Vendredi 14 septembre 2007

Qui le premier, de l’auteur ou de l’écrit, engendre l’autre? Devient-on auteur parce qu’un écrit nous investit ou l’écrit, le devient il parce qu’il est le fruit accompli d’un coït cérébral entre le divin et le supra humain qui s’opèrerait dans la  chair de l’auteur au moment même de sa conception? Y a-t-il une histoire de prédestination ? Y a-t-il quelqu’un de planté sur un nuage pour nous déverser ce venin dans les veines. Voulais-je vraiment Lettre à Leylia ou cet écrit s’est il imposait de lui  même ? Il va de soi que dans les deux cas, la relation privilégiée qui s’instaure entre l’un et l’autre est une foutue relation d’assujettissement…en ce qui me concerne, je ne suis plus que l’ombre de moi-même depuis que les jumelles ont pris pleinement possession de mon corps et de mon âme. Je suis le théâtre de leur guerre et de leurs émois, inlassablement chahutée des leurs remous psychologiques. Il s’établit entre les deux - auteur et écrit - une complicité d’un telle intensité que parfois il m’arrive de me surprendre à penser comme elles, à parler comme elles, à agir comme elles, à aimer comme elles, à les aimer. Et impossible de se défaire de ces sentiments, mon cœur est comme transi, enclavé dans cette  relation exclusive et presque à sens unique. Alors je parle la nuit quand les nymphes viennent à ma rencontre, quand les étoiles se décrochent au dessus de ma tête et que tout le monde dort de son sommeil le plus lourd. Je parle pour dire combien il m’est pénible de porter ce fardeau, et mon cœur se trouble. Il se trouble la nuit lorsque j’en dis certainement trop et que les coïncidences me rattrapent sur le champ, dans ma quête de L’Autre. Mais j’aime les coïncidences, j’aime les provoquer, j’aime titiller le destin, j’aime quand il me parle et vient à ma rencontre, à toi Myla-Jehanne,  je raconterai. Et pourtant je veille à n’entraîner personne dans ma chute, il faut que je mette en garde, je dois vous mettre en garde de ma dangerosité, des ravages occasionnés par les jumelles dans mon cerveau, des blessures que je traîne dans le coeur, je sais que je dois me reconstruire, il le faut mais pour le moment, prenez garde, je le dis encore haut et bien fort, méfiez vous de moi…je suis un danger permanent, un plancher pourri sur lequel on s’aventure, un terrain délaissé par les combats mais toujours miné.  Nancy, Nancy, chère ville suspendue dans ma tête et dans mon cœur, je farfouille dans ma mémoire, en quête de tes rues. Je farfouille dans mon passé pour te sentir, et toi en réponse, tu m’offres la roche et la neige puis tu m’envoies un ange. Je ne comprends plus tes énigmes ! J’aimerais juste à nouveau frémir, les matins de brume, sur tes quais, une liasse de cours sous le bras, un livre dans la poche.

 

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 13 septembre 2007

<< Un dernier baiser durant ton sommeil, un dernier regard et je claque la porte derrière moi. En t’abandonnant. Sans prévenir. Pleine de regrets déjà. Les minutes passent, puis les heures. Mais le temps s’est arrêté. http://jesuissage.over-blog.com/article-12336938.html  Glory Hole >>



 

<< Chère Inès,

 

Comment t’expliquer tout ça, qu’on est en train de se déchirer pour de sordides histoires…pas facile de garder sa place dans cette vie une fois quand on en a enfin trouvé une au soleil. Je m’étais pourtant promise de ne jamais plus avoir le moindre discours sombre avec toi…la vie nous a déjà donné notre lot de souffrance…Je voudrais tant te parler d’espoir, de bonheur, de vie, maintenant qu’elle est en toi…mais voilà que j’ai le cœur extrêmement sensible et littéralement retourné…notre situation, oui…notre situation et cette souffrance par rapport à tout ça, comment effacer toutes ces années, toute cette folie, ces escapades dans les villes, ces errances dans la nuit nancéenne…ces exils en Belgique, ces courses folles aux abords des mers…mais comment ? Et pour quelle raison ?

