Mercredi 31 octobre 2007

  

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                                               Voilà, il me fallait bien rentrer un jour, je n’ai pas choisi l’heure, je n’ai pas choisi l’instant, j’ai juste dit stop et fait demi tour. J’ai coupé court à la mer après une dernière inscription sur la plage et un dernier baiser porté aux vagues. Il y avait le bleu infini, la  ligne imaginaire que l’on appelle -horizon - le sable croustillant  sous le pas calin, les falaises et la côte, et à l'autre bout de nos yeux fripés, traînant le faste de son royaume,  la Grande Cousine Bretonne aux dents étonnamment blanches. Je garde trop de choses que je ne parviens pas à décliner. J’aurais aimé tout énumérer, des bateaux massifs aux coteaux onduleux, des sentiers perchés, aux petits hameaux nichés entre le galbe des collines et les crêtes des cités. J’en ai le souffle coupé tellement les mots me manquent. Ma tête est remplie de terrils, de corons et de vagues…et je n’ai presque rien à dire. Le nord de long en large pour finir par battre la pavé de la grand place d’Arras à déguster des pâtisseries enroulées et chargées de sucre qu’ils surnomment des drops. Je me suis emmurée de briques rouges, de façades blanches surplombant des portions de falaise, j’ai aligné les mâtures et entassé le gréement dans ma mémoire de lorraine expatriée, aligné les quais, dévisagé les pêcheurs, les filant même la nuit jusque dans leurs sentiers cyclables, et humé des seaux  de moules, à en pâlir d’envie, remontés en bordure et lavées par des gamins habiles et dégoulinant de rires. J’ai vu les enfants et les anciens vivre du large. J’ai vu, mais il me manque les mots. Je dois à nouveau voyager dans mes livres et forger au soufflet du savoir la lame du vocable. Mes valises se défont, j’ai du sable dans les bottines et de l’iode dans les poumons. J’ai vu le soleil tomber dans l’eau sans s’octroyer le moindre remous. J’étais tout là haut, rivée à ces images d’immensité, arrimée au nez du mont d’Hubert, entre les deux caps. Je n’ai pas tout compris, je n’ai pas tout regardé car trop à voir. J’ai le souvenir de la petite place de Marquise en effervescence, la porte du bar ouverte sur la rue et des faces boucanées de tempêtes à enquiller des pintes. Je garde le souvenir de cette intimité fourmillante de monde et grouillant du Nord. Difficile de s’en défaire, difficile de rompre avec les lieux, difficile d’imaginer que la vie existe autrement, sous une autre forme et qu’il me faut rentrer chez moi dans mon petit village où m’attend la fumée de ma cheminée. J’avais au bout de mon nez rougi, l’image du triptyque d’antan – curé, instituteur et maire – entourés de leur campagne toute dévouée à l’évènement dominical. Je sais qu’il me faudra du temps pour tout décortiquer, je sais qu’il me faudra du temps pour faire un véritable tri sain et serein. Je reviendrai sur tous ces détails ingérés, sur vos écrits effleurés quand je serai parvenue à faire le vide et renouer avec mon quotidien. 

J’ai vraiment la tête ailleurs et ce soir.

Nancy m’a ouvert ses artères pour me laver l'air marin de son sang.

La mer s’est retirée en emportant Myla-Jehanne. Je savais qu’elle allait me la reprendre et qu’il me faudrait patienter encore, que la réalité, loin de mes rêves se payait  mon imaginaire scabreux. Tant pis ! Mais les mots, l’écrit, il me faut les conduire jusqu’à terme et peu m’importe le sable…il me faut écrire encore contre vents et marées. Que rien ne s’arrête mais continue,  car tout commence seulement! Je sais, le cœur que j’ai laissé  dans l’eau du Nord et que je me dois, tantôt, d’aller quérir pour lui transmettre le battement.

       Bien à vous.
par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 19 octobre 2007

 

