Dimanche 30 septembre 2007

   << Chère Marthe,

J’ai mal de ce départ brutal, et de cette nuit vide, j’ai mal, même très, de la ville qui t’appelle et m’a fait saigner de sa longue lame, la vie et ses nausées, les mots qui blessent et le passage qui délaisse là, sur le carreau, l’adieu à portée de main…je comprends ce qui t’habite et la douleur qui te hante. Mais tu me laisses plantée dans la nuit, le dos aux arbres, sous les étoiles face à la terre épaisse et meuble et grasse des pluies passées. J’ai quitté la voie pour m’engager dans les sentiers, seule, et sentir, j’ai quitté la voie et les lueurs, pour décompter les heures et les maudire. Je conçois ce quelque chose qui t’habite et ce besoin de partir, je conçois l’appel des autres, du tout quitter, même nous, pour recommencer à zéro, peut être, et balayer du revers de la main, notre histoire. J’ai tout compris, dans la nuit froide, à ravir les sentiers, à  déférer la voie sous la lune, à rompre avec les lueurs qui se déposent et le vacarme qui fouille le sous sol et meurt sous nos pieds.

Je sais qu’il te faut réapprendre à aimer les autres et surtout te départir de notre médiocrité misanthrope. Je sais que tu dois faire fi de ta sensibilité pour revivre. Je m’en veux de détester le monde et de ne rien t’apporter d’autre que des rumeurs. 
Toi qui aime tant les autres, comme je dois te paraître exécrable!
J’ai semble t’il plus rien à dire. Je suis vide et la nuit m’absorbe, loin des lueurs, à l’approche du virage, à l’abri du vacarme et des tiges armées qui délitent la roche. J’ai senti le froid briser mes épaules alors que je n’avais qu’une chose en tête, marcher à tout rompre et saisir les mots de ta terre.

Réapprendre à aimer les autres, à se rapprocher d’eux, à les côtoyer simplement, ne plus avoir à subir mes assauts. Nous sommes dans notre microcosme à nous ronger les sangs, encerclées de nos lueurs, à éponger la nuit, à ranger les étoiles pour libérer le jour.

J’ai conscience que tu ne veuilles plus t’enterrer dans l’ombre et le mensonge.

Tu veux que je t’aide à partir ?

C’est ça ?

Je suis prête à te libérer la gueuse.

Faut il que je fasse le geste ingrat, le mouvement terminal, le dernier geste, celui qui abrège les souffrances, veux tu que j’étouffe les battements de ton cœur, que j’euthanasie tes sentiments, veux tu que je donne la mort à ton amour, qu’un tombeau se referme sur notre histoire, que plus aucun souffle n’envenime la flamme qui nous tenait en haleine. Tu sais, je pense à ma sœur…quand je t’écris tout ça, je pense à elle.

Je vais t’arracher la perfusion qui te retient en vie, je vais t’arracher les mots qui s’entêtent à activer ton cœur et les maintiennent dans un amour artificiel. J’ai voulu le faire des centaines de fois car je pense à ma sœur.

Des centaines de fois, partir et tout rompre.

Je veux que tu sois bien et que tu vives librement, loin de ces lueurs, du vacarme qui assourdit et de cette nuit épaisse, ouverte sur ta terre, comme un ventre rond, rond comme l'antre de Myla.

Et ton regard dans les étoiles, accroché au hasard, poursuivre, bien qu’elles te soient trop hautes, pour fuir !

Veux tu que je te fasse la courte échelle?
Promis, personne n’en saura rien, promis, et surtout pas sœur !

Veux tu que je t’aide à t’agripper au quartier de lune pour te hisser?
T’offrir l’autre côté et nous oublier.

Je raconterai une histoire à Layla, je lui dirai que quelqu’un est venu te chercher et qu’il te rapportera plus tard quand t’aura mûri comme quand nous étions petites et que notre mère nous remplissait l’imaginaire de contes et de légendes de fruits et de fragrances de vie. Comme quand nous étions petites et que nos cœurs n’avaient à battre pour personne. Comme quand nous étions petites et que notre coeur n'avait à battre que l'une pour l'autre.