 

Tout cela parce que deux âmes ne se comprennent plus alors qu’elles s’aimaient éperdument, c’est bien ça que je reproche à la vie…c’est d’apporter des brisures, des fins…je vois ses larmes, je vois ses doigts crispés s’accrochant au peu de choses qui lui reste…je vois ses yeux perdus, j’entends sa voix chevrotante…et malgré la rudesse des propos tenus, je ne discerne aucune méchanceté, alors j’ai mal, j’ai profondément mal et pourtant je sais qu’elle n’accepte plus ma présence, qu’elle ne digère plus ma présence auprès de Layl, que je puisse la toucher et l’aimer quelquefois sans elle alors que je suis comblée quand elles se retrouvent toutes les deux, seules, loin de tout le reste et du monde et de moi. Je sais qu’elle souffre de cette relation mais je sais aussi qu’elle nous aime démesurément…alors, je ne peux m’empêcher de l’imaginer dans sa solitude entourée de nos objets, avec nos photos accrochées au dessus de son lit, alors je ne peux m’empêcher de ressentir le mal que nous avons pu lui faire en lui retirant cet amour…j’ai l’âme en pleurs…et l’on en arrive à ne plus se comprendre avec Layla parce que je refuse de croire que cette rupture est peut être la meilleure solution pour tout le monde…

 

Les fins n’ont jamais été un soulagement pour moi,  et toi tu sais ce que c’est que de perdre quelqu’un de proche…tu sais ce que sont les disparitions définitives…quand on me disait que ce serait certainement un grand soulagement pour notre mère, à Layla et à moi, de quitter ce monde au plus vite…comme je les détestais tous quand ils avaient le malheur d’envisager cette solution, infirmières et médecins sur le pas de la porte à accueillir la fatalité, les bras ouverts …non, c’était pas un soulagement pour elle, j’ai vu ses yeux s’accrocher une dernière fois aux pierres de sa vieille maison lorsque les ambulanciers l’ont sortie avec cet empressement propre aux métiers de l’urgence…ça je ne l’oublierai jamais…comme jamais je n’ai oublié ces choses que j’ai perdues…que ce soient des êtres ou des animaux ou des objets…Je suis trop sensible aux détails de ce monde, trop sensible à la souffrance des autres, trop sensible à la douleur de chacun…trop sensible à des broutilles, à des riens…trop sensible à l’appartenance et à la dépossession, voilà tout !

 

Trop sensible pour accepter les principes mêmes de cette vie, de cette société, c’est pour cette raison que je veux réinventer le monde par le biais de mes écrits, c’est pour cette raison que je me réfugie dans mes lectures…pour comprendre le monde, me préserver de ses souffrances et attendre…ma propre fin. Voilà, où j’en suis à cette heure, voilà où j’en suis…et je serai prête à faire n’importe quoi pour éviter une fin. Je ne supporte pas que les choses finissent, j’ai jamais su prendre de véritables décisions, des décisions tranchées pour tenter toujours de satisfaire tout le monde et me raccrocher à des riens, ce problème se pose aussi pour moi avec l’écrit…et puis quand j’aime les gens, c’est pour de bon, c’est pour l’éternité, quoi qu’on puisse me faire, quoi qu’on dise, je finis toujours par pardonner…toujours !

