Jeudi 20 septembre 2007

Moi

De notre moi profond, de toi à moi…Leila qui es tu ? Qui suis-je ?...à partir de quand et comment s’y prendre ? Le bleu grisâtre du ciel nancéen s’apitoie sur mon sort…les rues secouées, agitées des relents de vacarme aux carrosseries filantes, je me sens comme une fourmi délestée dans cet univers cacophonique de dioxydes et de carbures. L’eau noie le bruit - tu sais, l’eau noire du canal – l’étire, le tord et l’engourdit pour me le glisser sournoisement dans un soufflet d’air. Quelques bulles qui viennent crever à la surface, très certainement le balbutiement de gros poissons gras plantés dans la vase. Telle une poupée chiffonnée, j’avance, je hume, je tangue, j’assume ma démarche ivre, sinueuse et sirupeuse. L’étrangeté de ma vie, mon parcours dantesque pour ne même pas faillir jusqu’à toi. Nancy toi qui me suspectes de n’être plus tienne, tout cela parce qu’un beau jour, j’ai décidé de regagner mes pénates, bien au fond de ma cuvette, à cogiter des mots et conjuguer du verbe, à éparpiller des bondieuseries dans ma chambre pour expédier mes espérances – et puis quoi ? Je ne croyais plus en rien, je pouvais bien me risquer à apprendre à brasser dans un bénitier… non?

Vas-tu me reprocher cet endémique barbotage ?

Tu n’as rien vu venir, tu me tenais dans tes couloirs, tu me bourrais le crâne de déclinaisons, tu n’as rien vu venir, des petits pas que je dansais et du grand saut que j’ai fait, j’ai fui, en demi teinte et dans l’oubli, à l’ombre de ton pardon et de ta vie. Je t’ai fui Nancy. D’un but en blanc…je t’ai fuie, à l’agonie et maintenant, je te cherche dans la bouche et la peau de tes filles que j’effleure du bout de la plume et du cœur.

De notre moi profond, de toi à moi…mais à la fin mon Autre, que me veux tu donc ?

 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 19 septembre 2007

Je n’ai pas grand-chose à dire, hormis ma fatigue et mon envie de rien, il y a des jours sans et nous devons faire avec. Aujourd’hui, ma tête est désespérément vide et se refuse à tout commentaire. Eclairée de ma vieille bougie, je griffonne ces quelques lignes dans mon mouron. L’univers dans lequel j’ai grandi s’assombrit autour de moi. Je me sens traversée de fébrilité comme à l’approche de l’orage. Il me faut l’air. J’avais besoin de solitude et voilà qu’elle m’oppresse. J’ai méthodiquement et stratégiquement appris à mépriser tout le monde. A présent, j’ambitionne d’apprivoiser  le revers de la médaille. Ma vie prend l’eau, que dois je faire ? Ni l’une, ni l’autre à mes côtés. Plus personne, sur quelles bases se départir ? Sur quelles bases me reconstruire ? Partir ? Partir ou rester ? Rester, c’est affronter mon propre reflet dans le regard des miens, et à avoir à le supporter au quotidien. Rester, pour se battre et s’enliser dans des débats infructueux ou balancer mon écrit à la face du monde. Partir, c’est renvoyer toujours ce même reflet mais dans le regard des autres, pour cette fois, prendre conscience qu’il me faudra le supporter éternellement. Alors j’hésite !