Hier j’avais les deux pieds dans ma ville, Nancy, ma chère Nancy et sa place Stanislas aux reflets irisés…je prenais juste assez d’élan et part à sa lumière pour rejoindre mon autre ville, adoptive celle-ci, Arras et sa place du Beffroi aux reflets pailletés, le regard rivé vers le fond des mines et le fond du grêle intestin des douves. Première escale avant Escalles pour finir par me nicher au sein de Marquise. 
Je vous raconterai, promis, juré, puisque je pars. Ca me trottait, ça germait en moi, ma tête était pleine de germinations et de Germinal. La mer, le sable, le vent, ça me trottait, ça me soufflait dans les bronches et ce foutu corps qui n’a de cesse de réclamer son lot d’iode et d’eau. 
Qui n’a de cesse de faire tournoyer son sort devant tant d’iode et d’eau. 
Je me vois déjà en train d’attraper les gros rouleaux qui vont et viennent de Grande Bretagne et tenter à grands mouvements de tourniquets de les renvoyer chez eux comme une gamine qui boute hors de France l’ogresse porteuse de bateaux et de cargaisons de charbon. Dire que je la sens déjà me tendre la main cette mer frissonnante et balayée des premiers frimas. Dire que j’ai failli renoncer à l’effort. L’effort soutenu et long de sa durée, par faiblesse, par lâcheté, par naïveté, parce que le quotidien m'a réclamé des comptes. 
Nancy-Arras ! Arras-Boulogne ! Boulogne-Calais-Escalles-Marquise ! 
Et s’époumoner, la foulée caressant le sable fin des plages kilométriques du Nord. Gravir, descendre les dunes, s’offrir la démesure des falaises tranchées à fleur de Big et de Bang. Le soleil suspendu entre les deux caps comme un pendule qui hypnotise. Se sortir la souffrance de la tête, se sortir la tête de l’eau et progresser à l’instar des troupes de Jeanne sur le promontoire des terres ennemies. A toi Myla, de me montrer la marcher à suivre, la voie d’eau qui me conduira jusqu’à Marquise. A toi de me tendre la bannière vers laquelle j'emboîterai le pas résigné!

La Manche?


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Si vous saviez comme elle m’attend lorsque je l’informe de ma visite et comme moi, je suis impatiente de venir à sa rencontre. Il faut nous voir toutes les deux, fébriles et trépignantes, poussant, hurlant des cris psychiatriques. Un professeur graphique devrait recenser nos palpitations pour mesurer notre excitation commune et l’étudier dans ses labos, peut être qu’il en apprendrait beaucoup sur les arcanes  de la conception du monde. Il faut voir comme elle m’ouvre les bras lorsque j’aborde le sable, le pied, déjà humide et incrusté de particules. Il le faut, il le faut, il le faut contre vents et marées ! Dimanche, la marée haute est prévue à 8 heures 15 et je serai sur le sable d’Escalles à la raccompagner dans son alcôve épousée d’embruns. Il paraît qu’il y a de l’opale sur la côte qui brille de mille feux quand le soleil arrose les falaises. Là bas, de frêles demeures vous invitent et vous tendent des sourires qui n’en finissent plus de vous ravir les sens. Je vous envie de vivre, perchées sous l’œil vigilant du matelot, dans le lointain des terrils. Je sens qu’elle m’appelle, n’en déplaisent à celles qui m’ont quittée car j’y retourne sans. Elle a tant de choses à me dire et j’ai tant de choses à lui confesser, tant de choses à lui promettre, du menu fretin aux grandes révélations. Et la toucher, lui caresser, lui lécher le sel de la peau du bout des doigts jusqu’aux aspérités de langue au revers du reflux. La couvrir de baisers. Qu’elle aille, qu’elle vienne et se retire. Je joue à son petit jeu. Je perds mes repères. Ma tête tourne, j’ai le vertige au niveau zéro car je me sens partir. Les larmes me glissent des yeux, tout s’agite de préparatifs de départ autour de moi. Je sens la mer. Je la sens mugir, vrombir, telle un métier à tisser, telle une batteuse à grain, grain de sable dans l’engrenage de mon âme, dans la grenaille de mon cœur qui gémit de secousses. Vertige, déroute, au fond des sentiments. Je te veux, ô toi mer de mes délices. Je te veux sourdre de mes pores. Je deviens folle, ne me contrôle plus puisque je pars. La respirer, se lover dans ses bras d’écume, que la peau s’immisce à demi mot et trouve entre les remous crémeux l’instabilité de mon berceau originel. J’ai hâte d’y être lavée, rognée, hébergée de son refuge, que plus rien ne cesse de cette communion obscure entre l’onde et la chair. C’est décidé puisque je pars, accompagnée de vent et d’efforts. Mais il y aura le soleil sur la côte d’Opale. Il y aura le soleil pour me cuire de réverbération. Cher Nord, j’emporte dans mon cœur, ma très chère Lorraine et viens jusqu’à toi, embrasser ton eau. Ouvre moi, s’il te plaît, la voie de Jeanne car je me dois d’emprunter pour accomplir mon oeuvre le galbe de ses erres et le fronton de tes terres. Pour Myla ! Pour mes chères jumelles ! Pour vous qui me lisez sans commune mesure! Je vous emporte à mon tour à la frontière de mes souffrances et sur le champ de ma douleur

 

Bien à vous.

 

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 15 octobre 2007

Quelques lignes écrites comme ça, sans prétention, sans la moindre agitation, dans la fatigue et l'oubli. Un peu déçue tout de même et aigrie, que l'informatique me joue des tours et que certains de mes écrits disparaîssent. IL faut s'habituer aux départs. Aux fins. Aux disparitions de tout ce qui nous est cher. Tant pis. Ces lignes n'ont rien d'enflammé, ni de vindicatif. Le style n'est guère travaillé. Je suis dans un état d'attente et de docilité.