   Bien à toi.

    Leila. >>
par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 28 septembre 2007

Encore une approche juste de ma complexité! S’aimer soi-même !

Me chercher, voilà des années que je me cherche, je voulais me connaître, point par point, descendre en moi le plus profondément possible, descendre, toujours descendre, arrimée à la gueuse de mon ressenti, sans me soucier de la profondeur et des risques d’aéropathie, sauter les paliers de décompression pour gagner du temps, fuir sans réserve d’oxygène vers le fond. On commence à prendre conscience de l’importance du phénomène de la respiration quand l’air vient à manquer, et ce fait, je vous le confirme après avoir flirter avec la noyade à deux reprises, involontairement bien sûr, pour celles qui m’imagineraient suicidaire. Je n’ai pas encore touché le fond et je manque déjà d’air. Cependant, il est trop tard pour remonter à la surface et refaire le plein. Je dois composer avec des résidus thoraciques pour avancer, mais là, c’est le propre de chacun de faire avec des restes pour survivre. Je ne suis pas exempte de ces subtilités humaines et j’enrage.  

Je mène ma vie comme une apnéiste de l’extrême qui part à la conquête d’elle-même en outrepassant ses limites dans le dessein de défier l’inconnu, de défier son inconnue, de devoir résoudre sa propre équation. Apprendre à mieux se connaître en transgressant les lois du vertige somatique. J’écris à m’en faire mal, à m’épuiser physiquement, à me durcir mentalement.

Caresserai-je l’espoir de voir le fond et de revoir la surface ? Peut-être ne verrai-je qu’une seule de ces deux extrémités se consumer à mon approche?

Je me raccroche à rien, je pousse mon corps, le retranche dans la souffrance, jusqu’au seuil de rupture. Je suis fascinée par le goût de l’effort, sens que je suis dure au mal et persévère. Je tente une dernière manœuvre, je regarde d’un œil désabusé le monde des animés et des inanimés, et me surprends à admettre que chaque chose se décroche un jour ou l’autre, que chaque molécule se décroche l’une de l’autre, glisse vers le fond. Le grand ordonnancement va et vient, puis chacun s’en va pour ne plus revenir. Je sens que le monde se dérobe sous mes pieds et qu’il m’est impossible de retenir qui que ce soit et quoi que ce soit. Voici, le drame de mon existence, voilà pourquoi je ne m’aime pas car je sens ma vulnérabilité et mon impuissance. Je me déteste lorsque j’ai conscience de ma résignation, de mon renoncement au combat. Jehanne, elle, n’a jamais baissé les bras, même dans le brasier de Rouen ! Il  est trop bon de céder à la tentation, il est trop bon de se laisser happer par les délices de l’errance, il est trop bon et trop facile de se départir, couler, sans retenue comme un courant d’eau qui s’effiloche, comme un remous qui se déporte, comme un voyage vers l’agonie abyssale qui s’éternise. Je vous donne une réponse, je me déteste quand je cède aux tentations, je me déteste dans ma faiblesse et dans mon effondrement. Je me déteste quand j’accepte l’idée de mourir. Je me déteste quand la nature humaine me rattrape.

 

