Vendredi 28 décembre 2007



To Anne,

To Anne pour reprendre l’intitulé d’Emma.

To Anne en guise de retour après Noël et dans le but de parachever ma dissection. To Anne parce qu’en retrouvant tes écrits, j’ai succombé au charme de ton message télégraphique:
 
        - Inès, reprends ton écriture, s'il te plaît. Besoin de te lire... 
 
Il ne m’en pas fallu davantage pour me sentir transportée, ravie, presque utile, profondément touchée, déstabilisée, décomposée et sensibilisée à jamais.

To Anne parce qu’en te lisant, je me retrouve dans cet enchevêtrement de crises de delirium tremens et de dérives sédentaires. Des fleuves de denrées alimentaires m’ont traversé le corps en y laissant d’innombrables et non dégradables dépôts d’acides gras trans, plaqués dans les artères et stockés dans les flancs pour que le cœur fibrille. La roulette de ma souris s’emballe, du bout du doigt, je la déroule, elle me précipite dans ta lecture. Je me retrouve dans tes hôtels, je me retrouve dans tes douleurs éparses à l’instar de celles que tu t’infliges, à la lame, pour t’acquitter de dettes artificielles, à la larme de ta solitude déshydratée d’alcool. Je me retrouve dans tes rues glauques et me perds dans tes silences sous de sales enseignes clignotantes. To Anne, et que dire de ton échange épistolaire avec Emma, Emma à qui je dois des réponses profondes et accomplies sur mon travail d’énonciation. Je recule, ne trouve que des mots malhabiles mais entends la distorsion de ta musique de soutènement. 

J'ai peur.
 
Je suis éprises de ta plume et m’enlace aux bras de tes meurtrissures. Je suis éprise de tous vos mots chères sœurs de souffrances ainsi que de vos visions d’horreur, de camps d’extermination aux chairs décharnées aux stupres de Sobibor. L’épurement, je dois penser à l’épurement de mon style ethnique, à l’affinement d’une prosodie cadavérique en faisant fi de la redondance et de surabondance lexicale - Noël est passé mais reste cette frénésie d’avaler, de me remplir de tout et de n’importe quoi. Je sens le bourrelet ceindre et jetter son dévolu sur mon ventre encore si plat. Juste quelques kilomètres, le soir, à la lampe rivée sur le front dans les rues éteintes de mon village pour garantir le crématoire à mes calories J’ai cherché comme les haruspices à lire dans le charnier des victuailles du réveillon le tracé de mon avenir – pas le moindre linéament, pas la moindre divination, pas la moindre réjouissance encore que l'enfant, P.M., encore que l'enfant, puis même! J’ai souffert de me remplir jusqu’à désoeuvrement, jusqu’à ce que mon ventre se torde et trébuche de douleurs et d’écoeurement à la cuvette de toutes les déjections d’un peuple de côlons retors, mais en vain. Je m’empoigne, je m’emprisonne la bouche de mastications délictueuses et chocolatées qui me procurent le dégoût de moi même.  Heureusement, le nord est descendu jusqu’à moi, sincèrement, j’étais bien dans le giron de cette autre famille. Je me suis enlaidie, alourdie, je me suis remplie méthodiquement par le canal oesophagien de lourdeurs stomacales et d’ondées éthyliques. J’étais bien mais me condamne à l’abstinence et travaux de l’effort forcé pour avoir succombé aux tentations bachiques.

J’étais bien, il n’y avait personne, juste un mot de Camille s’échappant, dans la sainte nuit de Noël, de la hotte du vieux bougre jusqu’au ventre rond. J’étais bien dans cette chaleur humaine, juste à la bougie et aux faisceaux du feu de bois parce que la tension haute était tombée en émoi. 

To Anne, to Emma, pour votre échange qui n’en finit pas de m’empoigner, pour vos lignes qui n’en finissent pas de m’assaillir, pour ces millions de Morts dans les camps qui ont séché avant nous.

