Lundi 31 mars 2008

 

En réponse à l’article paru dans l’Est Républicain le vendredi 28 mars 2008.

Ma vie?

C’était aussi ça, pour ceux et celles qui cherchent encore à me comprendre et à saisir les instants qui me secouent en plein vol comme une turbulence.

Suite aux actions menées sur le pas de ma porte, par les services de  la gendarmerie, dans le cadre du démantèlement d’un vaste réseau d’héroïne tissé par les enfants de ma petite commune et, au vu de l’intensité et de l’ampleur du trafic, la mairie dont laquelle je surnage, soucieuse, du devenir des victimes et du désarroi des parents, entend bien s’associer activement à la lutte contre la toxicomanie et engager les moyens dont elle dispose pour tenter d’infléchir l’évolution du phénomène et d’enrayer les dégâts causés par ce fléau. La volonté de ma bulle est d’apporter un soutien maximum, par le dialogue, aux victimes et familles des victimes et de rappeler combien il important dans l’esprit de chacun de ne pas banaliser ou marginaliser l’émergence du marché et de la consommation des paradis artificiels dans les rues, les chemins, les sentiers, dans les veines de mon village. En soumissionnant une sous-commission relative à la jeunesse et aux sports, composée d’élus et de bénévoles motivés,  la commune dans laquelle je survis compte solliciter l’aide extérieure d’instances médico-sociales, associatives et politiques locales, spécialisées dans la lutte contre la toxicomanie afin d’établir un véritable plan prévention et d’actions à l’échelle communale.  Toutes les propositions constructives et allant dans ce sens seront les bienvenues. A savoir que la délation et la répression sont exclues de ce travail d’écoute et de sensibilisation. J’en mets ma main au feu, les mots comme arme contre cette poisse et atome contre la dépendance toxico.

Je rêve, j’illusionne, je sais.


J’ai les mots, je crois détenir le pouvoir. Je me trompe mais je m’en fous.  Utopie, je te porte dans mon estime. Je te congratule.


Jeanne, ma chère Jeanne, j’entends des voix.

Les voix d’un ventre qui m’appelle.

 

Bien à vous.

 

 

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 25 mars 2008

Petite soeur,

<<Voici que nos silences s'associent et reviennent en une même résurgence
Quoi tant de km et entre nous et cependant un état d'âme pareil  !

La chose est prouvée, c'est un fait, il nous importe peu d'être pour toi au début de ta vie de femme et moi à l'automne de la mienne, Nos douleurs s'expriment ou s'enlisent dans ce silence qui nous étouffe.

De notre inactivité nous souffrons, de nous épandre devant nos claviers nous retirons vidées de notre substance.

Qu'importe ce temps morose, et la neige immaculée salie dans le coeur de la ville; n'avons nous pas en nous cette ultime ressource de poser un regard toujours neuf sur les choses et les gens  ?

Nous crions au désespoir, mais enfin  quelle imposture  !
Comme le phénix renaissons l'instant d'après  !

Tant il est vrai, qu'avant de couler l'homme revient plusieurs fois  en surface.....
La décision de nous sauver est là, d'un geste de la main ....

Les eaux des océans, de la mer, ou celles boueuses de nos fleuves rejettent tout ce qui est impur, foutaises que de croire qu'elles puissent nous accueillir et nous garder, du ventre de nos mères nous avons été expulsées  !

Perdues dans la foule , incomprises croyons nous que nous sommes; non seulement riches de nos différences.

Voici qu'il pleut sans discontinuer, il n'y a plus de larme dans mes yeux, ma douleur s'est enfuie tout comme mes espérances;

Je serais là, pathétique, si je voulais y croire encore .

Sur les évènements et les gens , un autre regard se pose.>>

Galdane


PS: Ainsi résonnent ses mots.

link

Merci.


par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 23 mars 2008

Puisque très tard dans la nuit, j'ai de l’eau tiède dans l’oeil aux pans de tes écrits.

Il nem'en fallait pas plus, tu n'aurais pas dû, je n'en mérite pas tant.  