 

 Voilà, ce que je suis…quelqu’un de profondément sensible qui porte un regard des plus ternes sur le monde…je pensais que ça me passerait avec les années mais c’est encore pire et je redoute tellement l’avenir…tellement de bouleversements se produiront comme s’il ne s’en était pas produit suffisamment comme ça…tellement de choses qui auront raison de moi…c’est une maladie, je souffre de cette sensibilité. Et je reste impuissante face à tout…je ne peux m’empêcher de penser à la fin de tout…tout ce que je fais me fait penser qu’un jour où l’autre ce moment deviendra un souvenir insoutenable. Tous ces moments passés avec Layl et Marthe et qu’il nous faut à présent pleurer…alors que dire ? Comment retourner sur ces lieux  de bonheur et d’abandon? Y retourner pour se faire mal pour s’ancrer encore cette idée que tout passe dans ce bas monde et que rien ne dure. Bien qu’on commence toujours par s’aimer, on finit par se haïr plus tard…Je n’accepte cette règle…je n’accepte plus…et démissionne de ma vie, je me dis aussi que je suis responsable du mal qui se répand autour de moi…et consciente de mes responsabilités dans ce drame qui se joue à côté de moi.

 

Voilà, que nous recommençons à te faire souffrir avec nos histoires…tu peux te dire au moins une chose, c’est que je songe énormément à ceux que j’aime…au point de me détruire de l’intérieur. Mon plus grand tort est de vouloir faire plaisir à tout le monde et de vouloir rendre trop de gens heureux en même temps. J’aime et j’échoue, j’échoue d’aimer les autres…J’ai tellement fait d’erreurs dans ma vie, je parviens plus à me décider sur rien…chaque décision à prendre est pour moi une déchirure, j’en paie le prix fort dans mes écrits. Comment tout cela va finir ?

Je te remercie, parce que tu étais là avec nous malgré la tempête qui sévit en toi, avec ton petit sourire, à regarder ce monde se volatiliser…et à nous apporter un grand bol d’air, à te protéger du vent en te collant tout contre Layl, comme si tu avais besoin de te blottir dans ses bras, comme si tu avais besoin de ses bras pour supporter cette charge supplémentaire qu’une âme seule peut comprendre, du fond de sa vallée…je garde encore cette image en moi, comme une image inoubliable, tu étais là à nous apporter encore du rêve, ce rêve que nous te promettions…et si rien n’était fini ! Mais au fond, que t’apportons nous, nous? Et pourtant nous avons tant à donner…tellement. Tous ces horizons à découvrir, ces routes à parcourir, oui, nous avons tellement à donner…et Dieu sait que nous lui avons donné tout ce que nous possédions, mais nous avons fait beaucoup d’erreurs, beaucoup trop d’erreurs… que nous reconnaissons.Aujourd’hui, nous en payons le prix fort ! Peut on tout plaquer comme ça, d’un coup ? Et l’amour ? Les sentiments ? J’ai mal, je me tords de douleur…Et je suis contente que tu sois là pour Layl et pour Marthe. Tes mots nous ont touchées…Et Layl est touchée par ta douceur, ta présence…ton réconfort. Au fond Marthe n’a plus la force de se battre contre son dégoût de me savoir aux côtés de ma soeur, elle en arrive à vomir lorsqu’elle apprend qu’on traîne les nuits toutes les deux, et impose des règles à Layl. Non, ce n’est pas une vie, c’est pas de l’amour, ça en devient de la dictature alors que moi je fais tout pour m’effacer, je me fais toute petite pour leur laisser le plus de temps possible, au point même parfois de disparaître complètement. Layl ne vit plus, souffre, tremble dès qu’elle est en retard, dès que le téléphone sonne, dès que les reproches pleuvent, elle n’a jamais été aussi tendue de sa vie, aussi décomposée…j’ai mal de la savoir dans cet état de délabrement et Marthe est dans le même état parce qu’elle est aussi consciente du mal qu’elle nous inflige. Recommencer pour s’achever, recommencer pour se finir, est ce une solution ? S’anéantir pour de bon ? Marthe ne sait plus ce qu’elle doit faire, elle n’a pas la force de vivre cette relation, tout comme elle n’a pas la force de la quitter…Et moi, je suis plantée là, à aimer tout le monde…à refuser de perdre qui que ce soit…à rêver d’amours multiples et de relations croisées…à rêver d’un idéal sentimental. Nous pensons bien à toi…et t’embrassons bien fort toutes les deux. Ta patience nous touche…Nous aurions tellement envie de t’apporter du rêve mais nous ne parvenons même pas à sortir de notre propre cauchemar !