 

To les autres, je pense très fort à vous chères et chers lectrices et lecteurs.  Je suis en manque de temps d’écriture, je dois me refaire une santé syntaxique. Je sens bien que je butte. Et vos lignes tombent comme celle décrochée des cieux de ma fidèle Dolorès. En remerciement de tous vos mots. Je manque cruellement d’écrire parce que je vis des jours ni pis ni meilleurs.

 

Bien à vous.

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par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 19 décembre 2007

Chère Camille,

 

Devant les mots, devant les lignes, j’essaie de redonner un sens à l’absolutisme de mon quotidien bouffon. Devant les mots, devant que de sentir l’herbe me mourir sous le pied, j’envisage de me recadrer et de me raccommoder avec la vie passagère. Je ne te laisse plus de nouvelles, j’en suis vraiment désolée, navrée, presque impuissante car je lis, me lie au funambulisme en tentant d’assainir les choses qui me morfondent. J’en suis là dans la nuit, le vent, le froid, arrosée de lumières artificielles, à reconsidérer l’avenir. Ceci étant ma plus grande faiblesse, qui pis est, ma plus grande détresse où l’inconnu se presse aux portes de ma désespérance. Je me ronge les sangs de n’avoir plus de mémoire pour retranscrire au cordeau tout ce que je ne parviens pas à oublier et me revient sans cesse pour mieux se dissiper et se reperdre, généreusement dans l’insomnie des soirs de tracas. 

Peut être me lis tu encore, peut être pas?

Qu’importe, je t’adresse toutefois ces lignes anthracites. Ainsi se lient les voies de la meurtrissure à se repaître de défections et d’égarements consensuels. J’ai perdu beaucoup de monde autour de moi, au point tel, que je n’ai plus personne. 

Le chambardement des nuits, le quotidien qui roule et le ventre qui s’arrondit avec l’enfant qui bouge et joue de ses pieds et de ses mains. Puis Nancy parfois quand l’envie me reprend de m’astreindre aux rêveries. Le corps est en repos, il attend l’appel des montagnes érodées, il attend que tout s’organise autour de lui pour jouir du conditionnement syncrétique des courants éparses et dogmatiques de la douleur. L’esprit quant à lui, saccagé du pire à venir, s’en fout. 

Je n’ai plus saisi l’occasion de  laisser filer mes mots sur du papier, ni ma voix courir le long du fil pour te conter l’histoire. J’ai, égoïstement ou modestement, opté pour le silence. 

Je me retranche, me refuse, m’engrosse d’affres névrotiques. Je suis une hermaphrodite qui cultive un environnement in vitro à caractère anxiogène. Moi-même, les autres, ici personne, c’est l’environ qui scande, l’à peu près psychotique qui gronde. Ma tête cogne, elle se récidive, se dévisse. J’approche la fin d’un cycle cérébral pour en entamer un autre carcéral. J’aurai des décisions à prendre, des responsabilités à asseoir, un rôle à assumer pour démystifier l’avènement de ma chute Je ne me reconnais pas dans les éloges qui me sont portés aux nues. Je ne me reconnais pas dans ces voies où l’on me déporte au vu de tous. Je me résigne, me rassure, je suis puisque j’écris. J’accomplis la mission que ma chère Jeanne m’a confiée. 
Je lutte. 
Je ne me retourne plus, ni dans la rue, ni sur moi-même. J’avance d’un pas décidé vers mon destin salutaire. Les nuits sont froides, les chemins sont longs de mon introspection, ni trop peu carrossables, ni trop moins cabossés. J’ai décidé de lutter et de tenir debout face au système qui s’instaure autour de nous. Je sens les caresses tentaculaires d’un pouvoir pernicieux qui me dérangent les sentiments. 
Même le pourpre du manteau de Noël s’estompe à l’incarnat bruni. 
Que penser, que dire, se stabiliser, s’offrir comme une dinde aux pourceaux qui la dévore de laïcité ?
 
