Chère Leïla,
C’est un jour de grand vent où l’on enterre une enfant du village où l’on me rejette par devant pour n’avoir rien su faire d’autre que de me remettre en questions. Tant pis, puisque mes rues me refoulent, puisque mes murs me rabrouent hors de mes propres gonds…tant pis. J’ai choisi de m’éteindre pour m’économiser, j’ai choisi la pluie et le vent pour me dégoupiller au regard des autres regards venus détremper leurs yeux.
Puis il y a l’enfant, pas celui des Enfants rouges de Mélie. Tu ne le connais pas encore. Tu ne sais rien de lui mais il est là, à décompter les jours, entortillé de ses tripes, à pressentir le jour ou le mauvais tour que je lui joue en lui donnant la vie.
Je sais que de son ventre, il entendra les voix chevrotantes de la vieille chorale, il sentira l’encens et les effluves des chaudes larmes.
Te souvient il de nos aubes tombantes et tourbillonnantes, au lever du jour, à secouer des grappes de clochettes, le bout des doigts, vibrant, entaché du sang frelaté du christ substitué par du pain ranci et de la piquette?
Te souvient-il de ce petit village, au détour de la grande nationale ? Tu comprendras peut être mon entêtement à tremper mon âme dans le bénitier de la petite église. J’ai un cœur à sauver, une espérance à rattraper en plein vol !
Je me sens vide et en perte croissante de conscience. Je m’éparpille et me ramollis dans les échanges. Je crains mon prochain tant il me rejette. Je n’ai plus aucune place attitrée.
Réapprends-moi à écrire, à me concentrer, à penser, à réfléchir. Je dois me restituer dans l’enceinte même de ma sagacité. Pourquoi cette perdition soudaine ? Qu’en est il de moi-même ?
La fatigue, l’étrange fatigue, l’ennui à saisir. Les proches à ravir ?
Toutes ces lettres que je remue, que je chiffonne à tour de rôle.
Je n’ai même pas la moindre réponse à retourner, ni la moindre considération à partager.
Il faudra que je me tasse dans la petite église pour respirer les odeurs de cheveux humides et éventés. J’écouterai les reniflements intempestifs des familles en deuil.
Ironie du sort, rien à faire qu’à subir une solitude vermoulue et repoussante.
Tout cela sonne faux, je sens bien que mon sang bouillonne avant la grande culbute.
Tu es là, c’est tant mieux, je te lis et réponds dans le tourment.
J’ai mal de pavés et d’obsessions, ma tendre Nancy m’a foudroyée et c’est tant pis pour moi. Je me condamne à chacune de ces marches
funèbres.
Alors, dans la démarche qui m'isole, bien à toi chère sœur.
Comme ils sont justes, ces mots, comme ils sont proches, ces maux. Mais cet enfant ? Le mien, avant de naître, a connu, tout de même, le goût des larmes avant celui du lait. Mais il a fait de cette colère sourde, de cette tentation du néant, une force de vie insensée, une voracité tenace.
Courage, tu n'es abandonnée ni par ta muse, ni par tes lecteurs.
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