Ce beau matin, je me suis sentie comme portée vers le grenier familial, histoire de dire, histoire de voir, de braver les marches et de me recueillir à l’instar d’une partisane, sous les tuiles remaniées par la tempête, dans les combles poussiéreux où tout croupit immanquablement. J’ai redécouvert un fatras de vieilles choses enchevêtrées, déposées là comme suit, laissées pour compte, soumises aux lois du bazar et des désagréments temporels. Une chaise amputée, une vieille malle en osier, un électrophone aphone, des revues empilées, des draps de parure ternis, des planches, et une boîte à chaussure bien assagie de malignité. Subitement, cette boîte a capturé mon attention, j’ai compris que je m’étais levée ce matin, très tôt, pour la rejoindre. Mon cœur a battu, mes poumons n'ont eu de cesse d'inspirer et d'expirer toute la nuit, pour qu’au petit jour, je puisse gaillardement me rendre à son chevet. Elle était là, parturiente de commisération, dans son recoin d’étagère, installée modestement pour satisfaire de nobles projets de rangements ou d’éventuels désirs de commodités - vous savez, ce genre d’engagements que l’on saisit au vol pour ne jamais tenir. A mon grand regret, je ne pourrai, de mon insipide vie, et aussi longue soit elle,  être assez claire, tout du moins suffisamment explicite dans ma retranscription, pour dire ce que j’ai ressenti au plus oppressant de cet instant. Je m’efforce d’écrire tout ce qui me vient, tout ce qui me trotte, sans me soucier du résultat et du sens qui en découle, parce que je veux dire les choses telles que je les ai ressenties là, telles que je les ai vues là, perçues là avec et sans perte de notion de temps, ni d’espace ni de raison. Puisque je veux dire, encore et toujours dire, ce qui provoque en moi ce mal de vivre qui perdure et que je suis venue revigorer dans ce grenier bicéphale. De l’araignée suspendue à chacun de mes méfaits et gestes, du filet d’air frais balançant mes pensées empêtrées dans la toile, aux odeurs de pluie mitraillant la verrière, tout était au rendez vous, rageur et tapageur, dégringolant de mon sensitive mémoire, face à cette boîte que j’avais déposée et renfermée délibérément voilà plus de vingt années. Imaginez un peu que tout était abandonné méticuleusement, les sonorités, les couleurs, les effluves du passé, tout était intact, inerte, dans un état d’immobilisme parfait à m’attendre, à m’entendre m'émouvoir de rancoeur. Ouvrir cette boîte, c’était enrailler cette subtilité de l’oubli et accepter le poids des ans. De toute manière, je savais déjà ce qu’il y avait à l’intérieur, je revisitais chaque détail dans ma tête ! Chacune de mes menues fabrications en liège, aux petites pelotes de laine, au dé à coudre de ma grand-mère, au petit dada jaune égratigné jusqu’aux moindres de mes petits bricolages introspectifs. Bouffée de honte, j’ai seulement approché mon oreille pour écouter, un peu de mon nez pour renifler et le bout de mon doigt pour effleurer. Essayer de reconstruire la journée où j’ai déposé cette boîte pour la dernière fois, essayer de comprendre ce qui m’a poussé à l'unir à cet endroit précis pour ne plus jamais  la serrer entre mes mains, ni basculer d’un iota le couvercle de sa vie. Je devais avoir de bonnes raisons pour abandonner lâchement mon enfance, la déposer presque sans scrupules sur une étagère de fortune et ne revenir la pleurer que vingt ans plus tard.