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 18 septembre 2007

Je n’ai rien trouvé de mieux que de me renfermer sur moi-même, coupée du monde, je ne m’informe de l’extérieur que par l’entremise de vos blogs. Je pioche des récits au hasard et savoure l’étrangeté de votre vie. Je m’accroche à vos rancoeurs, m’enroule de votre style et voyage. Que d’aventures, que de combats, que de peines, menées, livrés, épanchées, que d’expériences absorbées par la toile. Qui sommes nous derrière notre écran à lire ou à écrire, à lire et décrire un quotidien qui ronge? Qui sommes nous donc ? Qu’espérons nous trouver ici ? N’y a-t-il rien de mieux à faire que d’écrire, que de lire notre avenir entre les lignes ? N’avons-nous pas une réalité à assumer, avec des êtres faits de chair et d’os à supporter? A croire qu’ils n’y a qu’ici qu’on puisse parler, échanger et se confier. Quelle société malade ! Alors on débarque comme ça, presque à l’improviste, afflublées de nos pseudos, déposer nos humeurs comme on le ferait du linge sale dans un pressing. J’en suis persuadée, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne plus rond dans nos têtes. Rendez vous compte, que mine de rien, nous sommes en train de faire avec nos blogs, une véritable incursion dans une humanité encombrée de techniques et pratiques toujours plus complexes les unes que les autres. Je n'oublie pas pour autant nos vrais journaux intimes, cadenassés dans nos tiroirs, rédigés à la main et oubliés de nos mémoires ? Pourquoi ce besoin de dire aux autres tout et n’importe quoi ? Pourquoi donner notre intimité en pâtures ? Et dire que j’ai besoin de vous lire pour me comprendre, très certainement pour équilibrer mes démarches, et peut être même, aller chercher mon pain plus sereinement le matin sans avoir à me vomir d’injures aux pieds du premier venu, tout cela parce que j’en ai mal au ventre de vivre.  Ecrire, juste pour se faire une raison et accepter de  rendre l'âme, un beau jour, dans le doute et pour rien. Toujours est il que je salue votre talent et la richesse de votre esprit. Et surtout estimez vous heureuses d’échapper à la débilité que je traîne depuis ma plus tendre enfance…depuis mes premiers mots gribouillés sur un cahier petit format, à gros carreaux, sur une table en bois, dans l’arrière salle du bistrot de ma feue mère. Je me vois encore illustrer pieusement ces pages avec des photos extraites du Pèlerin Magazine. J’en ai la chair de poule et le sourire aux larmes.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 17 septembre 2007
               Mais Leila, c'est aussi ça...Cette rage de vivre bon gré mal gré! 
 

  << Le bruit m’excède, des hurlements de vieux chiens battus aux pattes démises, à ces hommes carrossés de bleus bouffis en trogne circulant bestialement sur des échafaudages branlants et projetant de leur truelle des gâchées de bétons comparables à de la fientes d’oiseau. J’en ai assez de cette société bruyante qui arpente les façades aux crochets d’apprentis ballots et s’en vont rire à leur perchoir des passants qui échoppent de leur cerveau toute pensée des autres.

 

J’aboie de ma plus belle rage, me noue, et me secoue les nerfs pour ne plus entendre la ville gronder et suinter de ses tours, les rues piétinent, se dérobent, et m’indignent, je refuse d’entendre ce déplacement de chair libidineuse, qui s’effleure et s’enamoure de satin et satons, se rue et s’obstrue les chemins du pardon.

 

Comment me concentrer dans un vacarme pareil puisque le cliquetis de la moindre ferraille se supplante à ma méditation, vous pensez bien que l’inspiration m’échappe et que nul écrit ne peut naître de cette quincaillerie sonore et qu’il est préférable de réfugier mes tympans dans des champs de coton plutôt que de les convaincre de pactiser avec le bruit.

 

Les journées passent, les nuits courent, mon écrit piétine, on saccage les murs de ma geôle de livres, les cloisons vibrent, tremblent, on les perce, on les casse, les effrite, les émiette, et le cycle de la vie suit son cours, chaque structure reprend son état originel, que je quitte ce chantier au plus vite, et que je rejoigne ma chère sœur, que je meure dans ses bras, le front au baiser de son sein, que je rentre chez moi, retrouver les délices de sa main ; lavée, délavée des averses d’injures, accrochée à l’embase de cette démesure, j’aspire à des jours meilleurs, à des heures sans fracas, accolée à elle seule, ne plus la quitter – ne plus te quitter Layla – et dévaler comme jadis la vallée de Fraufeux, mais que le diable enfin s’exécute et déporte dans le lointain mon cerveau trop pesant de gravats et d’éclats de ruines.

