Mercredi 12 mars 2008

Chère Leïla,

 

C’est un jour de grand vent où l’on enterre une enfant du village où l’on me rejette par devant pour n’avoir rien su faire d’autre que de me remettre en questions. Tant pis, puisque mes rues me refoulent, puisque mes murs me rabrouent hors de mes propres gonds…tant pis. J’ai choisi de m’éteindre pour m’économiser, j’ai choisi la pluie et le vent pour me dégoupiller au regard des autres regards venus détremper leurs yeux.

Puis il y a l’enfant, pas celui des Enfants rouges de Mélie. Tu ne le connais pas encore. Tu ne sais rien de lui mais il est là, à décompter les jours, entortillé de ses tripes, à pressentir le jour ou le mauvais tour que je lui joue en lui donnant la vie.

Je sais que de son ventre, il entendra les voix chevrotantes de la vieille chorale, il sentira l’encens et les effluves des chaudes larmes.

Te souvient il de nos aubes tombantes et tourbillonnantes, au lever du jour,  à secouer des grappes de clochettes, le bout des doigts, vibrant, entaché du sang frelaté du christ substitué par du pain ranci et de la piquette?

Te souvient-il de ce petit village, au détour de la grande nationale ?  Tu comprendras peut être mon entêtement à tremper mon âme dans le bénitier de la petite église. J’ai un cœur à sauver, une espérance à rattraper en plein vol !

Je me sens vide et en perte croissante de conscience. Je m’éparpille et me ramollis dans les échanges. Je crains mon prochain tant il me rejette. Je n’ai plus aucune place attitrée.

Réapprends-moi  à écrire, à me concentrer, à penser, à réfléchir. Je dois me restituer dans l’enceinte même de ma sagacité. Pourquoi cette perdition soudaine ? Qu’en est il de moi-même ?

La fatigue, l’étrange fatigue, l’ennui à saisir. Les proches à ravir ?

Toutes ces lettres que je remue, que je chiffonne à tour de rôle.

Je n’ai même pas la moindre réponse à retourner, ni la moindre considération à partager.

Il faudra que je me tasse dans la petite église pour respirer les odeurs de cheveux humides et éventés. J’écouterai les reniflements intempestifs des familles en deuil.

Ironie du sort, rien à faire qu’à subir une solitude vermoulue et repoussante.

Tout cela sonne faux, je sens bien que mon sang bouillonne avant la grande culbute.

Tu es là, c’est tant mieux, je te lis et réponds dans le tourment.

J’ai mal de pavés et d’obsessions, ma tendre Nancy m’a foudroyée et c’est tant pis pour moi. Je me condamne à chacune de ces marches funèbres.

Alors, dans la démarche qui m'isole, bien à toi chère sœur.

 

par Ines de Saint Lambert
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Commentaires

Ainsi soit-il.                                     
commentaire n° : 1 posté par : Sév (site web) le: 12/03/2008 19:24:40
Tiens bon Inès tiens bon ne laisse pas la depréssion t'emporter ne lui cède pas princesse on est avec toi, je suis avec toi je te soutiens à travers mes pensées!

Tu n'es pas seule sache le!

Courage princesse courage!!!
commentaire n° : 2 posté par : coldoll (site web) le: 12/03/2008 19:40:54
Chère Ines
Je passe juste sur la pointe des pieds afin de te souhaiter un très doux week end.
Je t'embrasse
commentaire n° : 3 posté par : jean-marc (site web) le: 13/03/2008 23:56:18
Bonjour Inès,
Je suis très curieux de connaitre toute l'histoire. Très simplement, très profondement. De toi de Nancy. Je reste toujours, en te lisant, avec ce goût qu'il y a quelque chose de non dit.

Sur chaque nuit se lève un jour, et sur chaque tristesse se levera une nouvelle joie.
commentaire n° : 4 posté par : LuckyFirst (site web) le: 14/03/2008 07:57:57
Merci pour la visite.
Alors, toujours pas causante?
Que Dieu te visite.
commentaire n° : 5 posté par : LuckyFirst (site web) le: 15/03/2008 10:40:13
Soirée bonne.                              
commentaire n° : 6 posté par : Sév (site web) le: 15/03/2008 19:46:52

Comme ils sont justes, ces mots, comme ils sont proches, ces maux. Mais cet enfant ? Le mien, avant de naître, a connu, tout de même, le goût des larmes avant celui du lait. Mais il a fait de cette colère sourde, de cette tentation du néant, une force de vie insensée, une voracité tenace. 
Courage, tu n'es abandonnée ni par ta muse, ni par tes lecteurs.

commentaire n° : 7 posté par : Clarinesse (site web) le: 15/03/2008 23:21:12
... oh je cherche, je n'ai de cesse de chercher d'où viennent tes pas et où ils vont, quels pavés nancéiens ils foulent, la rue St Jean ou le boulevard Albert 1er, si tu t'es offerte au soleil à la Pépinière, si tu t'es  entendu les silences des étudiants ...
... cet enfant dont tu parles te jouera peut-être le tour auquel tu ne t'attends pas: te donner le goût perdu et désintoxiquer le vent qui te balade ...
Take care, sis !
commentaire n° : 8 posté par : Leïla le: 16/03/2008 00:02:16
Des interrogations, des angoisses... mais la lumière viendra un jour, et la vie avec!
commentaire n° : 9 posté par : Mélisande (site web) le: 18/03/2008 19:35:49

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