Jeudi 29 novembre 2007

 

Le Nord ?

Il faut que je le raconte tel que je l’ai vécu.

 

C’est vrai que je l’évoque sans cesse mais ne l’écris jamais, le Nord ! C’est vrai que je dis toute ma fascination pour cette région mais ne la dépeins  jamais, le Nord !

 

Cette fois, je m’enferme dans mon bureau, me cloître une énième fois pour me souvenir de ma rencontre abrupte avec ma terre adoptive.

 

C’était la deuxième grande destination de mon adolescence, le Nord, par les rails, par la RN44, par l’A26, passer la Champagne et la Somme, croiser les terres labourée d'obus, prendre l’échangeur jouxtant Cambrai pour sortir entre les briques rouges de Marquion ! Raconter mais comment, voilà des années que je monte et descends, des années que je sillonne cette région de Bollaert au terril, de la mine à la mer, de la ducasse aux moules, des chicons à la bières, des chocolats aux Places, de Colas à Jacqueline, de la Belgique au Crinchon, des pavés aux boves, de l’andouillette à la boutique à savon, du Beffroi d’Arras à ses baraques à frites, surtout celle boulevard Carnot. Mais comment parvenir à condenser toutes ces années d’effervescence en un écrit seulement. Le Nord, je l’ai pris de plein fouet, avec son lot de vacarme au pied du bloc OPHLM qui a su m’accueillir et m’ouvrir aussi grand les bras que le coeur, avec ses portes qui claquaient et ses cages d’escalier qui refoulaient l’urine, ses clébards qui aboyaient indéfiniment sur les passants sans mobile et ses relents de puanteur de shit. Du Nord, j’ai appris le désordre éthylique, à slalomer entre chômage et dépression, à sauter les repas équilibrés pour des substituts en canette de chez Timy Market ou en dosettes de chez DIPIPERON.  Au Nord, je me suis résignée à flotter sur les décibels avant de me laisser porter par la douceur et la fraîcheur des flots bleus d’Hardelot. J’ai connu l’éclaboussure des voix éraillées qui passaient du rire aux larmes. J’a été prise d’assaut par des contingents de télévisions qui vomissaient, non stop,  tout leur assortiment de jeux clinquants et de séries qui tuent, quand celles-ci, n’étaient pas reliées par des consoles, à des gamins braillards. J’ai saisi qu’entre les colonnes de murs gris où le tri sélectif se faisait par les fenêtres, que l’ambiance était plutôt parabole porno, canette promo et tango médocs, le tout sous l’œil protecteur des tronches de lares Zinédine Zidane, Lady Diana et Jean Paul II. J’ai appris, entre le crépuscule du béton et l’aube de la ZUP, qu’il arrive parfois, que les oiseaux, perchés sur les rares branches, soient supplantés par des sachets plastiques, et réveillés, bon gré mal gré par le chant adultérin des rixes conjugales ou par les étouffantes vapeurs d’hydrocarbures émanant des feux à l’âtre de voitures. J’ai entendu des rumeurs se croiser de bloc en étage, le couvercle des poubelles claquer et le verre émettre des cliquetis d’ivresse et de débris. Les divorces se finalisaient au balcon dans l’esprit shakespearien de Roméo et Juliette. Il n’était pas rare de croiser une menue fille mère allaitant sa progéniture sous l’œil attendri d’un pédophile en ballade et complaisant ou d’imaginer au fond d’une cave, une jeune promise, sous le joug de son bien-aimé et de ses convives, discutant, allègrement, des modalités de sa prochaine tournante. Dans l’entrebâillement d’une porte, pointée d’un judas, une dame ensevelie sous une avalanche de crédits et de bibelots brassait la poussière alentour de la puissante mâchoire d’un American Staff de compagnie. J’ai compris que le temps passait ainsi, à égrener des photos, des vidéos de vacances passées dans le camping d'à côté et de famille, installée juste au dessus, les larmes arrosant les fleurs artificielles pour donner plus d'éclat à l’ennui. Chaque foyer dénombrait les interpellations, les effractions, les morsures, les feux de squats, tentatives de suicide ou de viol. Et pourtant, le locataire m’étonnait, naviguant dans son couloir, dodelinant comme un spectre fatigué des incidents de la vielle, il reprenait sans sourciller, au petit jour, les manies de son quotidien. L’interphone reproduisait la voix métallique du facteur, les mères aux yeux cerclés de cernes noires emmitouflaient des gestes, on ne peut plus maternels, leurs petits qui filaient à vive allure dans les allées bordées de déjections.