 

Bien à toi.

 

Leila. >>

 

 

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 13 septembre 2007

<<  Il suffit de regarder attentivement par la fenêtre pour s’apercevoir vraiment de tout ce qui passe autour de nous et de sentir la précarité du monde dans l’instant, monde dépouillé des enluminures et des grâces de fin d’année. Saisir sur le vif alors qu’elle s’y attend le moins, une journée banale où la grisaille fait forte tête et que le bel astre à ranger son large éventaire de rayons. Je tente l’expérience, l’expérience vaine et idiote de tirer un coin de rideau et de donner libre cours à mon imagination.

Ballet de voitures dans le lointain, troncs séculaires affublés de leur livrée, baraques en tôle abritant un lot de canassons de fortune aux hennissements d’opérette,  carcasses d’habitations poitrinaires bravant la zone inondable,  tapis d’herbe déroulés au pied de fruitiers grabataires, quelques jardinets en friche et le tout ponctué par l’écho rocailleux d’un aboiement de chien rangé sous ses douves. Les voitures insistent, il fut un temps où nous jouions sur la route sans nous soucier du danger avec une balle en caoutchouc. Heureuse époque d’insouciance où les journées paraissaient longues et la vie, éternelle. Il fut un temps où je ne concevais nullement l’idée de la Mort, de l’amour, de l’oubli. Il y eut cette époque où la vieille usine nous pouponnait comme une grand-mère, surveillait nos jeux d’aventure et, cela va de soi, fermait les yeux sur nos premières cajoleries, bah ! Prémices de la curiosité qui empruntaient vite les sentiers de la honte, au retour, à l’approche de la table familiale, avec cette sordide impression, l’une et l’autre, de tout avoir imprimé sur le front. Le pire de tout est qu’il fallait garder ces dérives en mémoire, pour les chuchoter au curé quand celui-ci venait se loger comme un canari mauve dans sa cage vermoulue les soirs de pénitence et de veillée Pascal.

Que vient il faire ici, lui ?

En tout cas, il avait ce sacro saint toupet de venir farfouiller nos secrets d’enfances et de les entacher de culpabilité – comme si nous avions besoin de ça, quand on connaît la suite ! Toujours est il que nous ne nous sommes jamais laissées impressionner par l’ecclésiaste maître chanteur et que nous nous acquittions de ce bucolique conciliabule par une somme, vertigineuse, de mensonges calculés au prorata des vraies péchés que nous commettions. Et puis, nous avions le mérite dans ces instants solennels de réviser nos mathématiques, qui s’en plaindrait ? Pour une fois que appelions Thalès et compagnie à la rescousse et que nous torturions des suites entières de chiffres jusqu’à leur donner la trogne abracadabrante d’une forme géométriquement improbable mais hypothétiquement stupide dans l’unique dessein de s’arracher aux flammes de l’enfer – excusez du peu mais quand même !

Le pire est qu’à cette époque nous croyions fermement que pendant les jours fériés Jésus-Christ, remettait à ce bougre de curé les clefs de la boutique et lui refourguait tous ses pouvoirs de divinateur, c’est dire combien nous étions méticuleuses dans la préparation de  nos harangues.

Et maintenant ? Qu’en est il de ces acteurs ? L’abbé s’est endormi sous son tertre de prières et quelques besogneux échangent des frappes de balle sur les cendres de la vieille usine. Dire que pour nous, ce mastodonte était  indétrônable – je parle de l’usine, le curé quant à lui jeûnait plus qu’il ne bâfrait. D’autres portaient la robe autrement plus chichement que lui!

 

Et moi, je suis assise, là, à ma table à remonter ce temps écoulé et à prendre conscience de la place véritable qu’occupe l’écriture dans ma vie. Ecrire, écrire, toujours écrire et tenir un regard insistant sur le monde. J’ai cette douleur au fond de moi que je n’explique pas et que je traîne sans répit. Douleur sourde qui régule aux forceps le déclin obstétrique de ma décomposition avec ou sans laquelle je serais priée de me rendre, sans plus aucun ajournement possible, munie de mes échos graphiques, parturiente, à la table de la grande inquisitrice pour y subir les dernières trouilles péridurales et satisfaire l’espèce dans son retranchement clinique. 

