Mardi 11 septembre 2007

<<   Lire réveille d’innombrables souvenirs enfouis et le lecteur se retrouve de connivence avec l’écrit, s’établit alors entre eux  une solide complicité, chacun devenant à tour de rôle le confident de l’autre. Je tiens justement à ce que mon poème secoue l’âme du lecteur et garde ce rôle de confessionnal,  ébranle le pénitent de fonds en comble et lève le voile sur ce qu’il garde de plus intime au fond de lui. Nous savons que l’être humain échafaude des stratagèmes pour exploiter son espace, pour s’enraciner durablement afin que l’espèce se perpétue dans les meilleures conditions possibles. Combien de délits, de trahisons, de crimes sont occultés sous le poids des ans ? L’homme flirte perpétuellement avec le mensonge pour couper court aux conflits, aux affrontements tendancieux, à tout ce qui entrave son bon développement physique et psychologique. L’écrit joue ce rôle de confesseur en livrant ses propres faiblesses, se tisse autour du lecteur et de lui une toile de confiance, dans les mailles desquelles, il est plus aisé d’essorer sa conscience. Le lecteur ressasse ses fautes, les avoue pour repartir sur d’autres bases et se laver des souillures qu’il porte en lui. Le pouvoir des mots est sans limites sur l’esprit et le reconfigure à chaque remise en cause. Lire à des fins eschatologiques, pour se purifier, pour s’élever et se défaire sans cesse du péché originel. 

     Leila. >>

 


  Vous étiez, chères jumelles, le prolongement de mon âme, de mes pulsions, de mes passions, de mes fantasmes. Vous faisiez corps avec moi-même, outrepassiez les règles qui nous régissent ici-bas, se moquant sans vergogne du qu’on dira t’on, piétiniez les lois sociales, saccagiez les rites immuables, faisiez fi des obligeances morales mais respectiez l’autre dans son intégrité…Voilà ce vous incarniez, mon désir de liberté, d’abolir les principes poussiéreux de notre société qui nous réduisent à un asservissement total où tout s’enchaîne de façon cyclique et intransigeante. Vous aimiez les êtres dans leur plénitude et par amour, les ameniez à tirer un trait définitif sur le schéma classique de l'union par couple au profit de l’instinct. Vous étiez ma liberté !

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 11 septembre 2007

<<  De toute manière, le trouble des nuits, la tête sous les étoiles, lorsque plus rien ne bouge, que tout est obstinément figé, et que les mots s’enroulent et s’enlisent à l’écart des chemins retranchés d’une cambrousse impassibles, que l’on cherche au plus profond de soi-même, à cibler l’élément qui désensibilise et que les autres pressent parce qu’ils sont là, pas loin, et qu’ils réclament aussi du temps à mettre devant eux, tout près et que Nancy fredonne dans ma mémoire son ronron somnambule, et que je n’y suis pas, et que je n’y suis plus, et que tu y respires de nouveau chère sœur. Mes restes d’histoires sur les genoux, des feuillets gribouillés de toute part, il me faut réfléchir presque méthodiquement à la meilleure manière de faire. Le va et vient des trains, l’impressionnante rue Saint Jean, les quais grouillant d’étudiants qui s’écoulent et s’étirent vers la fac par Isabey, par paquets, par Patton, par grappes, par cohortes clopin-clopant, par cortèges copains clopant ! Et Nancy qui rumine à chaque carrefour de ma vie et témoigne de la moindre de mes facéties, ville complice de mes péréquations nocturnes, aux exhalaisons de réjouissances bourges, au canal noir, exhibant des lignes de flottaison rouges,  indifférent, sale dégoûtant d’immondices et de vase et de rats. Je suis faite de frayeur, ‘’funambulant’’ sur le parapet Henri Bazin, évoluant, titubante, déséquilibrée par les profondeurs de mon mal, prête à rompre avec la moiteur et les humeurs découlant de murs sales, je me suis posée. J’ai de nouveau échappé aux attentions carnivores des cercles d’amis, j’ai encore fui mes autres, je sais qu’ils m’attendent, et le ventre me brûle mais continue à m’oublier dans la ville, cavalant les rues méconnues, ignorant les cabines d’appel pour ne point les prévenir, dénigrant les binômes amoureux, pestant contre des ivrognes déboussolés de leurs dernières vapeurs. Inutile de vous dire que mon cœur ne bat plus mais qu’il se meurt pour fondre dans l’abyme de cette ville mirifique dont l’absence me le crève.