 

Je sortais de ma lorraine et entrais en collision avec la banlieue arrageoise bardée de préjugés paysans J’allais la craindre, apprendre à la connaître pour finalement l’apprécier et  succomber à son charme pour ne plus m’en défaire. Je découvrais Arras, je découvrais les campagnes environnantes, je prenais la route du large via Saint Pol, je foulais le sable, je touchais la mer, j’allais ramasser les moules marinières au fort de l’Heurt et apprenais à les cuisiner avec du vin d’Alsace. Je respirais la Belgique, les pavés du Nord, le fond des mines, les corons, j’aimais les gens au large sourire, aux trognes patoisantes et écoutais indéfiniment Bachelet. Le Nord me montait à la tête, me montrait ses blessures à Vimy. Je me confiais, lui rapportais les  blessures de Verdun. Le Nord me contait la captivité de Jeanne, je reportais mon départ à tout jamais.

 

Arras-Nancy ! Nancy- Arras ! Je digérais le choc des cultures.

 
Forcément, je ne suis pas satisfaite de mon écrit car pour moi le temps presse. Je vous le laisse ainsi dans la foulée de mes occupations et dans sa maladresse. 

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Mais le Nord, ce n'est pas que ça...c'est tellement d'autres choses que je raconterai au fil de Lettre à Leylia. Seulement, il fallait bien que je commence par le commencement.

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 26 novembre 2007

Je reste silencieuse parce que je suis triste des trains qui me bousculent. Je dois revenir sur le devant de la scène, calmer mes ardeurs et recomposer.  La feuille sur le genou, les lignes grises, désignées au crayon de bois, les mots timides, lourds parfois, illisibles du passé, qui s’entassent et s'effacent, à la longue. Notes confuses et refusées qui passent et que j’appréhende, que je pianote comme au temps de ma plume scandée et solfiée de la faculté des lettres.  Je vous rends visite par mes écrits sismiques, chargée de poésie et de craintes, je vous rends visite par mes écrits cyniques, évincée de mes ambitions défuntes. Je me souviens, Nancy, de ma petite chambre où je respirais un air claustrophobe, rivée aux fenêtres de l’ennui. Je me souviens du volet, roulant de bois, qui m’ouvrait sur rien ou sur un conifère immense contourné d’ombres empressées de quitter l’hiver pour retrouver le chaud et soigner l’engelure. Partout le remuement, des pas qui crépitent, des talons qui résonnent, des gorges qui se raclent, des passants qui tenaillent la ville et l’assiègent du devoir. Je ferme les yeux, mes fenêtres se remplissent de gens qui courent, qui vont, descendent Saint Seb, Saint Jean, Saint Georges, Saint Dizier jusqu'à ma ma cité bragarde, par les quais de la ville des ducs. Je regarde le défilement de joues rougies, de bouches fumantes, de cous enrubannés, d’yeux agrippés au tram, collant au mollet, rythmé et saccadé du quidam imposé par la tocante. La tocante qui toque et décompte à la tête le temps qui nous sépare du terminus.

Chère lectrice, cher lecteur, je commence par ces mots comme pour me réconforter du vide que j’ai répandu autour de moi. Mon corps ne m’appartient plus, mon esprit m’échappe, se délite, je suis deux, trois, quatre dans ma tête à croiser le fer, à battre l’espace comme une bateleuse des temps modernes. Je vais contre mon gré, m’endors dans les bras d’insoucieuses, je ne comprends rien de mon ensevelissement extatique. Se donner la Mort en s’ouvrant la verve du poignet, par quel moyen, le plus direct, le plus sûr, le moins indolore juste par le gisement de la plume. Rompre le fil qui me lit à vous autres lectrices et lecteurs et me dénie de moi-même. Je l'ai déjà dit mais le répète, je suis inconsistante.   


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 Je vous regarde, assise sur mon lit, du fond de mon mouroir, le cœur peiné, la main tremblante d’avoir absorbé les substances qui agitent, l’esprit en friche. Cette nuit, mes nerfs n’ont eu de cesse de trembler, de me secouer les yeux et les images qu’ils suscitent, il y avait Nancy, mes regrets, mon remords, mes trahisons. Il est trop tard pour renaître à nouveau. Je n’ai plus le choix et viens à vous telle que je suis. Je me raconte telle que je me vis de l’intérieur et telle qu'on ne me percevra jamais de l'extérieur. 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 24 novembre 2007