J'ai parfois si peur de la suite à donner à notre histoire, chère soeur!

    Leila. >>



  Je voudrais imprégner le papier de ma vie telle que je la vois défiler derrière mes yeux, seconde après seconde, telle que je la vis comme un tableau verbal, peinture syntaxique dans la continuité du verbe et de mon double protagoniste. Et puis écrire, au rythme de mes pulsions cardiaques et des influx neuromusculaires qui me convulsionnent pour ne jamais avoir à cacher ce que je suis au fond…même si le doute subsiste et subsistera toujours parce que nous ne sommes jamais sûr de personne et de rien. C’est là, je crois l’axe central de ma démarche littéraire. Loin de moi, l’idée de jouer avec le lecteur, bien au contraire, c’est un combat que je livre, une guerre qui puisse me permettre de rallier les foules à ma cause, vivre libre enfin, vivre exempte de tout reproche, débarrassée définitivement de ces pans de civismes que l’on promène du berceau au cercueil. Nous avons tant à gagner de vivre enfin !!! Assouvir nos passions et chérir nos amours ! Je le veux pour toi Myla-Jehanne. 
 

Par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 12 septembre 2007
 << Je lutte !

Ecrire ou ne plus écrire !

Tout s’embrouille à nouveau dans mon antre festif, les brumes opaques de septembre s’entrechoquent à cent lieues de mes allées et venues, les vieux souvenirs de rentrée, les poches pleines de marrons, le scintillement du petit canal qui bordait le chemin des classes, ce mysticisme enfantin, cette marche attendrie de l’imaginaire vers la récréation.

Que de repentirs à vifs !

Je me dis qu’après tout, elles ne comprennent rien, ces grandes personnes que je croise par inadvertance dans mes rêveries, et n’auront jamais rien en commun avec mes gugusses de terre cuite que je façonnais jadis au fond de la vieille carrière d’argile !

Un œil par la fenêtre !

Le soleil déclinant, la fraîcheur de mon eau calme.

La fin d’un voyage, et d’une marche sablonneuse sur les longues plages d’Hardelot !

J’ai vu la mer, indicible créature, taciturne amie, pleine de douceurs !

J’suis allée, indescriptible, enthousiasmée, enchantée, prise, enivrée !

J’ai perdu la tête dans ses remous fratricides, immergée pleinement, soulevant involontairement ces bras charnus de mes méditations sombres.

Prisonnière de ses rouleaux, imaginant le pire, je folâtrais quand même, inquiète mais rassurée par cette amante démesurée !

Une vraie gamine !

Comme c’est fascinant la mer !

   Leila. >>


Mes mots gardent au fond d’eux, le mystère originel de leur création comme tout un chacun, la même interrogation subsiste comme elle subsiste pour tout le monde – mais que faisons nous là ? C’est bien la chose que mes mots ne révèlent pas, s’ils disent tout de moi, ils ne disent rien de leur propre existence, maisc’est l’apanage de l’existant et de sa condition – exister certes, mais dans quel but -  sommes nous certainement trop humain pour comprendre leur sens caché? Nous ne voyons rien d’eux que le linéament tors de leur représentation. J’ai le sentiment que les mots parfois  s’efforcent de nous montrer ce qu’on ne voit pas.