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 27 septembre 2007

Pas grand-chose à dire ce soir, après la pluie, avant la nuit, mes derniers mots, mes dernières pensées griffonnées, à peine quelques souvenirs qui se démènent comme des forçats au profit du désordre, je l’avais dit qu’il y aurait encore du chahut. Je m’amuse silencieusement pour ne pas réveiller les autres qui dorment leur silence, je m’amuse à compter sur  le bout de mes doigts, les journées qui me séparent de la mer. Je me redresse, me renfrogne, écris une chose, toujours la même et chiffonne le reste. Bercée, presque aigrie, à peine consolée, je me balance, et m’attache à  des riens. Je compte. Un peu déçue tout de même que tout arrive si vite et que tout passe sans accrocs. Il faudra bien qu’un jour, je me fasse à l’idée de mourir. Foncièrement déçue que personne ne résiste à la Mort. Les uns disent que ça passera, d’autres disent que c’est chronique, qu’ils babillent tant que le coeur le leur permet. Je ne parviens pas à trouver les mots justes, je voudrais écrire, parler des crapauds retournés que j’ai évités sur la petite route noire, porteuses de vies du fond de la nuit et me renvoient si ridiculement l’image mystique du repos éternel. Je voudrais les décrire précisément dans leur posture débile. Dire combien de leur ventre blanc et de leurs pattes écartées, ils ressemblent à des poupons qu’on emmaillote. Seulement, je n’ai pas le courage d’en écrire davantage. Je suis toujours enfermée dans ma piaule, à tourner des feuillets raturés, à remanier sans véritable inspiration, le travail des jumelles. L’envie de profiter de tout et puis de rien. Il m’est impossible d’aller au-delà. On dirait que je m’ennuie un peu, mais, on dirait aussi, que je suis complètement à ma place. L’ennui ?  Je ne comprends pas mon entêtement à persévérer dans l’ennui. Dans mes autres nuits, j’avais toujours un œil sur elles, le regard fouillant l’obscurité en quête du moindre signe de leur souffle. Tous les jours, je craignais, je craignais qu’elles partent, je craignais qu’on s’oublie. Maintenant, je ne crains plus rien puisque nous nous sommes définitivement oubliées, puisqu’elles sont parties pour de bon, puisqu’il n’y a plus, de leur bouche, le moindre le filet d’air à capturer, puisqu’à présent, je suis seule et ne communique qu’avec des ombres et des voix qui me viennent du ciel. Puisque ainsi vont la vie et le regain des torts. 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 26 septembre 2007

<<  Le pouvoir des mots ?

Voilà une idée, une idée qui me remue et me secoue les tripes, les mots et leur contraire bien campés dans les grands tourments du monde. Heureusement pour moi, la guerre s’est tue depuis que j’ai mis fin aux abois du média famélique. La guerre ne vient plus mourir sur mes pompes et c’est tant mieux, j’ai la conscience apaisée, inexorablement tranquille. Qu’ils s’évident, toutes et tous, de leurs éclats d’obus hémorragiques, j’ai déjà le mien,  propre, dans le crâne à couver et materner de ma démence.

Mon écrit ? Je le veux novateur, poussé par un style empirique, plein d’entrain et de fébrilité sonore, s’abattant telle une déferlante de rage sur une population archi molle, engoncée dans ses charentaises, fourrée dans ses rengaines liturgiques. Je veux qu’il étripe ce quotidien sourd qui tourne comme aiguille comtoise et agite son sommeil. Peuple inerte, aguiché des show aux attractions spéculatives, flairant, reniflant les bonnes affaires et la gouleyante carrière de sa descendance;  population veule, inerte, indifférente, indéfiniment stupide dans ses propos seconds, jamais singuliers, obstinément graves ;  dense et odorante à ses heures de pointe. 

J’extrapole bien complaisamment puisque je n’ai moi-même plus tous mes repères dans ma tête bombardée, je suis bouffée de grandiloquence et de démesure, entaillée de tranchées dans lesquelles je me condense pour m’échapper du drame annoncé de l’écrivaine acariâtre que je deviens.

Je veux des paysages déroulés à l’infini qui m’usent les yeux ébahis, je veux des lieux mystérieux où le ciel touche la mer pour fusionner en un point azuré d’où s’envoleraient gauchement des poissons à plume et flotteraient mollement des oiseaux écaillés. Pas de chaluts, rien que des nourritures aseptisées et des individus malsains pour dépolluer la terre. Je suis de ces malades démunies de tout point d’ancrage qui galvaudent dans les artères des grandes cités en quête d’un point de jonction de mon délire cérébrale et de la conjugaison outrancière de mon style scabreux.

Ecrire à n’importe quel prix même les choses les plus incompressibles. Je veux seulement vous faire part, et de la manière la plus juste, de mon désordre et de mon désarroi face à la vie.

Je suis folle tout simplement d’une folie intuitive que je vous communique dans le langage le plus impur  qui soit.  