J’enrage, je m’insère, je me considère comme une encre venimeuse, comme une mort au ras des glandes hypophysaires se répandant dans les interstices des soi-disant sous couches corticales. Il est de mon devoir de retourner et soulever le peuple contre son chef. Je désire être habitée d’une densité langagière et terroriste qui perforerait, à la lecture, la calotte crânienne et exploserait à retardement, soulevant de son souffle et dans les moindres couches les lourdes plaques de nos règlements communs. 

Je me concentre, vois tu, je me condamne à donner ce sens à ma vie pour faire mieux que passer inutilement sur cette terre imbécile. Je dois trier les pendants plénipotentiaires de mon incurie car je me sais enivrée des chants du paradoxe. Je sens naître la confusion et la distorsion au sein de mon propre raisonnement. Je ne suis engagée dans rien, clouée dans l’ombre, à me soumettre par reconduction tacite aux ajustements d’un dérèglement littéraire. Je lis mal, écris nerveusement, anéantis les fondements mêmes de ma révolution. Je m’auto stérilise sans ajustement médicamenteux, sans anesthésie générale ni désir véritable. Je ne produis rien, ni causes, ni effets. Je ne me projette nulle part et me maudis. Mon écrit se condamne et s’exécute à l’échafaud. Maintenant, je sais pour quelle raison je m’oppose à la peine de Mort, parce qu’un couperet menace de rompre, à tout instant, l’immobilisme de mon suspens et de me briser la nuque. 

Camille, voilà ces lignes, je ne pensais pas aller si loin dans mon travail introspectif. Je te parlais de mes feuillets, de mon remuement intérieur, du vide occasionné par la perte de l’être cher, mais je ne savais pas qu’en m’ouvrant à la lecture et à l’écriture d’autrui, j’allais me reconsidérer à l’envers et me démanteler en réseau. J’ai les yeux brûlés de lire mes Autres semblables. Je me nourris de leurs souffrances pour croître dans les miennes. Je suis à cent lieues de mes désirs d’édition et de notoriété. Je suis soignée de cette ambition juvénile et tant mieux.  Je n’écris pas pour satisfaire mon ego mais pour le détruire, irrémédiablement.

 

Bien à toi.


PS: Au fond, je suis incapable de me reprendre en main comme l'a si bien su faire Dolorès!
par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 14 décembre 2007

La nuit est passée, j’ai calmé mes ardeurs, je me sens plus vide, quoique le réveil, avec le retour des gelées blanches, avec l’esprit vaporeux d’un lendemain d’agitation, me donne à reconsidérer le froid de ma tête ainsi que la combustion de mon cœur. Je constate avec dépit que j’ai écopé d’une vie lâche, tombée du ciel et qu’il me la faut subir dans ses moindres aléas. Juliette, dans ses écrits, parle de son échange avec son psychanalyste, des mots tirés au cordeau qu’elle veut poser sur sa douleur, pour l’éteindre, pour l’inhiber, pour l’étouffer comme un incendie. Elle dit que mes mots inspirent son analyse. Je suis forcément touchée, bouleversée même de savoir qu’ils courent dans sa tête jusque dans l’alcôve du praticien. Au fond, moi aussi, lorsque je lis ses, et vos écrits dévastateurs, je n’ai carrément plus envie de partir, bien que tel était mon projet, partir, fuir, me déménager de moi-même. J’avais projeté de lancer quelques lignes ici, puis partir. Quitter la blogosphère, comme Dolorès, pour tout accumuler en moi jusqu’à ce que la messe soit dite. Je vous lis au quotidien. Je vous lis et je suis conquise, subjuguée par vos univers différents, par vos exils palpables. Plus je vous lis et moins j’ai envie de partir. Qui peut comprendre mes crises ? Un jour, je dis blanc et le lendemain, je dis noir. Deux êtres habitent en moi, je partage mon corps avec deux êtres différents, bien distincts et complètement opposés. Mais quand parviendrai je à les unir pour vivre en paix. Je sème le trouble, la confusion autour de moi, je suis une charogne changeante, versatile, lunatique, irascible, docile et dévouée, ce grand tout, à la fois et bien d’autres dépréciations à mon égard de vipère.