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 11 octobre 2007
<<Je suis venue m'échouer sur vos pages.
Comment vous dire! Vous expliquer!
C'est ce qu'on appelle le syndrome de la page blanche, tout s'entrechoque, plus rien à dire, personne à qui parler, plus de destinataires et ça bouillonne toujours en soi. Comment maîtriser cette crise portée à ébullition? Se mordre les lèvres, crisper les doigts jusqu’à la griffure, jusqu’au sang, et compter? Mais compter quoi?
Des moutons? Des savons? Des bulles?
Des nœuds ? Des falaises ? Des dunes ?
La mer approche, et c’est tant mieux pour moi qui jubile à l’idée d’y plonger le pied.
Je ne me fais plus guère d’illusions quant à une éventuelle collaboration de ma plume mais continue secrètement à imaginer des mots, à colmater dans l’ombre les mortaises mutines de mes chairs évidées. Personne autour de moi, si ce n’est qu’un trop plein de calme et de plaines aux frondaisons fugaces. Je suis orpheline d’univers, cherche à seconder, même en dépit du bon sens, le manque et la raideur des cols pour prendre appui sur le toit du monde en espérant frémir de la fraîcheur des cimes. Ici, j’ai froid d’imbroglio et de peines. Me reste la pesanteur des nuits, sinon, plus personne à l’appel !
J’ai mal d’altitude et ne saisis aucunement la subtilité des choses de ce monde crevassé ou pas ou plus jamais ou suis aspirée par autre chose en carence d’âme m’empêchant de ressentir le reste qui s’étend. Pourtant la nuit attise, fidèlement campée, accrochée à ses solives, couvrant nos menues dérives à chaque impasse, coiffant parfois, au nom de la romance, d’épais cerceaux de brume, la tête des lampadaires ou d’un vivier, l’écume - pitoyable spectacle d’amoureux défraîchis par cet assortiment de simagrées sous la brune! J'éxècre ce spectacle foireux de la parade amoureuse des amants convertis, le soir au clair de lune. Cette danse simiesque nous renvoie trop à notre nature de primates reproducteurs. Je refuse de procréer au nom de l'espèce humaine et refuse de collaborer à la destruction de notre terre mère par l'engendrement égocentrique de projénitures destructrices. J'ai trop souffert du régime dictatorial des bacs à sable pour contribuer à sa pérennité. Je n’y vois plus clair si bien que je me décompose de solitude et croupis sous un fatras de déjections rédactionnelles. J’ai fui, en paie le délit, au prix passionnel, remplie de silence et flanquée de maladresse, j’expie mes fautes à boire jusqu’au plumard les ténèbres d’une campagne maussade, à en tarir le jus des saisons qu’on soutire, à m'en tordre les tripes jusqu’à la tranchée qui transpire de régurgitation. Trouver le mot, le mot juste, ultime, celui qui dépend de toutes les saveurs qu’on ingurgite, l’essentiel, dépouillé de tout courroux, obtenu par l’alchimie retorse de la dégustation. Transcrire encore de matériaux composites le mal qui sévit en moi, se retrouver, s’enorgueillir du peu d’intérêt que l’on porte aux autres. Effrayante constatation que celle-ci, écrire avant toute chose et croître de l’intérieur, repousser les limites de l’introspection et recevoir le Verbe en guise de sacerdoce.
Vous parlez d’une déroute !
Impossible de se soustraire et les mots perforent, tempèrent, alimentent l’atmosphère dans laquelle j’évolue où l’ordre qui s’opère est chamboulé de sa dévolue. Si peu arrosée de soleil, seule, taraudée de froid, la marche est sans appel et l’effort se révèle d’une empoigne de paysans. Je n’ai qu’une hâte, me surpasser, débusquer le mot, là où il ne pointe plus, secouer le corps jusqu’au moindre de ses propos, et dire ! Quelle emprise, j’accule remords et regrets, n’accumule rien qui prenne racine, tout ce qui en moi a généreusement cherché l’échafaud mais s’est volontairement conduit à l’asphyxie.
Je souffre à chaque heure, à chaque seconde, éprise de peine et de regrets, je m’isole, scande le vide, régurgite des logorrhées stupides, réfute, refuse en silence les thèses de l’existence, bouscule, charrie des intentions classiques au lieu de faire mes valises et envisager un vrai départ. Non, je flémarde. Les entretiens masturbatoires se succèdent, égrainant à la pause les souvenirs qu’il me reste à rechigner d’autres issues moins secourables, semblables à des nids de douceur secondaire. Le galbe de mes sens afflue, j’ai saupoudré mon discours d’anathèmes anaphylactiques, j’ai bu toute l’eau de mon vin comme une assujettie, je me suis invitée à la table des convives pour ripailler au plus bas, à la bonne hauteur des écuelles de chiens, pour ne pas dire au dessous du niveau de ma mère, quasi éteinte, quasi dissolue, enchâssant ses particules nourricières dans les unes et les autres molécules de terre dérangées par la secousse sismique de mes pieds qui implore, là, maintenant, l’abrasion des vagues. Maudite saleté qui se referme sur moi, grotesque, comme un sarcophage sur ma destinée et, je pâlis à vue d’œil. Je suis là maintenant, à rejeter mes déchets dans mon eau qui m'intoxique.
 
Leila. >>



J'avais ses lignes, au creux de la main, qui m'écoulaient de larmes.
par Ines de Saint Lambert
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Lundi 8 octobre 2007

Voilà ce que je n’ai pas le droit de dire…bien que ce soit écrit là, et que je l’aie pensé très fort, toute une nuit, à cause de l’agitation, de l’interrogation et de la déchirure. Mais t’es là Myla, bien au chaud dans ton ventre à réclamer tes terres. Je ne peux te les refuser malgré la souffrance de ma chair et l’abjuration de mon esprit. Voici mon odieux parjure :

 

<< Cette fois, je renonce à la mer, à quinze jours du sable et des vagues, je renonce à l’embrun.  Je tourne la page définitive de mon devenir. Décidément, le Nord de me réussit pas. Abdiquer maintenant et ici, c’est m’interdire une suite prometteuse et l’espoir de toucher aux cimes Alpestres. Je prends le risque. Le corps  s’est défait du goût de l’effort, il renonce et s’incline. Je ne gagne rien à courir les dunes, à dévaler les falaises. Je refuse, tout de go, les côtes anglaises et l’opale, il n’y aura plus d’ultimes satisfactions, plus aucun parfum de victoire,  seuls les reliquats âpres d’ une capitulation consentie, annoncée et logique reflueront des mes tréfonds.  Je renonce irrémédiablement comme il est permis à quiconque de le faire – et pourquoi pas moi ? J’abandonne, pose un pied à terre, puis le genou pour me rendre dans toute ma déconfiture et la dépossession de mes moyens. Je confirme et maintiens que ce n’est de la faute de personne d’autre que moi, moi seule et mon tourment.