Je donnerai, plus de légèreté, au linéament de mon coeur, plus d'air et de limpidité, au tournoiement du plus grand nombre, dans le dessein ne point rebuter les esprits chétifs. Il faut que vous sachiez que j’ai été l'engrossée de cet univers par ma cité bragarde, mes écrits me dépeignent et me trahissent. Je suis percluse et secouée du joug de tous les instants. Mes lignes véhiculent le mal être permanent qui ne m’a jamais lâché, depuis ma plus tendre enfance jusqu’à mes jours de confidence, grevées d’une syntaxe claudicante, louche et obscurantiste. Je vois le monde, du blanc de mon œil, confusément brigué et embringué dans ses complaisances émétophobes. Je soutiens depuis toujours que la société ne m’apporte que des contraintes, des interdictions, des brimades et de la honte viscérale. Heureusement que l’imaginaire est venu à ma rescousse, Lettre à Leylia me prenant par la main pour me sortir de ce bourbier et m’emmener sur des terrains plus vastes et déstabilisés. Je ne suis pas guérie, je le sais, je le sens ; je bascule au moindre doute, à la moindre incertitude, à la moindre gêne. Quand la sensation de dépendre de tout le monde refait surface, mon cerveau s'échauffe et surchauffe. J'ai besoin de rêver, de fantasmer, de jouir de l’âme et du corps par les mots et les sens, par les maux et l’essence de la bouffe que j’entraîne dans les interstices de mes boyaux fragiles pour me fuir et oublier les chaînes que j’étrenne à la cheville. Je veux être l’abstinence, bercée du chaud dans mon estomac insatiable, frappée du froid dans ma tête. Le corps en perdition, le muscle sollicité par la volonté de franchir et gravir avec raffinement, délicatesse, sensiblerie et élégance le mur de mes lamentations. Je tire, à boulets rouges, sur cette société, virile et phallique. Qu’elle aille au diable et repose en paix, campée à califourchon, calée en levrette sur le principe des lois du mâle dominant et de l’asservissement des faibles. Je lui tire ma révérence. Je suis de ces âmes qui en veulent au monde entier et surtout à ceux qui s’offrent le privilège de diriger les autres. J’invoque mes muses, Leila et Layla, afin que sortent de mon cerveau enflammé, ce conglomérat de mots, de lieux rugissants et de fresques obstétriques où l’abrogation des limites devient un jeu sournois et dense. Je scrute l’horizon et m’évade. Je rêve de déferlement d’eaux pour chasser toute cette poisse, de cieux dégoulinants, de nuits humides où des corps androgynes, hermaphrodites, asexués s’étreindraient et s’extasieraient de ce monde en déliquescence. J’invite le vocable grégaire à raconter ces éphémérides, ces escapades de l’ombre, quand la société dort, quand les uniformes se déposent, quand les bonnes vieilles doctrines se reposent, quand le sournois précepte somnole,  quand ils nous foutent tous la paix avec leur politique du profit et de l’ascension sociale, quand ils cherchent à décompresser de leurs élucubrations  cérébrales, pour ressembler bourrés à des bêtes qui chassent le ou la prostituée dans les rues arrosées de lampadaires. C’est le moment que je choisis pour mettre le nez dehors et me poster dans la cité comme une sniper de l’ombre, et tirer, et tirer dans la foule.

Je n’ai rien écrit encore, je n’ai rien dit du mal qui m’obsède parce que je ne travaille pas suffisamment, parce que je ne lis plus, parce que mes geôliers me bousculent, parce que je suis là, à tenter de satisfaire tout le monde et qu’il me faut grandir. 

Bien à vous

 

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 19 novembre 2007

Anne, j’éprouve l’obsédant besoin de me rappeler, sans cesse, que le bonheur est ailleurs que dans  l’irréversibilité quotidienne du défilement des choses de ce monde foisonnant de vanités, et qu’il est préférable pour moi, de le saisir sur le fil, de le trancher, pile, à la carotide, avant qu’il ne me file entre les doigts et me tombe au fond du crâne, car je ne lui connais pas le moindre des rebondissements. Mon esprit est investi de complots terroristes qu'il m’est impossible de désamorcer. Mon univers m'oppresse et me presse, je suis consciente d’aller trop vite, consciente des conséquences d’une telle hyperactivité, consciente des tensions tourbillonnaires qu’une telle débauche d’énergie peut engendrer au sein de ma politique intérieure, consciente du drame introspectif qui se joue en moi parfois quand mes voies de transition déraillent. 

    
      Je m’arrête, me réfléchis et me dis. 

