Samedi 19 avril 2008

To Emma,

 

Je pense, je médite, je survis.

On me reproche un peu tout et n’importe quoi. C'est dire!

Si tu savais comme on se penche sur mon cas, si tu savais comme des esprits vautours cherchent à me le mettre en charpie!

Après tout, chacun raconte ce qu’il veut. Chacun a sa propre conception des images du monde qui tourne et nous détourne de notre condition d’êtres abusés par chacun des pores de notre peau.

Surtout mes détracteurs parce qu’ils ont l’assise et le bagout. Le bagout condescendant et clinquant d’une cour monarchique frustrée de traîner à sa botte tout l’apparat grotesque d’une vulgaire salle de réunion.

Moi, je ne suis pas comme eux, j’ai, dans le sang, l’amour de mon petit village, je l’ai dans les tripes, brûlantes de viscosités tièdes, je l’ai comme une en fieffée, grisée du ruissellement frais de notre rivière. Mon Cousances les Forges, me claque dans les tempes comme la peau sur les os, et cela, les agace parce que ses rues et sentiers m’honorent comme la sempiternelle enfant fourrée dans ses girons.

Je n’ai pas eu droit à mon conseil de discipline perfusé de morale chimiothérapique mais d’ores et déjà, je puis dire et me convaincre que je les emmerde parce que je reçois tes mots à même mon petit cœur béant de certitude et de désolation. Au moins de ceux-ci, de tes mots accrocheurs, il est certain qu’ils n’ont jouiront jamais ni de carne, ni d’ailleurs. Ils cloisonneront ma liberté, ils me porteront à l’étouffement, ils me tairont jusqu’au colon, vidangée de ma propre fiente mais, jamais, ils ne seront leurs destinataires uniques.
Jamais chère Emma.

Eux, les autres, j’ai tant à apprendre de leur absurdité et me prête, cliniquement, à leur jeu car j’entrevois la faille, la faille dans laquelle je m’engouffre pour pointer de  ma plume leur ego démesuré.

Je feinte de végéter dans l’incompétence, je donne libre cours à ma lecture, je ne décide de rien, je me parasite de tout même des fabuleuses pelotes de réjection qui roulent sur le plancher pourri du vieux clocher. Ils me somment d’attendre. Je les presse. Je déteste ces stratégies de l’attente, je suis bouillonnante, à vif, éviscérée même du plus nécrosé des boyaux. Je suis, ce que vous lisez de moi, mais eux l'ignorent. D’ailleurs que savent-ils de ma dévotion et de ma voracité d’écrire, à part le culte d’eux mêmes que savent-ils des autres qui triment dans l’obédience absolue du Verbe et de la désertion.
Je suis ce celles qui écrivent dans la douleur.
Désolée, mais à me rudoyer, vous donnez de l'eau à mon moulin.

Ressuscitons chère Emma, ressuscitons !

J’ai larme à l’œil.

 

Bien à toi chère sœur de la désobéissance.

 

 

 

 

par Ines de Saint Lambert
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