Leila. >>


J’ai tant écrit sur le monde et sur moi. J’ai encore besoin d’air et d’eau, sale et polluée pour renaître de mes cendres, écrire et lire au centuple de mon âme. Je dois composer l’écrit de ma vie, m’y remettre sans plus attendre. Il y a tant en chacune de nous, il y a tant en chacune de soi même que j’en ai l’âme au bord du vide !

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 10 septembre 2007
Puisqu'il m'est impossible pour le moment de lui faire parvenir ce message autrement qu'en le publiant ici...



Juste une petite salle, une petite salle de recueillement jouxtant la salle d’accueil, juste à côté, deux bouts de pièce aux formes complexes, aux couleurs bizarres, bleu vert, avec quelques fauteuils blancs autour d’un corps siégeant comme une statue de cire sur une quelconque table fleurie. Juste une cloison qui sépare et deux ouvertures de chaque côté qui permettent aux familles de faire le tour. Puis la salle, réservée au service, d’où vont et viennent les commis de la Mort.  Et le corps, à son tour, va et vient, disparaît sur ses roulettes, pour réapparaître dans son écrin, l’écrin même que nous avons pris soin de choisir et qui nous a préalablement  été présenté dans un beau catalogue. Penser, ne plus penser, faire en sorte que tout aille au mieux et saisir au vol que nous sommes en train de nous séparer de quelqu’un pour toujours. Puis l’organisation reprend le dessus, il faut être là, sans y être vraiment parce qu’ils gèrent à leur manière, mais parce que tout repose sur vous quand même, qu’il y a ce lien entre le corps et vous…Consciente que dire <<maman>> ou <<papa>> ne sert plus à rien, le corps est là, inerte, immobile, se baladant uniquement sur ses roulettes ou sur l’épaule des suppôts de la Mort, toujours affectés, organisés, professionnels mais ponctuels, de trop même, beaucoup trop même à notre goût car nous souhaiterions que tout dure, éternellement. Mais pas le temps de durer, seulement le temps de commencer à se faire une raison. Et puis se surprendre à entendre au fond de soi-même une petite voix qui nous parle, et nous répond, et nous réchauffe le cœur, cette voix familière que nous n’entendions plus parce que trop absorbée par la situation et notre soudain esseulement…Cette petite voix qui dit :<< Eh je suis là!>>. Alors vous n’hésitez plus à leur céder le corps auquel les serviteurs de la Mort attachent tant d’importance - non parce qu’ils ont pitié de vous mais parce que vous êtes << client>>, et vous rentrez chez vous avec le sourire, avec le sentiment de leur avoir joué un bon tour car la voix ne vous quitte plus et reste bien au chaud tout au fond de vous.

Bien à toi.

Inès

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 10 septembre 2007

Je ne pensais pas non plus que cet écrit pouvait avoir une telle influence sur tout ce que je suis ; ma vision du monde et des autres en est changée, je comprends davantage mes faiblesses, admets plus facilement mes tords et pardonne volontiers à ceux qui m’offensent car je sais à présent ce qui fermente au fond de mon être, ce que fomente mon cerveau lorsque,cocher de mes pulsions, il sillonne la vallée de mes peines… je suis consciente des désirs qui me tenaillent, du mal qui m’ habitent, des envies qui nous hantent, de l’orgueil qui me brûle les tripes et me pousse à mépriser les autres ! J’ai appris tant de choses en daignant enfin me regarder en face que je puis dire que ces écrits maintenant, dans les ornières desquels je patauge et m’enlise parfois sont pour moi une véritable révélation.