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Je ne suis pas une manipulatrice, une dompteuse de cerveaux, une asexuée déviante, je suis une éberluée du verbe qui croit fermement vivre des heures merveilleuses à côté de ses pompes. Tous mes fantasmes se débinent pour céder le plancher à des envies minables  de déracinement de mon espace temps et de moi-même. Anne, je cherche à vivre pleinement, en somme et, outrepasser les règles, les lois, les obligations, les principes, les préceptes, enfin tout ce qui m’empêche d’être la bête apeurée que je suis au plus profond de mon être. J’ai envie de  vivre libre et de ne m’astreinte à rien, j’ai des jambes qui courent dans la tête, j’ai besoin de m’épuiser, de rentrer en conflit avec mes congénères pour m’asphyxier et me résigner à me rendre; à me rendre à l’évidence que je n’existe pas ou seulement dans la bouche des autres lorsqu’elles ou ils me donnent la réplique. Le manque de liberté me détraque, je n’argumente plus, je déblatère ; mes textes sont lourds à digérer et encarcassés de métal blindé, comme la vie l’est, de contraintes. Je cultive l’accumulation et la surcharge pondérale, quand mon estomac n'en peut plus et me réclame le jeûne, je lui administre le supplice de l’insatiabilité, à l’aide d’un entonnoir psychiatrique pour qu’il ingurgite encore les maux qui me reviennent en guise de sursis. Anne, je tremble de tout mon être car je suis en crise, en crise d’une adolescence renflouée, refoulée et refluée qui n’a d’yeux que pour son soi-disant soi-même. 

Et je vous sais gré, lecteurs et lectrices, d’être toujours là à subir les crises identitaires de mon incohérence parasitique.

          Bien à vous.
          Bien à toi.

par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 18 novembre 2007

Je crois qu'en fait c’est tout simplement cette phobie de la Mort qui me décroche de la vie puisque je la tiens pour responsable de la plus infondée de mes craintes. J’exhume mes douleurs ensevelies pour éviter de basculer dans la précipitation de l’absolument devenir ; le but étant de retarder l’appel et d’oublier l’heure du départ. Je m'accroche comme une damnée à des fresques cérébrales et à cette satanée mélancolie. Je sais combien l’univers dans lequel je végète est étouffant et morbide, et combien, il peut semer le trouble dans les esprits égarés, enclin à la liquéfaction. Je refuse que vous vous intoxiquiez à ma lecture, je veux partager, vivre et sentir le trépas me glisser sur la peau et m’échapper pour de bon. Je ne veux rien imposer à personne, je m’efforce seulement de montrer le sens contraire que je n’ai su donner à ma chienne de vie. 

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 14 novembre 2007

Je vous parle trop de moi, mais Leila et Layla, de mes chères jumelles, qu'en est il ?
J’ai toujours les feuillets de Leila sous les yeux, je revis nos heures déchues, à courir la route et nos lieux symboliques. Nous appelions cela notre art de vivre à rebours. Nous allions souvent, toutes les trois,  nous recueillir sur les terres de souffrance de notre chère lorraine, nous allions silencieuses, jusqu’au bord de la nuit, jusqu’à la fin du jour, investir le souvenir des charniers déposés par la Grande Guerre. Leila errait entre la pierre et le barbelé, entre les blockhaus et les casemates, et courrait les ombres capotées, casquées, supplantées dans son imaginaire par des lambeaux de brume, entendait les plaintes régurgitées des coteaux, respirait les gaz meurtriers, s’imaginant sommée de boire de l’urine comme Raynal et son pigeon l’ont fait pour étancher leur soif de vivre dans le mouroir du fort de Vaux.

 

                  <<Nous tenons toujours, mais, subissons une attaque par le gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager.>>

 

Et ces dernières lignes du commandant lui tournaient en boucle comme une chair à canon lorsqu’elle s’enfonçait dans l’ombre et la moiteur infectieuse des boyaux endormis de notre tendre Meuse. Tout lui rappelait sa vie et sa propre souffrance, celle qu’elle taisait et n’évoquait qu’à l’écrit. Elle collait presque son oreille à la boue dans l'espoir de capturer le piétinement des grandes manœuvres et les ruades, grouillantes, des assauts portés à l’ennemi, pour saisir le glas de la rencontre impromptue du fer et la chair, de la terre et du sang. Leila, sous la brune, investie de la guerre, avançait fièrement la baïonnette à la plume. Elle imposa l’écrit, ci-après, au curé pour qu’il l’inclue anonymement dans sa messe blanche en l’honneur des soldats morts pour satisfaire la nature belliqueuse et bestiale de son prochain. Elle voulait par ses mots rentrer en communion avec les veuves, les mères, les sœurs orphelines et toucher les cœurs maternels de l’assistance pour donner à voir. 

