Dimanche 23 mars 2008

Puisque très tard dans la nuit, j'ai de l’eau tiède dans l’oeil aux pans de tes écrits.

Il nem'en fallait pas plus, tu n'aurais pas dû, je n'en mérite pas tant.  

 De bouleversements d’âme aux nocturnes cafards puis méditer sur tes mots pour ne plus avoir à écrire les miens, et perdre du temps à barbouiller de plume ma fantasque mémoire…se servir de ton langage aux délices de ma cause et d’un style estropié comme encorbellement des saloperies de choses à jeter en l'air ! Que faire quand l’âme nous quitte? Dans tous les cas qui recèlent ma part de souffrance, je me taille dans le vif du sujet dont je suis le sacrilège attribut.
Moi, un génie?
Un génie pourri du cerveau.

C’est décidé,  je m’embrouille pour ne plus m’en sortir, et courir la vergogne au carrefour des tumultes, les rues sont cadenassées, la neige putréfie mes trottoirs, je piétine et me garde de m’en lasser, de me lacérer les veines comme ma chère Anorchidéa parée de ses bandelettes au portrait de pose, je cherche malgré tout à m’asseoir sur un banc et repenser comme suit l’instrument de ma raison : fermer les yeux puis me laisser couler, rebrousser chemin pour rejoindre ma naissance et me planter dans le plus profond du cœur le cierge baptismal puisqu’il n’y  a plus aucune religion dans ma champ de vision et ne voue désormais plus qu’une foi libidineuse au culte, aux saints martyrs, à Jehanne notre pucelle, à ton oeuvre chère Emma, au désarroi de notre chère Anne, aux cris de Juliette! Je cherche encore le mot qui représentera au plus juste la prose que j’envisage d’enfoncer dans le flanc de notre peuplade soumise aux lois des tendances. Juste m’asseoir à l'abri des giboulées, le temps d’une baise avec la Sainte sépulture vacante de sa divinité décrucifiée de son propre chef.
Je veux descendre de ma croix après la soupe à treize.
Il ne fallait pas me filer des armes, j’avais dit que j’étais dangereuse, et voilà que je cours les rues en état de démence, l’arme à la main, les clous dans les poings…non Emma, ce n’est nullement de ta faute ! Je te suis dans ta rage. Je suis insolente.

Il n’y a plus de style dans ma tête, plus de souffle dans ma plume, plus d’écrit dans mon sang, le rêve est saccagé, pourtant j’en cinglais d’envie le visage et le tronc, mais tout disparaît, en cette semaine sainte, je me consume en vain, je constate encore que le temps me fait défaut, que les journées sont longues à étrenner mon sort, et que la mer est encore loin de suspendre mon corps.
Je suis fille de - l'insoluble légèreté de mon mal-être ! C’est aussi se tordre de douleurs comme s’en foutre éperdument. Il n’y a plus de juste milieu dans cette histoire d’existence, j’aimerais tant m’endormir enfin sans plus avoir à me soucier des heures minables qui me précipitent au fond de l’entonnoir, j’ai la flemme de vivre, le courage amoindri, dessoudée de ma carcasse, je vocifère malgré tout…je suis si seule et si peu solidaire dans cette quotidienneté qui m’aspire à chambrer les étoiles et quémander à la lune une bonne nuit d’utopies, avec elle peut être pas, sans elle, certainement pas…mais que veux je à la fin ?

Te lire et me grandir de tes mots, c'est mon drame.  
Qui suis-je chère Emma, qui suis-je?
Bien à toi.

Inès

 

par Ines de Saint Lambert
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