Lundi 21 avril 2008

Chère Leïla,

Tu vois, je n’ai pas grand-chose à écrire même en faisant le tri dans ma tête. Les feuilles s’entassent au pourtour de mon bureau, les fichiers, les dossiers et quelquefois des rebus d’idées, le tout reclus, à la périphérie de mes rêves et de tentatives de notes expéditives, encore. Si lointaine et si proche, la conception de l’œuvre et de la projection de moi-même en son sein.
Je réfléchis.
Hier, j’ai caressé Nancy, un rien calme et printanière, sortant à peine de sa léthargie hivernale, celle que j’aime patiemment, dans les rues, quand les anges de la nuit échappés de l’ombre marquent les trottoirs de leurs empreintes blondes. Une cuisse offerte, un parfum, ma pensée flânant de l’échancrure au tapin. J’envisage le pire au toucher du canal. J’attends, j’attends de lire, de saisir au vol, une dernière désobéissance. J’attends la chaleur, surtout la chaleur, le soleil dense et l’asphalte brûlant pour astreindre mon corps à l’effort qui use.

Et les heures tournent, immorales.

Je m’imagine déjà.

Tu sais, au moindre craquement du parquet, aux moindres gazouillis de sa bouche laiteuse, j’irai telle une mère, plonger ses yeux dans les miens, brouiller tes mots dans les siens, je lui transmettrai le linéament fallacieux de l’expression écrite. Lui, emmitouflé dans ses couvertures, la joue crémeuse, moi, gauche de mon errance, à tout va, à tout singer de ma plume retorse de contractions utérines. Mon corps las, hébété devant lui, éclairé du flanc des glaciers, soumise à mes propres dérèglements, à mon unique volonté de gravir, à l’entour. J’irai moins haut, j’irai moins loin, mais serai prompte et plus réceptive à la souffrance, plus précautionneuse à finir en croix, mordue de crampes, tétanisée à la rampe qui me monte aux cieux J’ai méticuleusement besoin de prévoir pour recommencer.

Recommencer quoi ?

Mon supplice, ma supplique subliminale vers toi chère sœur.

Cette lettre cathartique, écrasée du surpoids des addictions de mon cœur. Ma rage est rancie. J’ai vieilli, à force de dénivelés et d’abstinence, à coup de rudoiement de mental, de conditionnement de volonté et d’obligeance. On a rien sans rien, sans le respect d’autrui, sans le respect des siens, on a encore moins que rien. Je vous déteste et vous aime vertigineusement, à porter des cimes pendant neuf mois, je vous aime méthodiquement.  

J’imagine bien que tu ne saisis pas le sens de cette missive. J’imagine bien et pourtant, je te raconte tout, avec mon langage à moi, combien, au fond, j’ai besoin de te lire, les autres et toi.

Toi et les autres.

Je garde des images plein la tête. Un goût de neige, un goût de roche, un parfum de périple et d’accroches. Je n’ai rien trouvé de mieux que de moisir des années en silence pour entreprendre enfin l’impensable pour moi.

Que comprends tu de ma geste ? Des élans, des restes de folies adipeuses, à l’époque où il me fallait boire et manger pour occuper l'espace. Etrange masse que la mienne, zébrée de vergetures et bouffie de forfaitures.

Je te raconte combien tes lignes que je glisse et renifle dans la marre intimiste des écrits journaliers que je chevauche clopin-clopant me sortent de l’embarras. J’ai du mal à te sortir de ma tête, j’ai du mal à me lover dans la mienne.

J’ai du mal à t’écrire.

J’ai du mal à m’inscrire dans le quotidien.

Je végète, je transgresse, je touche.

On me rabroue, on me convoque pour me taire, je me paresse pour me plaire. Je me range à mon bureau, je vais de blog en blog, le tien, j’ouvre le tien et me lie à tes fresques ondulatoires pour la vie.

Merci de tout.

Bien à toi.


Inès 

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 19 avril 2008

To Emma,

 

Je pense, je médite, je survis.

On me reproche un peu tout et n’importe quoi. C'est dire!

Si tu savais comme on se penche sur mon cas, si tu savais comme des esprits vautours cherchent à me le mettre en charpie!

Après tout, chacun raconte ce qu’il veut. Chacun a sa propre conception des images du monde qui tourne et nous détourne de notre condition d’êtres abusés par chacun des pores de notre peau.

Surtout mes détracteurs parce qu’ils ont l’assise et le bagout. Le bagout condescendant et clinquant d’une cour monarchique frustrée de traîner à sa botte tout l’apparat grotesque d’une vulgaire salle de réunion.