Je vous sais, tous et toutes, gré de vos écrits, de vos lectures,  de votre présence, je vous sens, votre regard posé sur la cambrure de mes mots, je vous sens donner le souffle à mon exhibition, comme c’est délectable, de se savoir observée, épiée, déshabillée, bafouée. J’ai les coulisses de mon poème dans la tête, rien de concret. Je me familiarise avec mon dédoublement, rien de défini. Je compose, je conspire, je convulse, rien de ragoûtant. Si par mégarde, j’avance trop, je me perds, si je n’avance pas, je me dépasse, me double et me vocifère. Je me demande si je ne suis pas en train de donner mon corps à l’essence même de l’écrit. A chaque page qui se tourne, je me dégrade, je me dégringole. Ma vitalité s’épuise, mes forces se rendent à l’évidence qui me faudra, un jour, déposer les armes. 
Ma capitulation discursive suit son cours.

 

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 13 décembre 2007

Secousses, mais que vais-je écrire d’irraisonné si tard ?

Secousses, cette fois, on m’a appelée, cette fois, on a besoin de moi, mais que vais-je écrire d’illuminé ès bâtard?

Dans sa bulle, sur le tarmac, dans son ventre, à boire des bulles, je l’ai vu les gober une à une comme un poisson lune, aux confins de sa tête fragile, à la croisée de ses reins sensibles, je l’ai seulement vu goulûment se gargariser d’amnios et de jus de  pathos conjugal. Allongée sur le dos, la mère, dans la salle, le ventre tartiné d’une espèces de saumure, épaisse, solidement bleutée comme l’azur des mes yeux fatigués de décevoir, dans la salle où l’on échographie les ventres primipares, où les mains professorales pianotent, orientent la canule qui filme et me sépare de l’intérieur du garçon qui ventricule à l’instar de mes pensées caniculaires. Je l’ai vu boire des bulles. Bouche, lèvres ciselées à merveille, et les mains qui s’acquittent des premiers signes des premiers us de bienséance. Il faut que je vous dise, la mère allongée sur le papier qu’on déroule, dans l’opacité d’une pièce qui roucoule, presque sous les combles d’un hôpital en déconfiture, jouxtant les réduits où l’on inspire et expire, le regard planté dans l’écran suspendu du mur des agitations, le regard entourloupé de bulles qui murmurent à l’écran. .

Secousses, palpitations, le cœur comme un goutte à goutte ondulatoire, le ventre ouvert, arrosé de rayons incantatoires.

Ma tête à moi, mon ventre à moi, le retour des uns, le retour des autres, la journée repassant en boucle dans ma tête, de ces énergumènes ventripotentes aux chemises courtes, aux boutons tirés sous une pression de panse lourde, engoncés d’airs princiers et ligotés de faux cols féodaux, à vous toiser d’un regard mièvre et dégoulinant de mépris condensé. Je vous maudis, sales porcs, sales pourceaux, je vous maudis de tous vos bourrelets de gras s’accumulant juste au dessus de vos organes blasphématoires. Il me souvient de la rue Jeanne d’Arc lorsque j’étais étudiante, je vous ai vus frotter vos grosses bedaines aux trottoirs de Camille. Je vous ai vus humer la pute et leurs avatars de résilles comme des sangliers rutilants. Je vous maudis, je vous maudis, vos yeux sont gras, injectés d’adipeuses perversions et  de libidineuses intentions. Je vous maudis, ignobles rustres, je vous vomis, pédants et brusques gouailleurs venus me cautériser les vers du nez. Je vous pourris de ma plume et mon rejet de vivre.