Par Ines de Saint Lambert
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Mardi 11 septembre 2007

<<   Lire réveille d’innombrables souvenirs enfouis et le lecteur se retrouve de connivence avec l’écrit, s’établit alors entre eux  une solide complicité, chacun devenant à tour de rôle le confident de l’autre. Je tiens justement à ce que mon poème secoue l’âme du lecteur et garde ce rôle de confessionnal,  ébranle le pénitent de fonds en comble et lève le voile sur ce qu’il garde de plus intime au fond de lui. Nous savons que l’être humain échafaude des stratagèmes pour exploiter son espace, pour s’enraciner durablement afin que l’espèce se perpétue dans les meilleures conditions possibles. Combien de délits, de trahisons, de crimes sont occultés sous le poids des ans ? L’homme flirte perpétuellement avec le mensonge pour couper court aux conflits, aux affrontements tendancieux, à tout ce qui entrave son bon développement physique et psychologique. L’écrit joue ce rôle de confesseur en livrant ses propres faiblesses, se tisse autour du lecteur et de lui une toile de confiance, dans les mailles desquelles, il est plus aisé d’essorer sa conscience. Le lecteur ressasse ses fautes, les avoue pour repartir sur d’autres bases et se laver des souillures qu’il porte en lui. Le pouvoir des mots est sans limites sur l’esprit et le reconfigure à chaque remise en cause. Lire à des fins eschatologiques, pour se purifier, pour s’élever et se défaire sans cesse du péché originel. 

     Leila. >>

 


  Vous étiez, chères jumelles, le prolongement de mon âme, de mes pulsions, de mes passions, de mes fantasmes. Vous faisiez corps avec moi-même, outrepassiez les règles qui nous régissent ici-bas, se moquant sans vergogne du qu’on dira t’on, piétiniez les lois sociales, saccagiez les rites immuables, faisiez fi des obligeances morales mais respectiez l’autre dans son intégrité…Voilà ce vous incarniez, mon désir de liberté, d’abolir les principes poussiéreux de notre société qui nous réduisent à un asservissement total où tout s’enchaîne de façon cyclique et intransigeante. Vous aimiez les êtres dans leur plénitude et par amour, les ameniez à tirer un trait définitif sur le schéma classique de l'union par couple au profit de l’instinct. Vous étiez ma liberté !

Par Ines de Saint Lambert
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Mardi 11 septembre 2007

<<  De toute manière, le trouble des nuits, la tête sous les étoiles, lorsque plus rien ne bouge, que tout est obstinément figé, et que les mots s’enroulent et s’enlisent à l’écart des chemins retranchés d’une cambrousse impassibles, que l’on cherche au plus profond de soi-même, à cibler l’élément qui désensibilise et que les autres pressent parce qu’ils sont là, pas loin, et qu’ils réclament aussi du temps à mettre devant eux, tout près et que Nancy fredonne dans ma mémoire son ronron somnambule, et que je n’y suis pas, et que je n’y suis plus, et que tu y respires de nouveau chère sœur. Mes restes d’histoires sur les genoux, des feuillets gribouillés de toute part, il me faut réfléchir presque méthodiquement à la meilleure manière de faire. Le va et vient des trains, l’impressionnante rue Saint Jean, les quais grouillant d’étudiants qui s’écoulent et s’étirent vers la fac par Isabey, par paquets, par Patton, par grappes, par cohortes clopin-clopant, par cortèges copains clopant ! Et Nancy qui rumine à chaque carrefour de ma vie et témoigne de la moindre de mes facéties, ville complice de mes péréquations nocturnes, aux exhalaisons de réjouissances bourges, au canal noir, exhibant des lignes de flottaison rouges,  indifférent, sale dégoûtant d’immondices et de vase et de rats. Je suis faite de frayeur, ‘’funambulant’’ sur le parapet Henri Bazin, évoluant, titubante, déséquilibrée par les profondeurs de mon mal, prête à rompre avec la moiteur et les humeurs découlant de murs sales, je me suis posée. J’ai de nouveau échappé aux attentions carnivores des cercles d’amis, j’ai encore fui mes autres, je sais qu’ils m’attendent, et le ventre me brûle mais continue à m’oublier dans la ville, cavalant les rues méconnues, ignorant les cabines d’appel pour ne point les prévenir, dénigrant les binômes amoureux, pestant contre des ivrognes déboussolés de leurs dernières vapeurs. Inutile de vous dire que mon cœur ne bat plus mais qu’il se meurt pour fondre dans l’abyme de cette ville mirifique dont l’absence me le crève.