Mes projets me quittent, alignés là, à même le sol dans toute leur apathie et leur démesure à l’instar de gibiers privés de leur plein vol.

Jehanne ! Je te renvoie à tes Pénates, toi et ta bannière. Je te renvoie à notre chère Lorraine puisque le Nord nous bannit et nous consume. Les autres vantaient mon mental, mon mérite, mon tempérament de feu, cette fois, j’en brûle vive et d’incivilités, alors je m’en fous. Je suis là, installée dans ma faiblesse, à me conduire en cendres. J’ai rompu tout dialogue. Je ne prends plus la peine de dire. Je ne converse plus. J’ai troqué le langage contre un mutisme abrupt. Je gribouille ça et là des lignes insensées, incompréhensibles qui ne génèrent rien de bon. Les mots ne me réussissent plus, ils me narguent Je souffre de nouvelles contractions spasmodiques et mon ventre se resserre autour de ma peur d’affronter la déception. Je sens que je vais blesser, mais j’ai plus d’envie. Désormais, j’ai hâte  qu’on me descende de mon piédestal. Il est temps, il est l’heure. Je suis l’incarnation même de l’échec. Je suis la seule responsable, personne ne m’assiège, personne ne me conquiert. Ma campagne est arrosée de soleil. Aucun signe d’assujettissement, aucun signe d’occupation ennemie, pas l’ombre d’un char allemand, l’Allemagne de mes racines. Je suis mon unique geôlière, mon inique galère. Je me garde à vue dans mon réduit éteint. Aucun rai pour me distraire. Ma folie n’est pas feinte, ces signes avant coureurs  ne trompent pas. Seule, je suis convaincue de ma débilité. Gamine, je m’enfermais dans mon univers pour jouer seule et m’en convaincre. Aujourd’hui, grande, je me convainc, seule, de l’inexistence de l’univers pour  me jouer de ma débilité. Je ne sortais pas ou peu car je n’aimais pas les autres et la brutalité de leur amusette. Cette solitude me revient en lisant les lignes d’un autre temps. Il m’aurait certainement fallu, la perversité et les jeux farouches pour croître comme les autres, exister et me faire une vraie place au soleil. La perversion m’a touchée et l’errance m’a conquise. Tout me poursuit, je suis une invalide enserrée de silence. Voilà donc une première ébauche de Lettre à Leylia. Je vous avais prévenues, c’est l’écrit de la douleur ; nulle âme n’est obligée de lire ça. Je n’encourage et n’incite personne à venir ici. Je mens.

C’est faux, j’ai besoin de vous. Lisez moi ou je meurs. >>

 

Jehanne ! Reviens moi,  redonne moi le courage et la force de bouter le chagrin et le désespoir  hors de moi. 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 7 octobre 2007
Alors, j’en ai mal au cœur de toute cette vie, il faut que je me raccroche à quelque chose d’autre que l’écriture mais quoi ? Pas vraiment envie de poursuivre, pas la moindre envie de me tenir debout ! La tête lourde, les jambes usées, le corps flageolant, certainement trop d’efforts consentis en si peu de temps, on m’avait prévenue mais je n’ai rien voulu savoir, mon unique mot d’ordre était d’aller toujours devant. Je voulais juste dire, raconter, sans me soucier de rien, juste cela mais les paramétrages de la vie sont bien plus complexes que les configurations de mon coeur. Je regarde autour de moi et ne trouve plus personne depuis qu’elles sont parties. Un vide, une absence que j’aimerais combler mais qui se creuse toujours davantage. Malheur à ma vie, malheur mon engagement, malheur à mon sens du partage. L’ennui me gagne. Et pourtant le corps réclame de la distance, il voudrait la mer mais l’esprit l’abandonne. Foutue vie, foutue prison dans laquelle on meurt sans conteste et à petit feu. Quelqu’un peut il me proposer une issue avant de mourir? Mais en quoi ai-je eu tort ? Je pense aux autres, leur parle et me dévore. J’étais juste là, à écouter quand il a fallu. Mais elles, pourtant si proches, ont disparu. A qui la faute ?
 