Tout me revient, ne prêtez goutte à cet écrit, ne me jugez nullement sur ces lignes chafouines…mon ventre bourdonne, j’ai cédé. La douleur, le reflux gastrique, j’ai cédé, l'outre à bouffe, remplie de victuailles lourdes, le doigt planté dans la gorge pour titiller l'épiglotte. L’œsophage rayé des filets du rasoir. Je sens les effusions de mon sang, derrière la porte close artérielle qui ricane de ma nouvelle dérive psychiatrique qui ronchonne. J’ai soif, et vous, lectrices et lecteurs, vous ne pouvez comprendre que tout s’emmêle dans mon cerveau débordant de haine et de hargne, en fibrillation comme un cœur qui s'électrise. J’ai mal au ventre, je vous dois toutes les explications du monde mais ne lâche rien. J’ai mal de ce bourreau mutant qui m’assène, à chaque  heure, du plus violents des coups qui me larsen. Les coups du sort, les coups du feu, les coups du rang!

Je l’ai seulement vu boire ses bulles organiques pendant que mon cerveau rêvait de fuites concentriques. Oubliez ces lignes, oubliez les dans le désordre et la pression ecclésiaste de l’avent. Elles sont là pour témoigner de mes déficiences intellectuelles et anthropomorphiques. Oubliez  ces lignes apoplectiques, s’il vous plaît ! Assassinez les pour me libérer de ma gestuelle otage.

 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 8 décembre 2007

                                                            

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Je ne trouve pas les mots.

Ni dans le calme ni dans l’imbroglio de ma tête, je ne trouve pas les mots. Je me secoue les tiroirs, m’essore les méninges, il n’en découle rien, pas le moindre filet, pas le moindre jus, pas le moindre jet, pas le moindre pus à soutirer. Je reste en suspens. La vie s’organise autour de moi, se discipline, les décideurs ont des têtes anguleuses, des mentons saillants, des attitudes sournoises, des gestes brusques lorsqu’ils haranguent et agitent la ferveur des foules  de projets salvateurs et de réformes cadenassées. La populace illusionne, s’engouffre dans les méandres de ces  discours racoleurs,  puants d’hypocrisie  et de démagogie. Faute de mieux, je m’isole. Autour de moi, la vie se polarise sur une politique identitaire où l’avis des bien-pensants est retenu et mis au frontispice de notre enseignement cathodique à titre d’exemplarité honorifique. Il faut saccager les armes médiatiques. Je les emmerde et leur vomis dessus. Je ne crains pas leur autorité, leurs principes, leurs règles, je suis capable de pire, d’abstinence, de restriction ascétique et d’efforts prolongés sous des conditions apocalyptiques. 
Je leur écris à la gueule. 
Je ne suis pas masochiste, je suis déterminée à en découdre avec moi-même et saccager les autres qui nous empêchent de vivre et cherchent pour toutes leurs procédures insidieuses à nous poudrer le cul de soufre et nous emmailloter de barbelés. Les orgueilleux ressortent.  Il leur pousse de l’ambition sous la chemise, costume, cravate. La masse exulte, applaudit, baragouine de vieux consentements nationalistes. Ils ne savent rien de l'appartenance à ses terres, à sa ville, à sa région.  Le peuple me dégoûte quand il élabore ainsi sa rémission. J’enrage d’appartenir à cette peuplade assujettie et avilie. Mais ne les sentez donc vous pas tenter de vous violer l’essence même de votre vie.

 Peuple soulève toi ! Emboîte le pas des cités. Va, fracasse et brûle.