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C’était Leila au quotidien, inattendue dans ses démarches.

Le curé céda et salua son entêtement par la lecture de ses lignes écrites à l’aube de ses seize ans, que voici :

     



<< O pauvre Madone,

 

Ce soir, ton visage, jadis appesanti, colère,

Tes souvenirs maternels divaguent,

Le fruit d’une de tes procréatrices danses éphémères,

Quittera ton giron pour une dague.

 

Il en part, il en vient,

Du tout et du rien.

Il en part, il en vient,

Du mal et du Bien.

 

Ce soir, à l’ombre de ton bambin taciturne,

Ton cœur tressaillant, palpite d’angoisses.

Au loin, de son épais mur, une turne

Prolonge d’un instant encore, cette poisse.

 

Il en boit, il en crache,

De vils ordres et du sang.

Il en boit, il en crache

Des souvenirs, l’exquis enfant.

Ce soir, abasourdie de plaintes et de cris,

Ta pauvre âme emmitouflée de pleurs gémit.

Le ciel ? Ce rustre, ce  bougre, ce vil inquisiteur, comme un vieux poil, grisonne.

La guerre ? Vengeresse, pécheresse, funeste, bourdonne.

 

O pauvre Madone !

Ton fils est là, où

Le canon tonne.

 

O pauvre Madone !

Pour toi, vous et nous

Son cœur, de sang, gorgé, il donne.

 

Et là, dans le grand  dérèglement du monde,

Sans teneurs, ni raisons

Au mugissement du clairon, l’assaut fut donné.

Des ombres transies se dressèrent et sortirent de la boue,

Serrant larmes et l’arme comme mères et dulcinées,

Ils foncèrent à la Mort en dépit de vous.

 

Il en partit des soldats fiers et frais de porter crânement les couleurs de leur patrie.

Dieu sait qu’ils en rapatrièrent des amputés ;

Jambes, bras coupés, têtes envahies de folie, jusqu’au sortir de leurs vieux jours,

Tourmentés,

Assaillis du bombardement des canons, et perdre tout, des délices de l’amour.

Dieu sait que les états alignèrent et gonflèrent des torses glabres et remontés.

Et bon nombre ne revint jamais baiser,

Ne serait ce qu’une dernière fois,

Le front de leur fratrie.

 

O pauvre Madone !

Hier ton fils était là où,

La poudre détonne.

 

Aujourd’hui, O pauvre Madone !

Des mères, tu aurais pu être la plus heureuse,

Car ton fils, est auprès de toi, enfin détendu, apaisé, mais l’airain sonne. >>

 

Leila.

 
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par Ines de Saint Lambert
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Samedi 10 novembre 2007

Nancy, je ne t’écris plus, je te vis, à distance, si loin de toi, je te lis, dans mes vieux classeurs, mes écrits, je revisite tes rues, mes amies, ces ballades interminables le long de ton eau noire. J’aimerais revoir tes vitrines, tes guirlandes, tes gros chocolats envoûtants sous leur papier doré qui crépite quand on les touche. Il ne me reste rien ou tellement peu de choses de toi, ces lignes d’encre pénibles à digérer, dans tes rues où  je ne mangeais plus et tournais  à m’évanouir dans tes rayons de livres. Je buvais des alcools faits maison pour me donner du courage calorifique et tituber indécemment , plus doux et sucrés que tes aromates de cantinière, avec d’autres érudits à discuter de littérature, forcément, et de notre place à prendre, sur le tard. 
Il y a toujours eu un vide dans ma tête, toujours une place vacante impossible à occuper. 
Il y a toujours eu ce creux entre mes reins à combler. 
J’étais étudiante, échouée entre tes bras, par passion, nullement par ambition. Je n’ai jamais eu d’omissions. J’ai chuté dans tes rues parce que je suis tombée amoureuse de toi. Seulement, on ne tombe pas amoureuse d’une ville, toute tentaculaire soit elle et m’enserre et me tienne toujours à bras-le-corps. Je te sens là, jusque dans mon petit village, calé entre ses monts terreux. Je te sens loin, de mon clocher, prostrée dans ma maison verrouillée de sa dette. Dieu sait que tes rues se prêtent aux plus beaux récits, je n’ai jamais su t’écrire, je n’ai jamais su te dire tout ce que j’avais sur le cœur, crevé par un canif. 
Mais se relever Dolorès, toujours se relever