Peut être ferais je mieux de garder tout ce charabia pour moi ? Peut être ferais je mieux de me taire ?

En tout cas, depuis peu, j’ai sombré dans la drogue de vos mots et je me sens moins seule. 

Hier, le pied dans Nancy, j’ai senti son pavé blanc et granuleux battre sous ma semelle, j’ai regardé sa lune figée tout là haut par-dessus ses lueurs déclinantes et le frémissement de son tram. Je l'ai sentie s'ébattre dans mon coeur.

-         Chère Nancy, que j’aime éperdument, un jour, me rendras tu ma sœur ?

 

Bien à vous

 

Leila. >>

 

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 25 septembre 2007

Il m’arrive encore de chercher dans le cœur et le regard des autres une part infime des jumelles Il m’arrive encore de croire les apercevoir au coin d’une rue, alors que je flemmarde, détachée du monde, le cerveau apaisé, la tête ailleurs. Il m’arrive encore de tomber à l’improviste sur un regard de glace qui me rappelle le leur et m’accrocher à lui jusqu’à la perdition, c’est dire que je les ai au fond de moi, qu’elles me suivent partout et piétinent mes sens. Je les cherche dans chaque plissure de ma peau, dans chaque encoignure de ma conscience car je sais qu’elles sont là quelque part à m’attendre, dans un sentier paumé, au cœur de Nancy, sous un porche ou dans l’eau tumultueuse d’un océan quelconque J’accours, je pressens, je surprends, je scrute, j’interpelle, me trompe, m’excuse et reprends ma course folle dans les rues de mon délire. Je me sens seule sans elles.

 

 

 <<  De bouleversements d’âme aux nocturnes cafards, puis méditer sur les mots pour ne plus les écrire, et perdre du temps à barbouiller de plume ma fantasque mémoire…se servir du langage aux délices de la cause et d’un style estropié pour répandre la chose! Que faire quand l’âme vous quitte? Dans tous les cas qui recèlent une part de ma souffrance, je me taille dans le vif du sujet une veine attribut.

C’est décidé,  je m’embrouille pour ne plus m’en sortir, et courir la vergogne au carrefour des tumultes, les rues sont cadenassées, la pluie  dévalent mes trottoirs, je piétine et me garde de m’en lasser, je cherche malgré tout à m’asseoir sur un banc et repenser comme suit l’instrument de ma raison : fermer les yeux puis me laisser couler, rebrousser chemin jusqu’à l’originel et me planter, dans le plus profond du cœur, l’opprobre de mon baptême puisqu’il n’y  a plus aucune religion dans ma champ de vision qui vaille et ne voue désormais plus qu’une foi libidineuse au culte, aux saints martyrs, à Jeanne.

A toi…ma chère Jeanne!

Eloignée des chasubles, je me suis encanaillée. Je cherche encore le mot qui représentera au plus juste ma névrose que j’envisage d’immiscer dans notre peuplade soumise aux lois des tendances dont je me fous bien éperdument. Juste m’asseoir le temps d’une brise, le temps d’une baise avec Marie Madeleine dans le ventre glauque du Saint Sépulcre.

Il ne fallait pas me filer les armes – je suis dangereuse - et voilà que j’écume les rues en état de démence, la lame au sein…non Jeanne, ce n’est pas ta faute, c’est désormais la mienne, c’est ma très grande faute !

Il n’y a plus de style dans ma tête, plus de souffle dans ma plume, plus d’écrit dans mon sang, le rêve est saccagé, pourtant j’en saignais menstruellement d’envie, mais tout a disparu, en cette sombre fin d’année, je me consume pour rien, je constate encore que le temps me fait défaut, que les journées sont longues à étrier, et que la mer est loin. Je suis fille de << l’insoluble légèreté de mon mal-être, je rage d’instabilité et dérange d’incivilités!>> C’est aussi me tordre de douleur comme m’en foutre distinctement. Il n’y a plus de juste milieu dans cette histoire d’existence, j’aimerais tant m’endormir sans plus avoir à me soucier du temps qui me précipite au fond de l’entonnoir, j’ai la flemme de vivre, le courage amoindri, même désolidarisée de ma carcasse, je vocifère  et tressaute encore…je suis si seule et si peu solidaire dans cette quotidienneté qui m’aspire à chambrer les étoiles et soustraire à la lune une bonne nuit d’utopies, avec elle peut être pas…sans elle, assurément…mais que veux je à la fin ? Le feu dans l’âme ?