 

Dans les rues, la marche se poursuit, à croire que rien ne cesse même lorsque mon âme est en décrue, des hommes, forts en gueule, prennent la tête de chorales occultes et braillent, comme des veaux qu’on égorge, les vieilles rengaines syndicales ; à leur traîne, des groupuscules d’une population défenestrée répandent les forfaitures d’un système dans lequel chacun transpire et conspire, c’est l’occupant qu’ils veulent ! Englués à des banderoles fraîchement peintes, ils inondent les avenues de l’oubli, les bars se désemplissent, on s’active dans les bureaux, les cerveaux se ramollissent, la société exulte. On joue un peu à la guerre car d’aucuns ne veulent vraiment la faire. Rien n’y fait, ma tête est une honte pour cette peuplade de demeurés que je fuis au demeurant et préfère éviter tant qu’il m’est encore permis de me mouvoir. Le cauchemar est incessant, je crains qu’ils ne me rattrapent, qu’ils ne me traquent,  qu’ils me collent aux trousses leurs hordes de cagnas, de bêtes enragées, fusils enraillés ; et supporter ces bourrus, ces gras du bide avinés, ces ivrognes armés qui quadrillent ma nature et la gribouille de cris et de balles. Elle est partout cette engeance, à chaque carrefour, chaque encoignure de rue, sous chaque ramée de feuillus, un mâle surveille, il ne tient qu’à nous chères amies d’envoyer pour de bon cette sale race à l’oubli.

 

Leurs marteaux m’agacent, je me pose trop de questions, je contemple ma peine et me gave de défis, je suis tombée par hasard dans ce monde d’escogriffes, une guerre à gagner avec une plume en main. Mon empennage est maigre et fait de mon envol une utopie, certes notoire, mais à tire d’ailes.

  

Leila. >>

 

par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 16 septembre 2007

J’essaie de tout remettre en ordre dans ma tête, je suis consciente de ne jamais être là. Inexistante, fuyante, absente !

J’ai pris conscience de tout et tant de choses, sous les étoiles à réfléchir, plongée dans la nuit, presque froide. J’ai revécu les derniers tourments de Jeanne dans sa geôle, seule, face à elle-même, seule face à moi-même à ressasser le passé.

J’ai pris peur.

Je suis allée au bord de mon eau pour prier, pour respirer le voile d’ombre qui s’étire en surface. Je suis allée au bord de mon eau pour goûter aux frissons. Fines vaguelettes, à peine agitées juste au bout de mes doigts.

Mes mots ont détruit tout le monde, j’ai saccagé toutes mes amitiés. Je dois me raisonner et lâcher prise. Et puis Nancy va t’absorber, Nancy va te reprendre, te materner en son sein pour te porter d’églises en cathédrale, de quais en tram. Elle te tient déjà, chère sœur, nous arrache l’une à l’autre.  Je n’appartiens déjà  plus qu’à la nuit, aux chemins délaissés, aux étoiles fuyantes, aux villages endormis, aux souvenirs d’été, je n’appartiens déjà plus qu’aux ombres déchues qui tournent en rond.

J’essaie de tout remettre en ordre dans ma tête, fidèle à mon orbite.

J’ai compris plein de choses.

J’ai revécu la dernière scène de Jeanne !

Seule, mon errance pour témoin.

J’ai pris peur…et inconscience.

Layla, écris moi de ton exil.

Leila.

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 15 septembre 2007

Pas grand monde au passage, le ciel et ses étoiles, désespérément seuls. Pas grand monde au passage, les chemins détrempés vides, ni le moindre halo s’échappant de la brume profonde pour réchauffer mon regard. Pas le moindre passage au carrefour du matin. Juste un fond de nuit pour souffler les heures.

Je pleure.

Je ris parfois.

Je pleure.

Succession étrange de rires et de larmes

Mais au fond, la douleur ne m’abandonne pas et s’accentue toujours un peu plus et davantage.

Il suffit de tomber sur un détail, de glaner un souvenir oublié dans ma mémoire pour que tout s’effondre.

Il suffit d’une lueur pour tout reparte

Il suffirait de pas grand-chose pour que je sois définitivement heureuse.

La souffrance,

La belle souffrance et les mots s’enroulent.

Je suis consciente que ce ne sont pas les autres qui en sont la cause mais moi-même.

Les heures sont abominablement longues et s’occupent à des riens.

Voilà qu’arrivent la fin de semaine et l’espoir de les revoir...

Voici la fin de semaine et le désespoir de les manquer de peu, la faute à peu de choses sinon rien.

Voilà qu’arrivent l’autre semaine et le début du pire…

Car il me faudra tout recommencer, attendre et espérer encore…pour désespérer peut être.