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Je suis partie comme une voleuse, l’articulation reboutée par l’illustre plasticien. Les agrafes, alignées, comme des traverses de chemin de fer où reposaient les rails qui m’ont conduite à toi. Tiens, me revient le souvenir de cette alsacienne que j’ai abandonnée sur les quais strasbourgeois, pour toujours. Oui j’ai perdu, parsemé des cœurs à jamais parce que maladroite, engoncée dans mon imposture, j’étais incapable de les récupérer. Je t’ai plaquée sur les bancs de la fac, déterminée à mettre un terme à notre amour. 
Je n’ai jamais su écrire. Les autres le font mieux que moi et je suis jalouse de leur talent que je repousse,  mais tu t’en moques, tu parades, tu défiles et tu chaloupes comme un mannequin filiforme pour qu’ils te louent, te vénèrent, élèvent au plus haut rang tes courbes florifères. J’ai traversé tes rues et suis passée au travers de toi. On ne roule même plus sur tes pavés, on t’effleure, on te caresse avec diligence du bout du pied. J’oublie des choses, des instants se perdent dans ma mémoire. T’es même plus là pour me les rappeler. 
Me rappeler à l’ordre, me rappeler à l’autre. 
Je revois le sapin dans le hall de la cité, débarquer à dos d’homme, un homme accoutré de son bleu de travail, accoutumé du devoir accompli. Je n’ai jamais senti chez moi cette satisfaction du service rendu. J’ai le souvenir de ce sapin emmailloté dans un bas de résille polyamide, et posé là presque tombé du ciel comme l’enfant Jésus dans sa crèche. Tant pis pour le symbole. L’écriture est un trou aux parois de laquelle on se cogne négligemment le crâne sans résonance aucune. Je n’échappe pas à cette règle gravitaire. A l’approche du fond, le cœur palpite mais n’enraye en rien la chute, aussi douce soit elle.  Ecrire est un heurt, un choc brutal avec les autres. Je réinvente, je colmate, je ronge le langage, abandonne l’échange au profit de l’échéance. 
Je n’écris pas, je n’écris plus. 
Je convulse, la tête dans le sol, un genou à terre, mais prête à me relever Dolorès, prête à prendre les armes, à fouiller ma conscience pour démolir le mur qui me scinde en deux. Nancy, je te crie, je te hurle du fond de mes tripes. 
Nancy, tu es partie en même temps que ma mère. Mais qu’aviez vous donc, toutes les deux, à vous dire pour me laisser croupir là, au fond de ma cuvette?

Bien à toi chère ville de mon coeur.