 

Il m’est tout simplement difficile de vivre… les souffrances que j’endure dans le monde réel se transmuent en écrits langoureux, et les deux univers se chevauchent, se partagent mon déséquilibre mental, dépouillent mon inconscience, dépèce ma raison, je me sens martyrisée de toute part, ne sachant plus très bien de quel coté se cache le bourreau et l’apparat du supplicié, alors d’un commun accord avec moi-même,  je me réfugie, non sans peine, sous les combles de confesse. Je vous le conjure, je souffre dans le monde réel et savoure en sus, comme si cet acharnement ne suffisait point, cette souffrance à écrire. 



<< Paysage coloré de tempêtes et de blessures, tu choies ton exil car tu t’égares de la réalité !

   Leila >>

 

par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 9 septembre 2007

Peur de ne plus être très certainement, mais le dégoût aussi des règles sociales et des contraintes éthiques, de cette course à l’abandon, à l’oubli de soi-même, des lois phalliques qui nous régissent, du mâle dominateur qui donne le < la >> , de ces soumissions abjectes des plus faibles, de tous ces préceptes compromis qu’on nous inculquent depuis notre plus jeune âge et qu’on entretient assidûment à chaque heure, à chaque saison – marre d’avoir le cerveau martelé par cette horde d’impies bardés de conventions, de décrets, de ministères, de réglementations  - de ces manières affectées à l’hypocrisie affable, je souffre d’un manque de liberté dans cette lourdeur et cette moiteur hiérarchique où l’on impose la restriction d’air, je me damnerai corps et âme pour que mes écrits exultent et respirent enfin la vraie vie. Il est vrai qu’en écrivant  je m’emploie à tout détruire pour reconstruire sur les ruines de cette éducation judéo-chrétienne mais la souffrance est toujours là, même dans la besogne, même dans le charnier de cette guerre que je livre à la pointe de ma plume. Je ne sais quelle force supérieure m’a assignée cette mission, je ne sais pas non plus pour quelle trouble raison  mon âme fut choisie ! Quoi qu’il en soit, je m’engage à ne plus lâcher prises. Mon entreprise est simple, aller au bout de moi-même pour démontrer que la nature humaine est malsaine, et que serpente au fond de moi le mal originel. M’ouvrir au monde, me démantibuler pièce par pièce afin de mettre à nu toutes les subtilités de l’individus, la perfidie qui découle de chacun de ses agissements, m’autopsier de mon vivant dans le dessein de surprendre, d’attraper sur le fait la vilenie qui sévit en nous et se cache au plus profond de l’être. Et mes personnages, mes chères jumelles agissent comme des médecins légistes, ce sont elles qui incisent ma carcasse, la traverse de canules, la sonde, l’analyse… la fouille et la décharne de tous ses vices. Etrange découvertes de moi-même… Je puis rien cacher…tout est écrit mais faut-il encore savoir le lire.

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 8 septembre 2007

Je m’imagine quelquefois évoluant dans la vie sans mes écrits, sans avoir entamé cette démarche intérieure, cette plongée initiatique au plus profond de mon être, vierge en quelque sorte de toute dépravation psychologique, et je me dis que si les jumelles n’avaient pas croisé mon chemin,  je serais très certainement passée à côté de moi-même, à côté de tous ces trésors de curiosité que l’on cache au tréfonds de son âme, et sans conteste, aux antipodes de ma vraie nature. Quelle importance, me direz-vous ? Force m’est de constater encore que ce dévoilement, outrancier et impudique, m’encourage à vivre plus sereinement et me prémunit assurément des affres de la Mort. Apprendre à vivre, c’est aussi apprendre à mourir, et la Mort, n’est-elle pas une sorte d’aiguilleur occulte qui attend pernicieusement son heure de gloire ?