Leila. >>


J’ai tant écrit sur le monde et sur moi. J’ai encore besoin d’air et d’eau, sale et polluée pour renaître de mes cendres, écrire et lire au centuple de mon âme. Je dois composer l’écrit de ma vie, m’y remettre sans plus attendre. Il y a tant en chacune de nous, il y a tant en chacune de soi même que j’en ai l’âme au bord du vide !

Par Ines de Saint Lambert
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Lundi 10 septembre 2007
Puisqu'il m'est impossible pour le moment de lui faire parvenir ce message autrement qu'en le publiant ici...



Juste une petite salle, une petite salle de recueillement jouxtant la salle d’accueil, juste à côté, deux bouts de pièce aux formes complexes, aux couleurs bizarres, bleu vert, avec quelques fauteuils blancs autour d’un corps siégeant comme une statue de cire sur une quelconque table fleurie. Juste une cloison qui sépare et deux ouvertures de chaque côté qui permettent aux familles de faire le tour. Puis la salle, réservée au service, d’où vont et viennent les commis de la Mort.  Et le corps, à son tour, va et vient, disparaît sur ses roulettes, pour réapparaître dans son écrin, l’écrin même que nous avons pris soin de choisir et qui nous a préalablement  été présenté dans un beau catalogue. Penser, ne plus penser, faire en sorte que tout aille au mieux et saisir au vol que nous sommes en train de nous séparer de quelqu’un pour toujours. Puis l’organisation reprend le dessus, il faut être là, sans y être vraiment parce qu’ils gèrent à leur manière, mais parce que tout repose sur vous quand même, qu’il y a ce lien entre le corps et vous…Consciente que dire <<maman>> ou <<papa>> ne sert plus à rien, le corps est là, inerte, immobile, se baladant uniquement sur ses roulettes ou sur l’épaule des suppôts de la Mort, toujours affectés, organisés, professionnels mais ponctuels, de trop même, beaucoup trop même à notre goût car nous souhaiterions que tout dure, éternellement. Mais pas le temps de durer, seulement le temps de commencer à se faire une raison. Et puis se surprendre à entendre au fond de soi-même une petite voix qui nous parle, et nous répond, et nous réchauffe le cœur, cette voix familière que nous n’entendions plus parce que trop absorbée par la situation et notre soudain esseulement…Cette petite voix qui dit :<< Eh je suis là!>>. Alors vous n’hésitez plus à leur céder le corps auquel les serviteurs de la Mort attachent tant d’importance - non parce qu’ils ont pitié de vous mais parce que vous êtes << client>>, et vous rentrez chez vous avec le sourire, avec le sentiment de leur avoir joué un bon tour car la voix ne vous quitte plus et reste bien au chaud tout au fond de vous.

Bien à toi.

Inès

Par Ines de Saint Lambert
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Lundi 10 septembre 2007

Je ne pensais pas non plus que cet écrit pouvait avoir une telle influence sur tout ce que je suis ; ma vision du monde et des autres en est changée, je comprends davantage mes faiblesses, admets plus facilement mes tords et pardonne volontiers à ceux qui m’offensent car je sais à présent ce qui fermente au fond de mon être, ce que fomente mon cerveau lorsque,cocher de mes pulsions, il sillonne la vallée de mes peines… je suis consciente des désirs qui me tenaillent, du mal qui m’ habitent, des envies qui nous hantent, de l’orgueil qui me brûle les tripes et me pousse à mépriser les autres ! J’ai appris tant de choses en daignant enfin me regarder en face que je puis dire que ces écrits maintenant, dans les ornières desquels je patauge et m’enlise parfois sont pour moi une véritable révélation.