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 8 novembre 2007

Je suis certaine, j’ai déjà dû t’écrire il y a longtemps, je ne sais où, je ne sais quand, cet échange me dit quelque chose, dans une vie antérieure, peut être et sûrement. Je vais chercher dans mes vieux feuillets un semblant de correspondance avec toi. Tes mots vont me  permettre de parler un peu de moi et du mal qui m’agite. L’aborder sans m’y engouffrer.
J’ai le plein âge du Christ en croix. 
J’ai une peur panique de mourir et d’approcher tout ce qui touche à
la fin. 
Mes relations avec les autres sont faussées car je joue et sur joue des rôles qui ne me sont pas franchement appropriés mais indéniablement destructeurs. Je ne vois le monde qu’au travers du prisme de mon mal être. Je suis dans la totale incapacité de trouver ma place dans la société. Les autres me font si peur que je passe le plus clair de mon temps à les fuir, à les contourner jusqu’à les décevoir, et qui pis est pour des choses anodines et insignifiantes.  J’exècre la quotidienneté et les impératifs de la vie. J’ai déformé mon corps pour fondre ma vraie nature dans ma masse et tenter de l’étouffer. J’ai cherché à changer d’apparence pour repartir à zéro parce que j’ai le sentiment d’avoir pris un mauvais départ. Pour moi, l’idée est de trouver la solution qui me permettra de recommencer depuis le début. De trouver le stratagème qui m’octroiera une nouvelle naissance. Peut être, par la même, trouver la faille dans le grand ordonnancement du  monde qui m’offrira de contrôler ma vie et de déjouer ma Mort programmée. J’ai bu des alcools doux puis des forts, je me suis goinfrée d’aliments lourds pour colmater ce vide, j’ai fini par chercher à combattre ce vide par le vide pour assécher  ce corps devenu trop pesant, trop lourd à déplacer, trop lourd à regarder! J’y suis parvenue par l’obsession de l’abstinence et la dépense physique. Dépense physique qui s’est vite avérée une véritable drogue du kilomètre et de la distance, des lieux démesurés difficiles à dompter.  Le corps s’est vidé, gonflé puis creusé au prix de l’effort, il en a subi les lourdes conséquences,  il a fallu jouer du bistouri pour qu’il reparte de plus belles. Insatiable faim de la douleur physique et des grands espaces. J’avais presque trouvé l’équilibre mais il y a eu de nouveau la rechute et la blessure. De la rechute à la renaissance, il y a l’obsession de tout rompre, tout arrêter, de remplir indéfiniment ce vide jusqu’à vomir. Mais je ne sais pas vomir, je ne sais vomir que par les pores de ma peau. Insatiable envie d’aller toujours plus loin, d’aller toujours plus haut. Et la bouffe en permanence pour me marteler le cerveau et les tripes. La bouffe en permanence qui cherche à saccager ce corps. Et la course aux kilomètres pour équilibrer l’ensemble, la course à la distance, aux reliefs des plus accidentés, aux montagnes, à la mer, de la terre aux cailloux, des cailloux à l’eau fraîche et tumultueuse, il me faut gravir, sans cesse, sans cesse, ne jamais arrêter au risque de sombrer définitivement. Je ne suis pas pleinement anorexique, je ne suis pas irrémédiablement boulimique, je ne contrôle pas mes états mais les gère au mieux, je passe d’un extrême à l’autre sans parvenir à tomber dans l’irréversible continuité de l’un ou de l’autre. Assurément, il y a un sérieux désordre dans ma tête. Je parviens à tenir en équilibre par l’écrit et la dépense physique, c’est bien là mon unique thérapie. Qui engendre l’une, qui découle de l’autre ? Je n’en sais rien. Je me bats en permanence, que ce soit dans mes mots ou dans les rochers, sous un soleil de plomb, dans les rafales de vent ou les pieds dans la neige, je me bats et ne me sens libre que dans la souffrance et l’effort. 
Se remplir jusqu’à souffrir quand l’estomac est blindé, qu’il tire et qu’il brûle comme un  ventre tendu par l’enfant que l’on porte et éliminer par l’outrance physique, ou s’abstenir jusqu’à souffrir, écrire dans la souffrance, me dépenser de douleurs. Voilà ma vie. Je ne suis pas une artiste…je suis une funambule qui marche sur un fil, d’un côté l’écrit, de l’autre la dépense physique. Je compose, je compense, j’équilibre, je déborde, je risque la chute, je la provoque, la cherche, puis me retiens, me remets en piste, et glisse à nouveau sur le fil. L’origine de mon mal ? Forcément des rapports douteux dans une initiation sexuelle corrompue. Une mère touchée dans son corps et son esprit par la maladie. Un père obligé de se battre pour subvenir aux besoins d’un foyer en perdition. Je ne me plains pas car je pense avoir passé une des plus belles enfances qui soient, seulement, tous mes repères ont été chamboulés. Je ne regrette rien, je fais avec ce corps imbécile et investi par le mépris. Je vis le tiraillement, l’angoisse et la folie. 
Tes lignes m'ont touchée, voici les lignes écrites à l'abandon!

Bien à toi.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 5 novembre 2007

                                              Je lis, j’écris, j’écoute, et toujours ailleurs où tout bouge, où tout flambe des consciences et des quartiers chauds qui tapissent les murs de ma mémoire d'adolescente chagrinée. Je demeure silencieuse, je ne dis rien de ma vraie nature. Obsédée du politiquement correct, du toujours propre sur moi pour ne point décevoir parents qu'il me reste et amies qui m'estiment. Formatée par les codes de bienséance d’une éducation étriquée et tirée à quatre épingles, je m'étiole et m'atomise. Je veux faire, au couteau, bonne figure et me décape au brûlot de mes impropres élans citoyens. Je me dégoûte de mes actes civiques et de mes crises identitaires et génétiques. Je ne dis rien de ce qui me bout, de ce qui rebute mon émoi, je boute, j’hypocrise hors de moi,  sur ma vraie nature quand je dis - s’il vous plaît-merci. Je refoule, je m’étouffe au cou, je me presse à la glotte, m’astreins à corrompre de la convenance au mutisme, me retiens de sanglots, de rots, de vomissements, de glaires, de crachats et rachats pituitaires sur le cuir enduits des passants. Je ne dis rien de la violence qui m’anime et du ragoût qui me mijote. Des voix s’échappent et me  blessent et me chopent des rues qui brûlent et me frôlent dans mon incontinence dialectique, et méritent la prévenance de mon indélicatesse carthartique. J’ai autre chose à raconter que l’écume des vagues et le sillon des eaux salées qui acheminent des bateaux chargés de polluants alter mondialistes vers des côtes affamées. Je dévale le long du ventre mou des vitrines, à relècher la rue saint Jean, à laver les affronts, à secouer les consciences pour amener au désordre, à repousser l’achat et la consommation qui dessèchent le compte courant qui trime à la chaîne. La vie flambe, les médias, les écoles nous lobotomisent. Mes doigts tremblent d’inécriture, je ne transcris pas, je me transis de loyauté, je bafouille, je marmonne, je cafouille. Je réclame l’incendie dans les consciences comme dans les livres que nous mésapprennent facs et lycées, des salles au profs de conférences métissés, aux prodigieux élèves bavards de société. 