 


 - La Mort et ses eaux saumâtres, ce sont les maux qui t’environnent Leila, tes envolées sauvages, tes préceptes d’agonie, ta quête de souvenirs et de lieux oubliés, c’est bien pour cela que tu cours autant la nuit l’eau, le bois et la roche.

 

par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 7 septembre 2007

 
<< Comme une tumeur qui ronge, la vie s’en trouve bouleversée, le souffle s’écourte et  les jours en sont menacés, le rythme de vie se calque sur celui de la maladie, elle est le métronome interne, un chef d’orchestre cérébral, chacune des saccades, chacune des frasques compulsives correspond à une variation du tempo vasculaire.

Sans cesse accorder les convulsions, jouer et moduler chaque crispation. Ecrire, l’Autre aux trousses, l’oppresser jusqu’à ce qu’il ne se satisfasse plus du peu qui lui est offert. Lorsqu’il ravit la main, lorsque la gorge ne se fait plus que l’écho d’une voix tronquée, lorsque les gestes trahissent, lorsqu’il s’empare des caresses intimes pour annihiler le plaisir, qu’il  façonne ses semblables à l’image de lui même, qu’il les juge, se joue d’eux, les aime, les conspue jusqu’à la réprobation. N’être plus qu’une marionnette manipulée, une femme de paille désordonnée et le drame est d’en être consciente, consciente de cette emprise de l’Autre.

             Leila.>>


 

           Mais Myla, tu y trouves bien, malgré ta bonne éducation et tes préceptes religieux et ta conscience permissive, du plaisir, un plaisir intense, outrageux,  infâme, inique, à sentir des aimantes à tes pieds, tu jubiles de les voir à leur tour devenir les Autres de tes Autres, et tout cela par le truchement de ta chair condescendante. Ma vie se chevauche, se confond avec mon écrit, ma vie inspire mon écrit et mon écrit inspire ma vie, la communion des deux est irréelle, j’en arrive à perdre pied, à ne plus savoir quel monde est soi-disant plus vrai que l’autre. Je ne sens véritablement les frontières qui me séparent du réel et du fictif qu’au point de trébuchement, quand le pied pris dans le tapis de ma conscience, je me ramasse. C’est le choc de la chute qui me sort du rêve et le rêve de la chute qui induit le choc !

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 6 septembre 2007
  Il me souvient d’un soir de nouvelle année, au bord de l’âtre, quand le feu, crépitant sur le dos des bûches noires, absorbe la moindre des attentions et retranche chaque convive dans ses pensées les plus tenaces, il me souvient de cet échange entre les deux sœurs dont je vais tenter au cours de cette retranscription d’en préserver l’intégrité et le mot juste.
 



<< -Leil, au fond, qu’écris-tu ?

 

- Voilà près de six années que je travaille sur un écrit novateur, libéré du joug universitaire et des tentations démagogues qui infléchissent la muse dans son râle quotidien, que mon âme se concentre sur un écrit satisfaisant l’être dans son état le plus abrupt de chair et d’os.

Les mots, les mots uniquement au service d’un sentiment salutaire et d’un rythme de vie calqué sur l’irrévérence la plus circonspecte de l’être comme si plus rien n’avait la force de s’opposer à la volonté créatrice de l’artiste. Cet écrit, est le revers corrompu d’une narratrice sensible, polymorphe, androgyne, secouée d’interrogations identitaires, ayant l’aplomb d’un homme charpenté et l’âme chaloupée d’une femme qui au grand dam du lecteur a maille à partir avec un dédoublement de personnalité fort douloureux  mais qui au terme de son chemin de croix peut enfin hurler à la face de ses géniteurs << je suis une autre>>.

L’héroïne ?

Des sœurs jumelles, Layl, qui s’aiment sans commune mesure, unies dans leur destin, dans leurs forces et dans leur foi; deux corps filiformes, deux paires d’yeux empruntant le même chenal, baladant sur un monde dégénérescent le regard affecté d’une grande noblesse d’âme s’insurgeant sans conteste du peu d’air frais qu’expire la vie. En quelque sorte, elles, envers et contre tous.