 

    Leila.>>

 

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 22 septembre 2007

<< Leila,

   Tu as cette force avec les mots…qui font que lorsque je te lis…je me sens étrangement éprise par la profondeur de tes sentiments. Nous connaître, mais nous ne le pouvons entièrement, bien que tu sois de la même chair et du même sang que moi…c’est l’histoire de la vie, de la nôtre! Celle qui nous fera découvrir un jour, qui nous sommes vraiment ! Pourquoi, nous deux au fond d’un ventre…pourquoi nous deux, si seules, au fond d’un monde ? Pourquoi notre mère, n’a t’elle jamais rien su nous dire de ce mystère originel? Pourquoi s’est elle réfugiée dans une tombe pour plus avoir à nous répondre. Certes, nous en connaissons quelques aspects, irréguliers, circonspects, des circonvolutions, des imperfections, des balises…mais tout est perpétuelle mouvance et file entre nos doigts comme le sable et le temps se défient de nos joies. La fuite, la maudite fuite qui t’obsède et le partir qui te ronge. A chacune son choléra, sa maladie qui rogne, à chacune sa gangrène, son tourment qui lorgne.

Lorsque l’appel de la mer t’amène dans ses tréfonds…que tu y plonges aveuglément pour retrouver peut être l’instant utérin ou le remous amniotique synonyme  de paix, d’asile, d’exil. Et encore!
Cette mer a le sens des grandeurs, des profondeurs et tu le sais, tu en joues, avec les unes avec les autres avec toi-même…cet océan que tu contiens dans ton ventre comme notre chère mère nous a contenues, qui te fouette, te brise, te coupe du monde afin que nous autres, ne puissions plus remonter à ta surface…sentir cette force, cette puissance tempétueuse soulever tes côtes, les assaillir, les meurtrir comme la pique christique en son flanc. Et nous permettre de nous ouvrir le crâne contre l’audace de ta mission et de nous prétendre du reflux de son sang.

 

Bien à toi.

 

 Layla, ta soeur instable>>

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 20 septembre 2007

Moi

De notre moi profond, de toi à moi…Leila qui es tu ? Qui suis-je ?...à partir de quand et comment s’y prendre ? Le bleu grisâtre du ciel nancéen s’apitoie sur mon sort…les rues secouées, agitées des relents de vacarme aux carrosseries filantes, je me sens comme une fourmi délestée dans cet univers cacophonique de dioxydes et de carbures. L’eau noie le bruit - tu sais, l’eau noire du canal – l’étire, le tord et l’engourdit pour me le glisser sournoisement dans un soufflet d’air. Quelques bulles qui viennent crever à la surface, très certainement le balbutiement de gros poissons gras plantés dans la vase. Telle une poupée chiffonnée, j’avance, je hume, je tangue, j’assume ma démarche ivre, sinueuse et sirupeuse. L’étrangeté de ma vie, mon parcours dantesque pour ne même pas faillir jusqu’à toi. Nancy toi qui me suspectes de n’être plus tienne, tout cela parce qu’un beau jour, j’ai décidé de regagner mes pénates, bien au fond de ma cuvette, à cogiter des mots et conjuguer du verbe, à éparpiller des bondieuseries dans ma chambre pour expédier mes espérances – et puis quoi ? Je ne croyais plus en rien, je pouvais bien me risquer à apprendre à brasser dans un bénitier… non?

Vas-tu me reprocher cet endémique barbotage ?

Tu n’as rien vu venir, tu me tenais dans tes couloirs, tu me bourrais le crâne de déclinaisons, tu n’as rien vu venir, des petits pas que je dansais et du grand saut que j’ai fait, j’ai fui, en demi teinte et dans l’oubli, à l’ombre de ton pardon et de ta vie. Je t’ai fui Nancy. D’un but en blanc…je t’ai fuie, à l’agonie et maintenant, je te cherche dans la bouche et la peau de tes filles que j’effleure du bout de la plume et du cœur.