 De bouleversements d’âme aux nocturnes cafards puis méditer sur tes mots pour ne plus avoir à écrire les miens, et perdre du temps à barbouiller de plume ma fantasque mémoire…se servir de ton langage aux délices de ma cause et d’un style estropié comme encorbellement des saloperies de choses à jeter en l'air ! Que faire quand l’âme nous quitte? Dans tous les cas qui recèlent ma part de souffrance, je me taille dans le vif du sujet dont je suis le sacrilège attribut.
Moi, un génie?
Un génie pourri du cerveau.

C’est décidé,  je m’embrouille pour ne plus m’en sortir, et courir la vergogne au carrefour des tumultes, les rues sont cadenassées, la neige putréfie mes trottoirs, je piétine et me garde de m’en lasser, de me lacérer les veines comme ma chère Anorchidéa parée de ses bandelettes au portrait de pose, je cherche malgré tout à m’asseoir sur un banc et repenser comme suit l’instrument de ma raison : fermer les yeux puis me laisser couler, rebrousser chemin pour rejoindre ma naissance et me planter dans le plus profond du cœur le cierge baptismal puisqu’il n’y  a plus aucune religion dans ma champ de vision et ne voue désormais plus qu’une foi libidineuse au culte, aux saints martyrs, à Jehanne notre pucelle, à ton oeuvre chère Emma, au désarroi de notre chère Anne, aux cris de Juliette! Je cherche encore le mot qui représentera au plus juste la prose que j’envisage d’enfoncer dans le flanc de notre peuplade soumise aux lois des tendances. Juste m’asseoir à l'abri des giboulées, le temps d’une baise avec la Sainte sépulture vacante de sa divinité décrucifiée de son propre chef.
Je veux descendre de ma croix après la soupe à treize.
Il ne fallait pas me filer des armes, j’avais dit que j’étais dangereuse, et voilà que je cours les rues en état de démence, l’arme à la main, les clous dans les poings…non Emma, ce n’est nullement de ta faute ! Je te suis dans ta rage. Je suis insolente.

Il n’y a plus de style dans ma tête, plus de souffle dans ma plume, plus d’écrit dans mon sang, le rêve est saccagé, pourtant j’en cinglais d’envie le visage et le tronc, mais tout disparaît, en cette semaine sainte, je me consume en vain, je constate encore que le temps me fait défaut, que les journées sont longues à étrenner mon sort, et que la mer est encore loin de suspendre mon corps.
Je suis fille de - l'insoluble légèreté de mon mal-être ! C’est aussi se tordre de douleurs comme s’en foutre éperdument. Il n’y a plus de juste milieu dans cette histoire d’existence, j’aimerais tant m’endormir enfin sans plus avoir à me soucier des heures minables qui me précipitent au fond de l’entonnoir, j’ai la flemme de vivre, le courage amoindri, dessoudée de ma carcasse, je vocifère malgré tout…je suis si seule et si peu solidaire dans cette quotidienneté qui m’aspire à chambrer les étoiles et quémander à la lune une bonne nuit d’utopies, avec elle peut être pas, sans elle, certainement pas…mais que veux je à la fin ?

Te lire et me grandir de tes mots, c'est mon drame.  
Qui suis-je chère Emma, qui suis-je?
Bien à toi.

Inès

 

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 22 mars 2008

 

Il y a toutes ces choses qui ruissellent au revers de ma mémoire, cet éloignement que je fignole au sortir de mon histoire, retourner et reprendre chaque mot échangé, chaque regard détourné pour ne pas voir ou devoir m’absoudre et digérer ma déconvenue dans le dénis de moi-même…il y a mon cœur en branle-bas de combat  et mes battements saccadés nourris des pires atermoiements…mes afflux de sang qui montent et condensent les heures oubliées, hachées menues, menues, semées à la volée par delà les sillons de mon histoire, il y  a ces souvenirs ou pas, qui défilent ou pas mais défient au pas lent du pressentir le temps des démissions, tant de choses à déverser, de larmes à secourir… ouvrir et encore fermer le quotidien, et vivre à jouer cela dans un tout qui m'est proche et me déforme sans cesse. Chaque palpitation, souffle et seconde me gargarisant des maux qui me défont…est ce donc cela mourir ?

Me redimensionner dans l’espace et me départir du vide qui m' étouffe pour comparaître dépouillée de tout dans le reflet de mon miroir…ne serait ce donc point renaître ?