Cet écrit n’est qu’une outre perfide de détresse, remplie de poison et jetée à la mer. Malheur à ceux qui n’ont garde de se défier des vices cachés et écumeront le venin jusqu’à la lie.

 

- Mais Leil, c’est notre histoire, en quelque sorte, notre histoire à nous deux?

 

- Mon âme est tellement secouée, nous sommes si liées de nulle part, j’en écris ma folie, mon tendre désarroi, mes souvenirs épars. Je pense vraiment que je vais va au delà de la confession, je me vide comme un sac et donne en pâture, à qui sait entrevoir, dans ce marasme de mots, mes fêlures  les plus profondes et mes sentiments les plus purs. L’écriture est un épanchement sans précédent, une saignée expiatoire codée qui se solde parfois par des crises exhibitionnistes acerbes et, assigne au lecteur ce rôle de catalyseur  dont j’ai besoin pour m’absoudre – et tout se passe à son insu, dans les bas fonds d’une sémantique exiguë comme si les mots se pressuraient d'eux mêmes sous le rouage cérébral du mécanisme de la lecture. Cet écrit révèle des choses que je n’ose m’avouer à moi-même. C’est en me racontant aux autres par le truchement de mon poème que je me dévoile de jour en jour et commence à me dédouaner de ma pudeur. Et pourtant, la démarche est inverse, je cherche par le verbe à m’abstraire de cette agitation grossière en m’en effaçant presque, tel le caméléon ou l’opportuniste qui se pare dans la détresse des atours en nombre. Je pensais faire tresse avec le reste et leurrer le lecteur en l’éconduisant de belle manière, usant d’artifices poétiques  et de syntaxes chaotiques, espérant qu’on ne  vît jamais la douleur sourdre de mes mots et encore moins ce dédoublement délitant mon âme. En écrivant, je fais diversion, happe le regard des autres, le détourne de ma douleur, et la mets en exergue. >>

 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 5 septembre 2007

<< Leil,

 

Le train est parti, sans même un dernier coup de sifflet, me laissant seule, désespérément seule. J’ai, tout d’abord, refusé d’y croire, assez longtemps même, trop longtemps. Et maintenant ? Je n’en sais rien, fichtrement rien !

J’ai ta dernière lettre sous la main et voici ce que je pense, quasi penaude sur les quais nancéens, la tête au vent :

A force, de manipulations, de tortures cérébrales, nous suicidons notre destin. A sublimer la solitude, nous sacrifions les autres, sachant pourtant qu’ils nous sont nécessaires et ô combien, indispensables. Prises dans ce cercle vicieux jusqu’à la gorge, il  en résulte pour nous le plus grand des désarrois quand il tend à se briser et qu’il est tout juste au bout de la corde, à la rupture. Rien n’y fait, rien ne comble ce vide, et encore moins les heures qui passent.

Je m’amusais à regarder les autres, je m’amusais tout simplement à les épier, nous nous amusions, toi derrière ta plume, moi derrière mon objectif, à les sonder jusque dans leur âme au point même de les disséquer. Disséquer nos parents, nos amies, et toutes celles et ceux qui passent et repassent dans nos rues, dans nos vies, à présent vide de toi. J’en suis vidée, éreintée, j’ai mal au ventre de cette obsession croissante, de cette boulimie de trituration et d’assujettissement des autres et de nous-mêmes à nous-mêmes. J’en suis vidée, le conçois-tu, au moins, chère sœur ? Et ton départ, je suis terrifiée à l’idée de me retrouver seule. Seule dans mon cœur, seule dans Nancy à errer, mon matériel en bandoulière pour photographier quoi ? Chiens, chats, miséreux, putains. Ces rues, ces rues comme une manie, de voir le vide et le mal, à chacun de leurs recoins. Nous ne sommes pas aussi fortes que nous le prétendons, il y a, en nous, cette sensiblerie si affinée, si délicate, si raffinée qui trahit notre vraie nature et souille nos pseudo projets de vraie vie. Prisonnières de l’art, des écrits, de tout ce qui nous semble bon, et passer peut être à côté de tout ! J’ai le doute, ma sœur, j’hésite encore à me dire que tout est perdu parce que je suis dans la ville de ton cœur, parce que je vois ton ombre, je respire ton parfum, parce que je sens tes humeurs ! Prenons soin des êtres qui nous aiment, ne les saccageons plus dans nos foutus délires, aimons les enfin.