De notre moi profond, de toi à moi…mais à la fin mon Autre, que me veux tu donc ?

 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 19 septembre 2007

Je n’ai pas grand-chose à dire, hormis ma fatigue et mon envie de rien, il y a des jours sans et nous devons faire avec. Aujourd’hui, ma tête est désespérément vide et se refuse à tout commentaire. Eclairée de ma vieille bougie, je griffonne ces quelques lignes dans mon mouron. L’univers dans lequel j’ai grandi s’assombrit autour de moi. Je me sens traversée de fébrilité comme à l’approche de l’orage. Il me faut l’air. J’avais besoin de solitude et voilà qu’elle m’oppresse. J’ai méthodiquement et stratégiquement appris à mépriser tout le monde. A présent, j’ambitionne d’apprivoiser  le revers de la médaille. Ma vie prend l’eau, que dois je faire ? Ni l’une, ni l’autre à mes côtés. Plus personne, sur quelles bases se départir ? Sur quelles bases me reconstruire ? Partir ? Partir ou rester ? Rester, c’est affronter mon propre reflet dans le regard des miens, et à avoir à le supporter au quotidien. Rester, pour se battre et s’enliser dans des débats infructueux ou balancer mon écrit à la face du monde. Partir, c’est renvoyer toujours ce même reflet mais dans le regard des autres, pour cette fois, prendre conscience qu’il me faudra le supporter éternellement. Alors j’hésite !

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 18 septembre 2007

Je n’ai rien trouvé de mieux que de me renfermer sur moi-même, coupée du monde, je ne m’informe de l’extérieur que par l’entremise de vos blogs. Je pioche des récits au hasard et savoure l’étrangeté de votre vie. Je m’accroche à vos rancoeurs, m’enroule de votre style et voyage. Que d’aventures, que de combats, que de peines, menées, livrés, épanchées, que d’expériences absorbées par la toile. Qui sommes nous derrière notre écran à lire ou à écrire, à lire et décrire un quotidien qui ronge? Qui sommes nous donc ? Qu’espérons nous trouver ici ? N’y a-t-il rien de mieux à faire que d’écrire, que de lire notre avenir entre les lignes ? N’avons-nous pas une réalité à assumer, avec des êtres faits de chair et d’os à supporter? A croire qu’ils n’y a qu’ici qu’on puisse parler, échanger et se confier. Quelle société malade ! Alors on débarque comme ça, presque à l’improviste, afflublées de nos pseudos, déposer nos humeurs comme on le ferait du linge sale dans un pressing. J’en suis persuadée, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne plus rond dans nos têtes. Rendez vous compte, que mine de rien, nous sommes en train de faire avec nos blogs, une véritable incursion dans une humanité encombrée de techniques et pratiques toujours plus complexes les unes que les autres. Je n'oublie pas pour autant nos vrais journaux intimes, cadenassés dans nos tiroirs, rédigés à la main et oubliés de nos mémoires ? Pourquoi ce besoin de dire aux autres tout et n’importe quoi ? Pourquoi donner notre intimité en pâtures ? Et dire que j’ai besoin de vous lire pour me comprendre, très certainement pour équilibrer mes démarches, et peut être même, aller chercher mon pain plus sereinement le matin sans avoir à me vomir d’injures aux pieds du premier venu, tout cela parce que j’en ai mal au ventre de vivre.  Ecrire, juste pour se faire une raison et accepter de  rendre l'âme, un beau jour, dans le doute et pour rien. Toujours est il que je salue votre talent et la richesse de votre esprit. Et surtout estimez vous heureuses d’échapper à la débilité que je traîne depuis ma plus tendre enfance…depuis mes premiers mots gribouillés sur un cahier petit format, à gros carreaux, sur une table en bois, dans l’arrière salle du bistrot de ma feue mère. Je me vois encore illustrer pieusement ces pages avec des photos extraites du Pèlerin Magazine. J’en ai la chair de poule et le sourire aux larmes.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 17 septembre 2007
               Mais Leila, c'est aussi ça...Cette rage de vivre bon gré mal gré! 
 