-         Myla, je veux que tu saches que je ne suis bonne à rien, que j’ai tout échoué et qu’il me reste à peine de courage pour continuer, pour venir jusqu’à toi. Tu approches et je décroche, tu gigotes et je sombre, tu montes et je descends alors que j’étais tout juste sur le point de m’ouvrir à toi. A deux doigts de relever la tête, d’aller droit vers toi et vers la mer, d’affronter le vent, les bourrasques, la pluie, d’investir l’embrun, les eaux salées, l’enfer du Nord, en somme! J’étais prête à dévaler les falaises, à courir les dunes, à cueillir du regard un bout des côtes anglaises. Je voulais t’offrir tout cela Myla, mais la paranoïa est survenue, sournoise, pathétique, destructrice et me met à bout de forces. De doutes en conflits, le corps d’effondre, s’ennuie, se rue vers l’impotence, vers l’indolence et le mépris de tout un chacun si bien qu’il se tasse et stagne et renonce. Je ne parviens plus à soulever cette carcasse lourde de douleurs. Je veux rompre avec moi-même. Tout déposer là dans cet écrit, et assassiner les mots qui sont en moi, responsables de chacun de mes malheurs. Mais qui peut comprendre à par moi-même, je n’ai pas fait de mal, je vous le conjure. On m’a juste chargée de transmettre les mots qu’il fallait au bon moment. J’ai encore joué les intermédiaires entre ma voix et les autres. J’ai mal! mais ça? je souffre! mais ça…Ma croix est lourde à porter. Je ne ressusciterai jamais. Je n’ai pas de pouvoirs et je ne crois plus en rien.  Tu sais Myla, je tiendrai peut être jusqu’à toi, j'essaierai de faire le plus grand bout de route qui soit à tes côtés, puis je partirai pour t'épargner mon mal, à moins que le destin ne bouleverse l’ordre chronologique et nous impose, son curieux sens de la désorientation.
 
Il déferle des couleurs sombres dans mon cerveau vermoulu, du tort à revendre au profit de personne. Le malheur me dégouline des tempes et me tranche le visage sans nul doute de suppression. Ma trogne est vide du manque d’incertitude. Je me délaisse et me blesse à mon propre jeu. Je dois refouler mes cris de gamine, ceux poussés dans la nuit froide au crépuscule d'un décor supplanté lourdement à l’orée des bois par un univers imaginé et scabreux. Il me pousse comme des ulcérations et des renflements  dans les élans de mon cœur. Je veux qu’il cesse de battre, là, maintenant, tout de suite pour enfin avoir la paix. Il me souvient du chemin de croix de cet autre supplicié, pendu comme un agneau dans l’abattoir des hommes.
 
Le christ expire, qu’il aille au diable, lui et ses martyrs !
La sainte Mère et son amant, pataugent et ânonnent, les pieds dans la boue, un baratin dialectique pour le sauver de son mât. Ca aussi, c’est pathétique !
 
Tes mots me font mal, je les lis, oui, je les lis, mais sache qu’ils me font mal, même très mal. Je ne me reconnais pas dans ce que tu dis, je ne me reconnais pas dans ce que je vis. Je voudrais te répondre autrement qu’ici mais c’est là que je m’exprime le mieux, parmi ceux qui manient le Verbe et la mixture syntaxique et les tournent et les retournent, et malaxent et les relaxent dans la forge de l’écrire.
Un amour platonique ? Myla ? Une sexualité boiteuse. Tu te fous de moi, j'espère? Je suis là pourtant, je n’ai jamais été aussi présente pour elle et pour toi. Souviens toi que je viens de loin, de très loin. J’ai perdu les jumelles et j’ai besoin de parler, j’ai besoin de dire, de dire dans l’ombre, de dire combien j’ai peur aussi de ce qui m’attend. Je crains l’arrivée de Myla, peur de passer à côté, peur de rater une marche et dévaler tout le reste. Je suis ma propre procession de croix. Je suis ma déchéance, je dis et me ramasse.
 
Peu importe, ils vitupèrent, la cuisse ankylosée par le poids du repentir, le couple illégitime le défait de son perchoir et le met à bas. Le christ cadavérique, comme une quelconque dépouille rejoint sa grotte dans un dernier soupir de foi. Comme je l’aime ce symbole porté dans sa souffrance par des rassemblements de bondieuserie et de deniers. 
Et le Christ s’évapore !
 
Je souffle un instant, m’impatiente à peine, reprends les lacets de mes travers et les noue à mes rêves. Je préfère qu’ils s’accrochent à des riens. Il est là, déposé, ce corps pâle que je me remets en mémoire. A mon tour de me souvenir. J’halète, une énième fois avant que de reposer ma tête sur son torse glacé, le gargouillement de ses viscères me transit, son râle, incohérent de trépidations grises se répand comme une chair tuméfiée, nécrosée de désir et j’enrage. J’avale, dans un dernier élan, et d’un coup d’œil malhabile, ce dégoûtant mélange de contours sinueux et d’échancrures livresques. Je vomis, une fois n'est pas coutume. Je prends un malin plaisir à vomir pour m'alléger.
 