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 15 mars 2008

Emma,

 

Au fond tu as raison, plutôt qu’écrire des niaiseries, il est préférable d’arrêter d’écrire !

Barbouiller des lignes pour remplir le vide qui s’étend et se répand comme une matière volatile entre les mailles des filets tendus de nos connexions insomniaques.

Je sens qu’une page va se tourner, mais dépossédée d’écriture, celle-ci, insane et dépréciative. C’est la rançon de l’espoir démis de ses fonctions cognitives.

Faudrait encore s’accrocher et tenter d’y croire mais à quoi bon ?

Moi aussi, je cède du terrain.

Te dire juste avant de dormir mon taux de déficience et les revers occultes de ma dépression corrosive. J’ai mal, et cela malgré l’échéance.

J’agonise un peu, je fatigue mon pauvre cerveau à déranger des images qui me parviennent d’une sensibilité infiniment passéiste. Je feuillette l’histoire dissolue de ma conscience. Te souvient-il de ma didactique de dégrisement ?

Mon éternelle remise en question, mon souffle court. Tes mots à toi. La puissance de tes écrits. Leurs ravages même dans mon verbiage infécond et mon pari stupide de tenir tête au monde. Traverser sans s’attacher, préférer les bas fonds au soleil. S’éloigner du bonheur et tenter de s’assoupir malgré tout. J’abrège.

Ton univers similaire au mien. Pauvres enfants que nous sommes à chercher l’extase dans l’aliénation.

Mes yeux sont las et je me désole.

Ton absence, à toi. Le cercle obstétrique qui nous corrompt.

Captivée, déroutée, je me soupçonne de regarder bien au fond des autres mais les yeux clos.

Tant pis, tant mieux, que m’importe puisqu’ils sont tous là et qu’il me faut composer avec. 

Tes lignes m’écorchent, me parcourent, je respire l’odeur nauséeuse des camps que tu racontes en tes termes et tournures incendiaires. La crémation, le dessèchement, l’incendie ! Tout mon être ne dégage... plus rien, ni fumées, ni relents, ni personne pour cohabiter. Impossible pour moi de me soustraire à la décrépitude qui me flingue.

Quelle est cette œuvre que tu composes ?

Quel foutu coup réserves-tu au sort ?

Tout me retombe, même les bras.

Mes yeux flottent.

 

Bien à toi.

 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 12 mars 2008

Chère Leïla,

 

C’est un jour de grand vent où l’on enterre une enfant du village où l’on me rejette par devant pour n’avoir rien su faire d’autre que de me remettre en questions. Tant pis, puisque mes rues me refoulent, puisque mes murs me rabrouent hors de mes propres gonds…tant pis. J’ai choisi de m’éteindre pour m’économiser, j’ai choisi la pluie et le vent pour me dégoupiller au regard des autres regards venus détremper leurs yeux.

Puis il y a l’enfant, pas celui des Enfants rouges de Mélie. Tu ne le connais pas encore. Tu ne sais rien de lui mais il est là, à décompter les jours, entortillé de ses tripes, à pressentir le jour ou le mauvais tour que je lui joue en lui donnant la vie.

Je sais que de son ventre, il entendra les voix chevrotantes de la vieille chorale, il sentira l’encens et les effluves des chaudes larmes.

Te souvient il de nos aubes tombantes et tourbillonnantes, au lever du jour,  à secouer des grappes de clochettes, le bout des doigts, vibrant, entaché du sang frelaté du christ substitué par du pain ranci et de la piquette?

Te souvient-il de ce petit village, au détour de la grande nationale ?  Tu comprendras peut être mon entêtement à tremper mon âme dans le bénitier de la petite église. J’ai un cœur à sauver, une espérance à rattraper en plein vol !

Je me sens vide et en perte croissante de conscience. Je m’éparpille et me ramollis dans les échanges. Je crains mon prochain tant il me rejette. Je n’ai plus aucune place attitrée.

Réapprends-moi  à écrire, à me concentrer, à penser, à réfléchir. Je dois me restituer dans l’enceinte même de ma sagacité. Pourquoi cette perdition soudaine ? Qu’en est il de moi-même ?

