Tout me paralyse, tout me galvanise, tout me pousse à devenir folle. J’essaie tant bien que mal de garder les pieds sur terre, j’essaie tant bien que mal de ne pas claudiquer comme ma feue grand-mère, j’essaie tant bien que mal de me raccrocher à quelque chose comme l’a toujours fait ma feue mère. Il y a toujours un quelque chose pour me tirer les vers du nez. Je quitte derechef les dernières polémiques. Je quitte tout mais ne démissionne de rien. Je m’efforce à nouveau d’y voir plus clair et surtout d’y parvenir autrement. Je regrette de ne pouvoir vous lire davantage, de ne pouvoir vous répondre tant et plus. J’ai besoin de vous. J’ai toujours eu besoin de vous pour me reconstruire, pour me consolider comme pour me détruire. Mais je suis là. Ma vie s’accélère. Je cours de petite ville en petite ville. Je stationne sur les parkings, ne reste pas très longtemps car il y a toujours un horodateur pour calquer mon rythme sur la cadence sociale, je file dans les rayons hyper éclairés des hypermarchés où l’humain recouvre son instinct prédateur. Quelquefois, je m’octroie un rendez vous, sommaire, afin de trôner dans des sièges moelleux à l’instar d’une diva dans des bureaux cossus. Je tente, en vain, d’infléchir des interlocutrices, des interlocuteurs qui conditionnent ma vie et l’empilent dans leurs placards. Au final, ce sont toujours eux qui ont le dernier mot, je n’ai pas assez d’influence, pas assez de puissance, pas assez de rayonnement et puis je m’en fiche puisque, eux et moi, nous retrouverons d’égal à égal, dans la bouillie froide de nos terres de cimetière. Je sais, que nous avons du mal à nous mettre dans le crâne, qu’un jour, c’est du fond de nos caveaux, que nous boursicoterons et souscrirons des emprunts à taux périssable et à durée indéterminée. Ah si j’étais radioactive ou ionisante, je serai sempiternelle. Qu’importe, que je le veuille ou non, pour le moment, je n’existe qu’à travers elles, qu’à travers eux. Elles le savent, ils le sentent, elles me retiennent, je transpire de la base de la nuque jusqu’au haut de mon front bas comme les imbéciles, ils m’écoeurent. Je compte, je recompte, je sais combien il me faut être prudente. Il y aura l’enfant, il y a l’écrit. Chaque entité à sa place, je me somme de me l’expliquer à moi-même. Je m’assomme de ratiocinations. J’argutie comme une tigresse, j’ai le ventre mou, je m’en aperçois au cours des renégociations, j’ai honte de m’être laissée aller. J’ai pris le wagon soupe, salade et thé vert. Je suis calée sur les bons rails. Je réfléchis, j’essaie. Vous me manquez, c’est indéniable, vous, lectrices, lecteurs, écrivaines, écrivain, Auteure, vous me manquez terriblement. J’oubliais les océans d’eau minérale dont je m’immonde. Je suis dans la bonne période, la période d’amaigrissement. Sous la peau, les os !
Ma mère avait deux grosses roues sous les hanches et des gestes flous. Je me souviens de la maladie
bouffonne qui me maternait et de ses neurones dérangés par des souvenirs imbriqués qui me contaient des histoires incohérentes. Mais c’était bon, parce que près de la vieille cuisinière où
gloussait la soupe, elle était là.
Tu sais Camille, toi qui connais l’envol, avant l’heure, de l’être cher, tu sais Camille, j’ai le sentiment que l’on ne parviendra jamais à retrouver l’insouciance d’avant l’absence, ni
l’équilibre qui nous poussait à marcher droit.
Bien à vous.