, et les autres aussi, résonnent... Quels élans, quels élancements...
Courage. Il y a quand même quelques éclairs de bon dans notre présence ici bas, non ? Et puis, les grands yeux de la petite chose ont tant à voir... Lui montrer le beau peut aider à mieux y croire.

 

 

Commentaire n°2 posté par Clarinesse le 11/10/2008 à 22h29
Rompre, partir, casser des cailloux dans les montagnes.
Moi je pars chez les cowboys, les vrais, là bas où c'est hyper grand..
On m'a dit que Corine pouvait me suivre jusqu'à là bas. Je ferai gaffe. Quitte à casser des cailloux, autant que ce soit pas les cailloux blancs et friables de cette chère pute de Corine.
Mes hommages madame, merci de me lire.
Commentaire n°3 posté par BB le 17/10/2008 à 15h17

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