La fatigue, l’étrange fatigue, l’ennui à saisir. Les proches à ravir ?

Toutes ces lettres que je remue, que je chiffonne à tour de rôle.

Je n’ai même pas la moindre réponse à retourner, ni la moindre considération à partager.

Il faudra que je me tasse dans la petite église pour respirer les odeurs de cheveux humides et éventés. J’écouterai les reniflements intempestifs des familles en deuil.

Ironie du sort, rien à faire qu’à subir une solitude vermoulue et repoussante.

Tout cela sonne faux, je sens bien que mon sang bouillonne avant la grande culbute.

Tu es là, c’est tant mieux, je te lis et réponds dans le tourment.

J’ai mal de pavés et d’obsessions, ma tendre Nancy m’a foudroyée et c’est tant pis pour moi. Je me condamne à chacune de ces marches funèbres.

Alors, dans la démarche qui m'isole, bien à toi chère sœur.

 

par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 7 mars 2008

Mémento, c’est votre présence qui me bouleverse. Quelque chose a mis le feu à ma vie ! Je suis traversée de vos yeux qui me lisent, me relient à mon vacarme cérébral et courent sur mon corps aligné, désorganisé, maladif et désenfanté que suspectait ma mère, fragile, déséquilibrée, désorientée par la maladie qui lui tanguait l'essence même de sa sclérose euphorique, lui chaloupait la chair jusqu’au naufrage, comme une gangue jusqu’aux escarres qui lui ont rongé les fesses, jusqu’au mycoses, qui lui ont tapissé la gorge jusqu’à la névrose! Ma propre trachée me vomit de toutes mes lèvres incestueuses qui se souviennent de signes qui ne trompent pas mon œsophage en berne et mon cœur en cernes. J’ai vu leurs corps transfigurés par la Mort, terrassés dans un premier temps, puis résignés dans un second à cohabiter avec le froid. Je les ai vues toucher le fond alors que j’étais en apesanteur subjective, l’œil braqué sur leur pompe à morphine. Je scande mon paradoxe. Mémento Leïla, mémento ! Tes lignes à jamais. Le ventre secoué, je t’assure, secoué à jamais. Je te le redis donc :

 

Comment appelle t'on ces cristaux qui s'échappent d’un œil hagard quand les sens refluent? J'ai la joue rayée d'un linéament humide...je ne sais que dire de plus...
Mais quelle surprise au plus fort de mes doutes!
Eternelles amitiés...le coeur emprunt de salinité.
Je pressens ton souffle derrière tes lignes et suis touchée du mal qui me couche sur le web.
Bien à toi double de mon double. 
 

Je manque d’engagement et d’assurance politique, je suis évidée de mon propre sens critique. Que dire quand les bouches sont suspendues à la mienne et que les esprits se resserrent sur moi comme un cercle. Un cercle,  notre cher cercle Emma, notre cher cercle Anne – mémento Destinéa et ton journal qui déborde d’un amour sans limites pour les autres? J’exècre ma niaiserie cognitive et revendique ton altruisme.

J’ai le mal du peloton d’exécution. La phobie de la balle dans le ventre.

J’ai le mal être d’une fusillée, au poteau.

Je vous soumets ma folie, propre et nette.

Je vous la soumets, tendre et traître.

J’ai mis un pied dans les maisons, quelque part au fond de mon village, pas loin d’une de ces sorties de la RN4. J’ai mis un pied dans leur quotidien autour d’un thé vert et d’histoires d’usines. J’ai mis un pied pour causer et proposer mon cœur, en échange.

C’est bizarre, j’ai déjà la tête vers les sommets, pas les grands sommets, pas les petits sommets mais les vieux sommets, érodés, qui, seuls, savent nous murmurer nos origines et nous conduire, sereine, vers le trépas. J’irai leur courir sur le crâne comme au temps de mes courses folles sur les chemins blancs de mon enfance. Je vous laisse ma part d’incertitude. Tu m’as cueillie en plein doute. Que savais tu de ma détresse puisque je ne disais rien ? Sont-ce peut être mes claquements de peau sur les os ou l’entrechoc de mes os dans le dos, portés par le vent toxique jusqu'  à tes oreilles. Toujours est-il que je le vois comme un signe avant-coureur, d'augures.

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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