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                                                Mais qu’est ce qui nous génère, qu’est ce qui nous pousse de la docilité au civisme précaire? Mais qu’est ce qui m’hypnotise encore à dire Amen ? J’ai peur car je suis devenue comme tout le monde, folle à allumer ma télé les matins de farniente, folle à me presser, comme une orange, dans l'isoloir, le peu de convictions sauves, qu'il me reste. Ils ont violé ma liberté, séquestré mon cerveau, je ne m’appartiens plus. Je suis asservie et vouée à servir mon pays au péril de ma vie. J’alimente la machine qui me broie les os, qui me rompt l’échine, qui me fouille les boyaux jusqu'à l'apoplexie. J’ai forniqué avec ma tortionnaire sur le fil du tranchoir. Tout cela sent mauvais les réveillons et les fêtes créponnes où l’on mastique du pâté de foie et de la terrine de canard tartinés sur du pain blanc préfabriqué.

    Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 2 novembre 2007

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                                       Rencontre atypique avec une cordée de volatiles silencieux, au bord de mon eau calme et câline sous un ciel plat de soleil et dépourvu de bruine. Sur fond de solitude, immergée à la source de mes écrits, je me décollette d’embruns, me prépare à paraître telle que je ne serai jamais, à la source de mes rêveries fusionnelles. Je me destine succinctement à corrompre les sensations étranges de rejets et d’équilibre dans une livrée d’emprunt. La mer et l’eau salée et sa rangée d’oiseaux accrochée à la roche de la migration. Je souhaiterais de tout cœur, leur donner l’envol afin qu’ils me destinent des lignes pleines et déliées, de racontars de vie et de modèles de récits truffés de cris que je plagierais sans vergogne. Mais que dalle à la nique des marées. La mer, à flanc de coteaux, furtive, de vagues et d'horizons flottant, appareillée du ressac au mont des dunes, portée de loin en loin aux yeux des générations transies des rumeurs assassines et déflagrations kamikazes. Je voudrais tant passer le relais à l’inconnu et m’enorgueillir de ne plus rien ressentir à l’évocation de mon trépas. Plus d’erres, épousées par le sable et désincrustées pas le vent qui se gonfle et se dégonfle en vain. Plus d’écrit, plus de fardeau à porter, plus de clous à me glisser dans la face charnue de mes poignets pour me suspendre à la planche expiatoire du divin. Je ne veux plus voir, au-delà des cargos se profiler la promesse de l’écrit gémellaire et sentir au retour des matelots, les trépidations sourdes de l’œuvre détraquée de mon Autre. Eteindre les haleines chargées d’alcool et la vue de ces commissures ridées de cépages des vieux loups des mers aux mains poisseuses et poissonneuses me forçant à décrire leur attitude penaude. Je me projette à l’instar d’une mare à la mer, respire à mon tour, à la bouche de cette incohésion moléculaire de moiteurs et de senteurs, de jus d’effluves et de rancunes. Je suis venue rendre Myla à la mer et non écrire.

 

-         Fuie donc crasseux équipage ! Taisez vous remous jacasseurs ! Je n’ai plus de temps à vous consacrer, je n’ai que l’écoulement de mes larmes et l’amertume de mes veines à partager avec l'élue de mon cœur.

 

Rien n’y fait, je ne parviens pas à me défaire de l’image de cette foutue rangée de piafs déféquant, à même les rochers, comme je me purge, à même le monde, de mes lignes filiformes, déshonorées des assauts séculaires de ma dépravation d’âme. Je suis vraiment inconsistante et malheureuse de la marche péridurale de mes infamies. J’accouche sous cellophane d’un écrit insipide et me targue d’être libre alors qu’il n’en est rien.

 
Bien à vous

 

 

par Ines de Saint Lambert
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