Vendredi 22 février 2008

Je n’apprécie guère ces reliquats de journées qui défilent ainsi et m’échappent d’un revers de la main. J’exècre ce faux rythme de vie que je m’impose car il me sépare immanquablement de Lettre à Leylia. Je n’aime pas cette course à l’individu dans laquelle je m’essouffle pour m’auto satisfaire. J’ai perdu le fil de mon écrit dans les caniveaux langoureux de ma torpeur. Je somnole. J’ai même quitté votre spirale et notre cercle mais vos lignes restent indéfectibles dans ma tête aigrie.

Il n’y a rien ou pas grand-chose à raconter ici. Sinon, la routine, enfin presque. La peau qui claque sur mes os comme le drapeau national ,et, peut être en prime, le retour du soleil pour arroser mon regain d’efforts solitaires. Une fatigue générale m’assaille. J’ai mis un terme à mes stupidités, comme ça, dans un élan de folie casanière. Je me sens seule et amoindrie, j’ai l’apparat qui gratte. J’égrène des calories ingérées, je digère des kilomètres avalés, j’ai repris studieusement ma quête, animale, des sentiers, des forêts, des bosses, des dénivelés, de pentes raides et ravinées de mon petit village. J’ai repris les rênes  de mon corps pour brûler le moindre de ses linéaments lipidiques. Demain, seulement  il y aura ce passage furtif et frustrant dans la ville de mon cœur. Nancy pour ne pas la nommer. Je croule quelques instants palliatifs, sous les étoiles, quand la lune tailladée de nos griffes nous observe de  sa meurtrière comme une archère J’attends toujours  l’instant où elle me décochera sa flèche assassine.  Il y a la nuit, vos lectures bien sûr et mon sang qui gribouille malgré les privations et le contrôle de mon corps.

Vos mots, j’ai besoin de vos mots. Juste vos mots pour écrire. Et vos passages me touchent. Je n’ai plus envie d’écrire. Ne m’en voulez pas. Je n’ai plus la foi. J’attends. Les mois filent et tout approche. Il faut organiser. Trop de choses se structurent. Des gens me réclament. Je les retrouve parfois, je les délaisse aussi. J’ai plus envie d’écrire, juste fourguer mon corps à la science pour qu’ils le forent, le chignolent et le purge de toutes ses immondices. Je me contrefiche de me répandre comme du purin, même à vos pieds, pourvu que je m’allège.

Je ne vous remercierai jamais assez de vos lignes. Je me suis laissée déborder, happée, par mon propre silence. Je me suis laissée enorgueillir par mon inconscience.

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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