Je dois être plus clair. Il est impossible de mener un combat dans la confusion. Les éléments se bousculent, se tempêtent. Nos arbres s’agitent, nos rivières se renflent de limons. Faut il y voir un signe, un signe de déconvenue ? Les sadiques ressortent de l’ombre pour rediriger, pour molester, pour contenir, pour nous emmener comme des bestiaux vers l’abattoir disciplinaire. Il sort des hommes obscurs de nos placards, des hommes aigris, ressassés, arrivistes et revanchards qui soumissionnent par poignée notre peuplade conditionnée. On referme, on resserre, on invite à se taire, on jugule, on strangule, on ponctionne l’effort et les salaires. Ne plus consommer, voilà la règle d’or. Je ne crois qu'au soulèvement du peuple. Le vrai déferlante nullement endiguées des groupuscules syndiqués, trouillards et bridés. Je ne fais confiance qu'au peuple dans sa furie. Tuer l’économie par le jeûne et l’abstinence. Dans chaque coin de ce système exhale le stupre et la fétidité du pouvoir. Je les sens tous corrompus, compromis, obnubilés et apprivoisés comme des adeptes. Notre peuple se fanatise. L’état nous prostitue. J'exècre ce système, qu’il brûle et implose. Cet écrit n’a aucune valeur, c’est juste un crachat, une répétition terroriste et kamikaze d'un écrit épistolaire. Je le déteste, je me déteste.  Je suis incapable d’avancer, de me structurer, de me décider, incapable d’avoir envie. Mon écrit en témoigne, il est foireux, maladif et suicidaire.  Aucun souffle, aucun embrasement, juste de la platitude et du renoncement.  Je ne soumissionne rien,  je démissionne de tout. Ma révolution n’est pas en marche. Je suis baillonnée. Je suis folle, ma folie me poursuit et me mords la chair comme la mâchoire carnivore de la gangrène. Je dois reprendre cet écrit, il n'y a aucune hargne, aucune virulence...Comment chahuter les esprits avec ça? Jeanne, Jeanne, ma chère Lorraine, donne moi ta force et ta monture, ton panache et bannière, montre moi la route d'Orléans que l'on remette une femme sur le trône et que l'on boute, l'orgueil, la vanité, le profit hors du royaume de France.

 

Bien à vous.

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 5 décembre 2007

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Je n’écris rien de copieux, rien de pompeux, juste le besoin de vous lire et de réfléchir à la suite. 
Le départ de Dolorès me fige, mais ainsi va la vie, sous la pluie et le vent, quand Arras et Nancy semblent avoir décidées de grelotter de guingois dans les premiers atours de leurs enluminures de Noël. 
Tes mots me manquent déjà. 
Je te connaissais presque à la fois si bien, et presque à la fois si mal, tant et plus que ma chair gronde, peinée de ta plume et grevée de ta partance.  
J’entends tes plaintes. Nancy, la blanche, emplie de mes dernières verves, fallait il que je changeasse à ce point ? Que je déraisonnasse à l’interdit et me saignasse dans le blanc de tes yeux.  Je n’admets pas que l’on puisse croire en moi jusqu’à l’acharnement, jusqu’à fouler mon carrelage dégoulinant de ma déconfiture. 
Mais tu pars pour t'en sortir.
 C’est honorable !
Tu te départis de ta douleur et te renais d’un ton silence à la pâleur de plus beaux jours puisque, fini, l'exsangue et l'anémie de ton fardeau. S’instaure, en ma carcasse, un  silence vide, d'un ton pathétique et analgésique. Tu as rangé tes écrits, où sont ils donc ? J’ai, moi aussi, ma décision à prendre.J'ai mal de ne pas avoir tout lu...tout est allé si vite. Notre échange et déjà ton départ par la grande porte. J'ai été touchée, conquise et renvoyée à la putride réalité, de l’éphémère à la fin, de l’absence à l’étonnante fugacité des matières de l’immonde. 
Alors, au revoir puisque tu pars. 
Il y a quelques semaines, je décidais d’aller toucher les boucles d’écume de la mer pour rentrer rafraîchie ; tu décides de toucher l’amer afin de décongestionner l’amertume de ta vie, c’est respectable !
Je suis emplie de ta décision ultime.
 