 

Il m’est tout simplement difficile de vivre… les souffrances que j’endure dans le monde réel se transmuent en écrits langoureux, et les deux univers se chevauchent, se partagent mon déséquilibre mental, dépouillent mon inconscience, dépèce ma raison, je me sens martyrisée de toute part, ne sachant plus très bien de quel coté se cache le bourreau et l’apparat du supplicié, alors d’un commun accord avec moi-même,  je me réfugie, non sans peine, sous les combles de confesse. Je vous le conjure, je souffre dans le monde réel et savoure en sus, comme si cet acharnement ne suffisait point, cette souffrance à écrire. 



<< Paysage coloré de tempêtes et de blessures, tu choies ton exil car tu t’égares de la réalité !

   Leila >>

 

Par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 9 septembre 2007

Peur de ne plus être très certainement, mais le dégoût aussi des règles sociales et des contraintes éthiques, de cette course à l’abandon, à l’oubli de soi-même, des lois phalliques qui nous régissent, du mâle dominateur qui donne le < la >> , de ces soumissions abjectes des plus faibles, de tous ces préceptes compromis qu’on nous inculquent depuis notre plus jeune âge et qu’on entretient assidûment à chaque heure, à chaque saison – marre d’avoir le cerveau martelé par cette horde d’impies bardés de conventions, de décrets, de ministères, de réglementations  - de ces manières affectées à l’hypocrisie affable, je souffre d’un manque de liberté dans cette lourdeur et cette moiteur hiérarchique où l’on impose la restriction d’air, je me damnerai corps et âme pour que mes écrits exultent et respirent enfin la vraie vie. Il est vrai qu’en écrivant  je m’emploie à tout détruire pour reconstruire sur les ruines de cette éducation judéo-chrétienne mais la souffrance est toujours là, même dans la besogne, même dans le charnier de cette guerre que je livre à la pointe de ma plume. Je ne sais quelle force supérieure m’a assignée cette mission, je ne sais pas non plus pour quelle trouble raison  mon âme fut choisie ! Quoi qu’il en soit, je m’engage à ne plus lâcher prises. Mon entreprise est simple, aller au bout de moi-même pour démontrer que la nature humaine est malsaine, et que serpente au fond de moi le mal originel. M’ouvrir au monde, me démantibuler pièce par pièce afin de mettre à nu toutes les subtilités de l’individus, la perfidie qui découle de chacun de ses agissements, m’autopsier de mon vivant dans le dessein de surprendre, d’attraper sur le fait la vilenie qui sévit en nous et se cache au plus profond de l’être. Et mes personnages, mes chères jumelles agissent comme des médecins légistes, ce sont elles qui incisent ma carcasse, la traverse de canules, la sonde, l’analyse… la fouille et la décharne de tous ses vices. Etrange découvertes de moi-même… Je puis rien cacher…tout est écrit mais faut-il encore savoir le lire.

 

 

Par Ines de Saint Lambert
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Samedi 8 septembre 2007

Je m’imagine quelquefois évoluant dans la vie sans mes écrits, sans avoir entamé cette démarche intérieure, cette plongée initiatique au plus profond de mon être, vierge en quelque sorte de toute dépravation psychologique, et je me dis que si les jumelles n’avaient pas croisé mon chemin,  je serais très certainement passée à côté de moi-même, à côté de tous ces trésors de curiosité que l’on cache au tréfonds de son âme, et sans conteste, aux antipodes de ma vraie nature. Quelle importance, me direz-vous ? Force m’est de constater encore que ce dévoilement, outrancier et impudique, m’encourage à vivre plus sereinement et me prémunit assurément des affres de la Mort. Apprendre à vivre, c’est aussi apprendre à mourir, et la Mort, n’est-elle pas une sorte d’aiguilleur occulte qui attend pernicieusement son heure de gloire ?

 


 - La Mort et ses eaux saumâtres, ce sont les maux qui t’environnent Leila, tes envolées sauvages, tes préceptes d’agonie, ta quête de souvenirs et de lieux oubliés, c’est bien pour cela que tu cours autant la nuit l’eau, le bois et la roche.

 

Par Ines de Saint Lambert
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