Moi, je ne suis pas comme eux, j’ai, dans le sang, l’amour de mon petit village, je l’ai dans les tripes, brûlantes de viscosités tièdes, je l’ai comme une en fieffée, grisée du ruissellement frais de notre rivière. Mon Cousances les Forges, me claque dans les tempes comme la peau sur les os, et cela, les agace parce que ses rues et sentiers m’honorent comme la sempiternelle enfant fourrée dans ses girons.

Je n’ai pas eu droit à mon conseil de discipline perfusé de morale chimiothérapique mais d’ores et déjà, je puis dire et me convaincre que je les emmerde parce que je reçois tes mots à même mon petit cœur béant de certitude et de désolation. Au moins de ceux-ci, de tes mots accrocheurs, il est certain qu’ils n’ont jouiront jamais ni de carne, ni d’ailleurs. Ils cloisonneront ma liberté, ils me porteront à l’étouffement, ils me tairont jusqu’au colon, vidangée de ma propre fiente mais, jamais, ils ne seront leurs destinataires uniques.
Jamais chère Emma.

Eux, les autres, j’ai tant à apprendre de leur absurdité et me prête, cliniquement, à leur jeu car j’entrevois la faille, la faille dans laquelle je m’engouffre pour pointer de  ma plume leur ego démesuré.

Je feinte de végéter dans l’incompétence, je donne libre cours à ma lecture, je ne décide de rien, je me parasite de tout même des fabuleuses pelotes de réjection qui roulent sur le plancher pourri du vieux clocher. Ils me somment d’attendre. Je les presse. Je déteste ces stratégies de l’attente, je suis bouillonnante, à vif, éviscérée même du plus nécrosé des boyaux. Je suis, ce que vous lisez de moi, mais eux l'ignorent. D’ailleurs que savent-ils de ma dévotion et de ma voracité d’écrire, à part le culte d’eux mêmes que savent-ils des autres qui triment dans l’obédience absolue du Verbe et de la désertion.
Je suis ce celles qui écrivent dans la douleur.
Désolée, mais à me rudoyer, vous donnez de l'eau à mon moulin.

Ressuscitons chère Emma, ressuscitons !

J’ai larme à l’œil.

 

Bien à toi chère sœur de la désobéissance.

 

 

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 17 avril 2008

Mon petit village sèche mes larmes mais...
Au fond, je ne vais pas si mal, et ça, personne ne pourra me l'enlever, pas plus l'entêté que l'imbu. Rincée de thé vert, de courses nocturnes et d’élucubrations calorifiques, je ne vais pas si mal. Néanmoins, je suis irrémédiablement consciente que les enfants de mon Cousances les forges se fouillent les veines en guise de sursit et qu'on a peut être les moyens de faire pour qu'ils s'arrêtent.  Leurs parents pleurent aux chevets méthodiques et mélodiques de leur garde à vue. Je suis absorbée par la vie. Mes mots, à d’autres usages, expressément  inscrits dans un quotidien qui me déconsidère. Je devais m’y attendre, ma reconstruction au déni schizophrène de conséquences. Je suis autre aux yeux remplis des autres.

Et puis quoi ?

Juste inscrite dans le processus pathétique d’une attente d’abrogation Le ventre rond de ma nouvelle enseigne. Je clignote d’impatience. Je me ronge les sangs à renifler l’odeur des couloirs. Nuls restes de ranci hormis les quelques résidus miteux de naphtaline qui courent dans ma mémoire..

Et puis quoi ?

Un rien, sanscrite, et retranchée, dans les balbutiements pugnaces de ma mémoire.

J’ai déjà dit :

Je vaque à la vie, je vaque à l’absence, je vague à l’âme.

Et je suis là, transie dans mon devoir à me réserver du temps pour vous écrire. J’ai l’arme au poing ? Je suis harnachée d’inquiétude jusqu’à la rupture. Cette forme même et souterraine qu’il me faut loger dans les territoires occupés de conscience. Si vous saviez tout de mon agitation ? J’ai quelques sommets en ligne de mire pour garder le cap et ne point me dissoudre en particules de non sens.

J’avance quand même, bon gré mal gré et vous ferai toujours part de mes digressions cinétiques.
Cousances les Forges ou mon petit village, j'avais juste envie de le prononcer ici parce que je l'ai dans le sang et dans l'âme comme une drogue qui m'extasie.

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
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