Je suis indécise de la mienne, mutine.
J'ai mal parce que tu vas me manquer, seulement, je suis solidaire de ton ouverture sur le monde réel, mais indécise, de ma fermeture sur l’irréel. Tu as la solution à ton bonheur et c’est irrévocable. Rien ne sert d'insister, rien ne sert de t'enfoncer davantage, tu dois franchir le seuil de ta douleur, c’est bien là, la plus belle de tes échappatoires, tu en as pris le chemin et c’est louable.La porte se referme sur notre échange. Il fait lourd dans ma tête, l’instabilité gronde, je sens que je me défile, me dérobe, de me défie de mes responsabilités propres, parce que je suis efflanquée d’une lâcheté sans merci. Tu vas enfin noyer tes mots. Je ne suis malheureusement pas dans les meilleures dispositions pour t'écrire, la fatigue, l'ennui, le vent, la pluie, la nuit et les autres qui viennent à ma porte solliciter les vertus de mon impersonne, je suis insignifiante et j’en tremble de perdition. Je te souhaite tout le bonheur que tu mérites.
 
Bon vent et bien à toi...
Tes mots me manquent déjà, et Nancy, ma très chère Nancy qui n’est plus à mes côtés pour me consoler mais se dévale, tantôt, en son cortège de la Saint Nicolas. Je n’ai même pas le cran de lui emboîter le pas. 
Nancy! 
J'aimerais te revoir dans tes vitrines aux chocolats qui fredonnent le doux friselis de la papillote !
Dolorès! 
J'aimerais te revoir dans tes écrits. Mais où sont donc tes écrits? Ceux qui m'ont échappé, j’en ai perdu la trace et la disponibilité. D’autres mots me viendront sûrement, d’autres écrits, d’autres âmes en peine…sûrement mais les tiens sont irremplaçables.  
Je souhaitais juste tomber les paupières, une dernière fois dessus, en guise d’Adieu. A toujours donc.A jamais plus, très certainement.Sache que ton nom résonnera dans mes écrits et dans ma tête ad vitam aeternam.
Bien à toi.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 3 décembre 2007

Pas moyen d’écrire le moindre truc, j’ai la tête complètement renversée, le ventre blindé de thé vert, de tisane et d’eau minéralisée…pas moyen d’écrire parce que rien à décrocher, encore moins les antiennes de la lune. La vie ne me lâche pas, j’ai ce qu’on appelle, plus communément, le gros coup de barre, il faut que je dorme mais le corps est agité, dérangé de brûlures inqualifiables. Les nuits sont là, le vent, la pluie pour me rappeler que  chaque instant , comme une émeute, est susceptible de passer comme une bourrasque ou de prendre l’eau. Je regarde, je sens, je pressens, je m’en fous, je vous lis, passe mon temps à vous lire. Je n’écris plus, plus assez, il faut que je reprenne mes livres, mes livres  de lecture, je me dois de réapprendre à apprendre à écrire, pour moi, par respect pour vous, vous qui vous qui me lisez, mais les nuits sont là, pour me rappeller à l’ordre et aux désordres du jour. Je pense à Lettre à Leylia, je pense surtout qu’il faut que je n’hésite pas à insérer les moindres lignes de ma vie, les moindres mots de mon ennui comme il me vient dans la tête, comme il me tombe dans les jambes, sans intelligibilité ni esthétisme.  Je m’interroge sur moi, sur l’avenir, je ne vous le cache pas, j’ai peur de la suite. Tout va si vite, je ne m’informe de rien, me retire, démissionne de tout. J’anticipe le malheur parce je sais qu’il viendra me cueillir, me saisir, un jour où je ne l’attends pas. On ne peut pas vivre toute une vie, impunément, sans que rien ne se passe. Pourtant des choses se sont passées ? Mais lesquelles ? Je ne me souviens plus, je ne me souviens déjà plus. Ne cherchez aucune consistance à ces lignes, je les ai couchées là, en guise de brouillon pour reposer ma tête et tenter de lui donner un zeste de liberté. Je pars encore dans le silence de la nuit, perturbée de la pluie et du vent. 

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
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