L’œuvre persiste donc !
 
J’admire l’artiste, accroché à son radeau, déporté par sa toile, verrouillant le lointain et s’ouvrant sur  le large comme un drap de regrets sur la vague. Je pleure.
 
L’œuvre s’exhibe, perchée dans le souvenir turbulent de mon enfance, je trépigne de mon devoir de guérir.
 
Mon cœur s’effrite ! Il ne se bat presque plus.
 
Je voudrais à mon tour descendre de la croix et m’enfuir. J’en ai marre d’être suspendue, par les poignets pour presque pas un clou. Je voudrais tant dire et faire autre chose que n’importe quoi pour abréger mes souffrances. Seulement, je n'ai plus d'idée. Mais elles sont là, comme des épines, plantées en couronne, dans l’azur de mon front.
 
On me suit, on me guette, on marche sur mes pas. On me chasse, on me saisit par le cou, on me traîne. Je suis dépecée, dépouillée, offerte à la meute. Ne me  reniflez plus mais dévorez moi. Il me tarde d’en finir de toute cette pagaille comestible.
Tu sais, chère mère, je me languis, de retourner dans ton ventre, même congelé sous ton tertre, j'irai volontiers m'y blottir parce qu'ici, on condamne ce qu'on ne comprend pas.
Et dire que je retrouvais le moral, dans mon effort et sous le soleil, de ce dimanche appareillé.
 
Bien à toi.
 
 
  
par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 4 octobre 2007


<< Elle avait renoncé à faire de son blog un journal intime, il lui eu fallu le courage d'affronter une vérité, la sienne, celle de sa vie .

Ainsi elle se complaisait en petits post légers et si parfois elle s'égarait mère prudence lui faisait se souvenir qu'il est bon de  ne pas tout dire....

Amuser son monde sans doute, parfois juste jouer de ses voiles sans jamais s'exposer tout à fait . Elle s'interdisait d'ajouter à la toile le poids de ses souffrances, celui de sa solitude.

Le vent, les tempêtes pouvaient ébranler son fragile équilibre, était-il nécessaire d'en faire subir  les effets  aux autres ?

La question était bonne !

Mais ce soir, elle était partie à la rencontre de l'autre, de celle qui écrivait si bien et sans réticence son mal de vivre, ses interrogations, ses observations, elle découvrait un autre regard ....

Toutes deux pouvaient être proches, une complémentarité possible, la fougue et l'intrasigeance de l'une associée à la philosophie de l'autre.

En réalité, serait-ce suffisant pour les sauver ?

De ce mal être, de cette rage mal contenue par l'une, trop prisonnière de la volonté de l'autre ?

Les mots se bousculaient , se supperposaient se chevauchaient dans le blog découvert de cette jeune femme, comme dans un mal d'estomac, de grands flots rejetés parce qu'ils ne passent pas  !

Elle, plus sage, non pas résignée, attendait....

Non, qu'elle ait un silence intérieur !

Riche de son éternel optimisme, de sa foi en la vie .

Elle attendait....

Surtout ne pas prononcer les mots, ceux que l'on ne peut  pas rattraper ! >>



 Galdane.




Et voilà qu'un jour aux confins de mes écrits, à la croisée de mes lectures...je tombe sur ces mots qui me vont droit au coeur mais ne m'appartiennent nullement, ni à l'une ni à l'autre des jumelles, ni à l'une ni à l'autre de leurs amies, ces mots forts et puissants, bouleversants, écrits étonnament similaires aux miens, défenestrés de leur être dans le soufre de la vie, je m'en étonne, je les lis et les relis, je n'ai plus de voix. Je décide à mon tour de leur donner l'envol, l'impulsion par le souffle des miens! Ai-je tort ou raison, peu importe, ces mots doivent vivre...à mon tour de les rendre à la vague, à mon tour de les rendre au large. Voici donc les mots de Galdane tels qu'ils se sont échoués sur les côtes de Lettre à Leylia, voici les mots dont je suis la garante. Je me dois de porter l'Autre au délà de ses écrits comme je me dois de porter mes écrits au delà mon autre. J'en ai le mal de vivre au ventre. Tels sont les maux de Galdane.