  << Le bruit m’excède, des hurlements de vieux chiens battus aux pattes démises, à ces hommes carrossés de bleus bouffis en trogne circulant bestialement sur des échafaudages branlants et projetant de leur truelle des gâchées de bétons comparables à de la fientes d’oiseau. J’en ai assez de cette société bruyante qui arpente les façades aux crochets d’apprentis ballots et s’en vont rire à leur perchoir des passants qui échoppent de leur cerveau toute pensée des autres.

 

J’aboie de ma plus belle rage, me noue, et me secoue les nerfs pour ne plus entendre la ville gronder et suinter de ses tours, les rues piétinent, se dérobent, et m’indignent, je refuse d’entendre ce déplacement de chair libidineuse, qui s’effleure et s’enamoure de satin et satons, se rue et s’obstrue les chemins du pardon.

 

Comment me concentrer dans un vacarme pareil puisque le cliquetis de la moindre ferraille se supplante à ma méditation, vous pensez bien que l’inspiration m’échappe et que nul écrit ne peut naître de cette quincaillerie sonore et qu’il est préférable de réfugier mes tympans dans des champs de coton plutôt que de les convaincre de pactiser avec le bruit.

 

Les journées passent, les nuits courent, mon écrit piétine, on saccage les murs de ma geôle de livres, les cloisons vibrent, tremblent, on les perce, on les casse, les effrite, les émiette, et le cycle de la vie suit son cours, chaque structure reprend son état originel, que je quitte ce chantier au plus vite, et que je rejoigne ma chère sœur, que je meure dans ses bras, le front au baiser de son sein, que je rentre chez moi, retrouver les délices de sa main ; lavée, délavée des averses d’injures, accrochée à l’embase de cette démesure, j’aspire à des jours meilleurs, à des heures sans fracas, accolée à elle seule, ne plus la quitter – ne plus te quitter Layla – et dévaler comme jadis la vallée de Fraufeux, mais que le diable enfin s’exécute et déporte dans le lointain mon cerveau trop pesant de gravats et d’éclats de ruines.

 

Dans les rues, la marche se poursuit, à croire que rien ne cesse même lorsque mon âme est en décrue, des hommes, forts en gueule, prennent la tête de chorales occultes et braillent, comme des veaux qu’on égorge, les vieilles rengaines syndicales ; à leur traîne, des groupuscules d’une population défenestrée répandent les forfaitures d’un système dans lequel chacun transpire et conspire, c’est l’occupant qu’ils veulent ! Englués à des banderoles fraîchement peintes, ils inondent les avenues de l’oubli, les bars se désemplissent, on s’active dans les bureaux, les cerveaux se ramollissent, la société exulte. On joue un peu à la guerre car d’aucuns ne veulent vraiment la faire. Rien n’y fait, ma tête est une honte pour cette peuplade de demeurés que je fuis au demeurant et préfère éviter tant qu’il m’est encore permis de me mouvoir. Le cauchemar est incessant, je crains qu’ils ne me rattrapent, qu’ils ne me traquent,  qu’ils me collent aux trousses leurs hordes de cagnas, de bêtes enragées, fusils enraillés ; et supporter ces bourrus, ces gras du bide avinés, ces ivrognes armés qui quadrillent ma nature et la gribouille de cris et de balles. Elle est partout cette engeance, à chaque carrefour, chaque encoignure de rue, sous chaque ramée de feuillus, un mâle surveille, il ne tient qu’à nous chères amies d’envoyer pour de bon cette sale race à l’oubli.

 

Leurs marteaux m’agacent, je me pose trop de questions, je contemple ma peine et me gave de défis, je suis tombée par hasard dans ce monde d’escogriffes, une guerre à gagner avec une plume en main. Mon empennage est maigre et fait de mon envol une utopie, certes notoire, mais à tire d’ailes.

  

Leila. >>

 

par Ines de Saint Lambert
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