Je t’embrasse et surtout, écris moi, j’en ai besoin.

 

Layla. >>


Le doute ? Nous l’avions toutes plus ou moins à cette époque, le doute…douter de l’une, puis de l’autre, de l’une et de l’autre ! Dire qu’il m’a fallu tout ce temps pour écrire, enfin écrire, rédiger, mettre en forme, toutes ces lettres lues et relues, de l’une, de l’autre, de l’une et de l’autre. Tous ces mots échangés, sur papier, sur le net, perdus, déchirés, retrouvés, recollés, froissés, brûlés, jetés mais récupérés à la sauvette, presque toujours dans leur dos parce qu’elles refusaient que les souvenirs s’accumulent et s’entassent au même endroit, que les mots croupissent dans des armoires, dans des classeurs, dans des vieux buffets, pour qu’ils aient l’air et le soleil, et ne sentent jamais le vieux ni le ranci, et qu’ils gardent éternellement leur liberté, leur liberté de nuire et de séduire!A ton tour de savoir Myla, ma vie, ma vraie vie, ma vie d’incertitude et d’incohésion, ma vie de fuites et de retours, sans cesse rappelée à l’ordre et par l’amour et le mal de vivre, et l'incapacité à trouver ma place ici-bas 
Je t’attends à farfouiller mon passé, à interroger mes souvenirs, à vivre à rebours. Je te raconterai dans les moindres détails avec les mots qui illustrent le mieux mes accès de vertige, mes excès de vestiges ! 
Je te raconterai ma folie.

 

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 4 septembre 2007

 

<< Surtout n’approchez pas, je suis un danger permanent, mes pattes sont criblées de griffes et mes réflexes terroristes sont commandités par un complot de règles insaisissables. Gardez bien vos distances, surtout respectez les, ne les franchissez pas, rien ne vous oblige à observer de trop près la bête fauve qui rugit en moi. Je me suis échouée là, sur la toile, par le plus grand des hasards, et depuis, piétine, agrippe, vos rives chaleureuses, dans l’attente d’une nouvelle embarcation. Je ne prendrai pas racines, rassurez-vous, je suis consciente de tout le mal qui m’habite et des assauts implacables de folie qui nourrissent ma déraison.

 

Mais je sens ce tireur grave, ce sniper de l’inconscient caresser d’un œil juste ma démarche langoureuse. Il épouse mon cœur sanguinolent du bout de son arme affûtée. Un doigt serein titille la virgule métallique qui me relie à la Mort, et prolonge de ce fait le généreux sursit qu’il octroie à mon corps.

 

Je ne suis qu’une bête traquée !

 

Son souffle s’est calé sur le mien, déjà, nous ne formons plus qu’un seul appareil, ses fonctions vitales suppléant les miennes qu’il vise à supprimer.

 

Mon âme et la sienne s’unissent dans la détonation. Un frisson me traverse de part en part, j’exècre ce point d’impact instantané du métal et de la chair  d’où s’échappe l’écoulement fusionnel du pourpre et de la mer.

  

 

Leila >>



Voilà ses mots, pour celles qui ne la connaissent pas, voilà ses mots, offerts au vide. Je vous promets de tout dire, de tout raconter, il est grand temps, il est l’heure…Il m’a fallu cette nuit, il m’a fallu cette âme, il m’a fallu cette nuit, il m’a fallu Myla, Myla-Jehanne...

 

par Ines de Saint Lambert
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