Bien à vous.

realityshow.over-blog.com/article-7157912.html
par Ines de Saint Lambert
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Lundi 1 octobre 2007

<< Et traverser Dinant, calée dans sa rocaille, médusée de son serpent, que de canonnades au dessus de sa tête,  que de falaises à son clocher. On n’arrive pas dans Dinant mais on n’y tombe, étrange impression que tout flamboie de mille feux et que tout est posé là par le pur des hasards comme le reflet des cieux dans l’ardoise, la granulite scintillante des pavés à l’eau endormeuse de Charles Péguy qui glisse entre les jambes oubliées du vieux pont ressuscité où un illustre libérateur fut touché dans sa progression contre l’ennemi – j’ai cependant grand peine à imaginer la présence d’ennemis dans ces hauts lieux, mais c’est certainement ce qui fit encore le panache d’hommes en mal de renom ! Liquoreux mélange de cultures et de guerres et de sang, le tout savamment dosé où les genres se confondent et se confrontent où les légendent éclosent d’une histoire déclose et nous croulons dans la mémoire d’une ville harcelée et tiraillée de toute part. Veille Notre dame de Dinant coiffée de son clocher de bulle, où les orgues vous transcendent et vous ouvrent en grande pompe un ciel de vitraux, la roche embaume jusqu’au transept de l’ancienne collégiale, le gris banc domine, le gris blanc culmine, les édifices se fondent aux parois qui protègent cette joaillerie de douceurs, et le soleil pénètre jusqu’au tréfonds des cœurs quand la Meuse se dore et s’endort miroitante de parcimonieux tumultes sous l’œil vigilant de la jaillissante citadelle. Une myriade de marches vous élève au plus haut de ses flancs, surplombant à chaque pas les toits qui s’éprennent inlassablement des charmes de Dinant. 

Lorsque l’on arrive de Philippeville, tout se chevauche, des siècles aux régions, la route s’élargit, bordée de prairie accidentée où paissent paisiblement des troupeaux de culards – race génétiquement déformée propre au gigantisme de cette génération massive - et la route se prolonge ainsi, respectant de la sorte une progressive déclivité jusqu’au fleuve. Le voyageur a l’étrange impression d’entrevoir un échantillon des rues noircies d’Italie et de respirer la fraîcheur préhistorique des cavités de Dordogne. Il y a cette halte inévitable au cimetière où des tombeaux vous ouvrent leur mystère par  les ciselures d’une  petite porte métallique, quelquefois celle-ci n’est plus où se meurt de corrosion et exhibe sans pudeur, les coffres superposés d’une bonne famille de dépouilles. Il s’exhale de ces sépulcres, une odeur pestilentielle mêlée de rouille, de cheveux et de vieux habits. On imagine aisément les corps allongés, reposant là depuis de nombreuses décennies. Et l’on garde de Dinant, cette incontournable arôme de Mort, jusqu’au cœur des vitrines regorgeant de chocolats et d’étales de charcuteries séchées, la fétidité de ce souvenir vous trouble les papilles. A une centaine de mètres, la grotte dite la Merveilleuse, vous attend avec un guide échevelé dans une baraque fumante qui vous prend aux yeux comme une envie de pleurer. Il propose tout et n’importe quoi, de la petite sorcière à la toile d’araignée, et l’homme vous répond mécaniquement en chargeant son âtre qu’il vous faudra patienter encore un peu que se constitue un nouveau groupe pour visiter – encore faut il aimer le caillou en sudation ! Le plus poignant est de plonger dans cette ville et d’arriver au pied du pont parce que c’est à cet endroit que le rêve bat son plein puisqu’on ne distingue rien d’autre que du rocher, puis la ville sort peu à peu de son phénomène d’illusion quand l’œil s’habitue au gris clair. Les cloches aux sonorités espiègles de clavecin retentissent, comme pour vous souhaiter la bienvenue dans cette ville de pierre et d’ardoise. Drôle de sensation de fin, de vide, d’inexplicable fuite, d’exil comme si nous avions parcouru des milliers des kilomètres alors que nous sommes dans le prolongement des eaux de notre enfance. Il faut écouter le silence et le calme de cette nation tolérante et élégante, où les femmes vont main dans la main et s’embrassent à pleine bouche sans que quiconque ne se retourne pour regarder niaisement cette effusion d’amour. Les filles de Sappho vont et viennent librement dans ces rues massives et battent le pavé en quête d’un perpétuel émerveillement, mais Dinant débordante de trésors ne se lasse jamais de rassasier son monde du plus pur éclat de sa cité. Il faut s’arrêter pour boire et manger sur la rive commerçante, et s’imprégner du flegme de cette nation et du vocable lointain qui en découle. S’arrêter et regarder en direction des Ardennes, puisque c’est dans ce sens qu’il faut partir, mollement, tout en ne quittant pas des yeux, les petits bateaux qui à leur allure de sénateur croisent comme des paquebots sur la mer. La fierté de cette région est de donner à tout un chacun l’impression d’immensité. La ville s’évanouit derrière vous comme un mirage, et lorsque vous regagner votre demeure, le soir en vous couchant, vous avez l’étrange impression d’avoir déjà dormi et de sortir d’un rêve.

Leila. >>



Vous savez, la Belgique me revient et des souvenirs en boucle...Elles étaient là, si proche, à regarder les mêmes choses que moi. Maintenant que nous reste t'il ? Rien.

par Ines de Saint Lambert
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