Me résigner assurément à m'éprendre
.

Puisque la belle Nancy vous retient et qu’elle m’a déposée là, si seule dans la nuit, mais au milieu des autres.

Vraiment Leil et Layl je ne digère plus votre absence.

par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 14 septembre 2007

Qui le premier, de l’auteur ou de l’écrit, engendre l’autre? Devient-on auteur parce qu’un écrit nous investit ou l’écrit, le devient il parce qu’il est le fruit accompli d’un coït cérébral entre le divin et le supra humain qui s’opèrerait dans la  chair de l’auteur au moment même de sa conception? Y a-t-il une histoire de prédestination ? Y a-t-il quelqu’un de planté sur un nuage pour nous déverser ce venin dans les veines. Voulais-je vraiment Lettre à Leylia ou cet écrit s’est il imposait de lui  même ? Il va de soi que dans les deux cas, la relation privilégiée qui s’instaure entre l’un et l’autre est une foutue relation d’assujettissement…en ce qui me concerne, je ne suis plus que l’ombre de moi-même depuis que les jumelles ont pris pleinement possession de mon corps et de mon âme. Je suis le théâtre de leur guerre et de leurs émois, inlassablement chahutée des leurs remous psychologiques. Il s’établit entre les deux - auteur et écrit - une complicité d’un telle intensité que parfois il m’arrive de me surprendre à penser comme elles, à parler comme elles, à agir comme elles, à aimer comme elles, à les aimer. Et impossible de se défaire de ces sentiments, mon cœur est comme transi, enclavé dans cette  relation exclusive et presque à sens unique. Alors je parle la nuit quand les nymphes viennent à ma rencontre, quand les étoiles se décrochent au dessus de ma tête et que tout le monde dort de son sommeil le plus lourd. Je parle pour dire combien il m’est pénible de porter ce fardeau, et mon cœur se trouble. Il se trouble la nuit lorsque j’en dis certainement trop et que les coïncidences me rattrapent sur le champ, dans ma quête de L’Autre. Mais j’aime les coïncidences, j’aime les provoquer, j’aime titiller le destin, j’aime quand il me parle et vient à ma rencontre, à toi Myla-Jehanne,  je raconterai. Et pourtant je veille à n’entraîner personne dans ma chute, il faut que je mette en garde, je dois vous mettre en garde de ma dangerosité, des ravages occasionnés par les jumelles dans mon cerveau, des blessures que je traîne dans le coeur, je sais que je dois me reconstruire, il le faut mais pour le moment, prenez garde, je le dis encore haut et bien fort, méfiez vous de moi…je suis un danger permanent, un plancher pourri sur lequel on s’aventure, un terrain délaissé par les combats mais toujours miné.  Nancy, Nancy, chère ville suspendue dans ma tête et dans mon cœur, je farfouille dans ma mémoire, en quête de tes rues. Je farfouille dans mon passé pour te sentir, et toi en réponse, tu m’offres la roche et la neige puis tu m’envoies un ange. Je ne comprends plus tes énigmes ! J’aimerais juste à nouveau frémir, les matins de brume, sur tes quais, une liasse de cours sous le bras, un livre dans la poche.

 

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 13 septembre 2007

<< Un dernier baiser durant ton sommeil, un dernier regard et je claque la porte derrière moi. En t’abandonnant. Sans prévenir. Pleine de regrets déjà. Les minutes passent, puis les heures. Mais le temps s’est arrêté. http://jesuissage.over-blog.com/article-12336938.html  Glory Hole >>



 

<< Chère Inès,

 

Comment t’expliquer tout ça, qu’on est en train de se déchirer pour de sordides histoires…pas facile de garder sa place dans cette vie une fois quand on en a enfin trouvé une au soleil. Je m’étais pourtant promise de ne jamais plus avoir le moindre discours sombre avec toi…la vie nous a déjà donné notre lot de souffrance…Je voudrais tant te parler d’espoir, de bonheur, de vie, maintenant qu’elle est en toi…mais voilà que j’ai le cœur extrêmement sensible et littéralement retourné…notre situation, oui…notre situation et cette souffrance par rapport à tout ça, comment effacer toutes ces années, toute cette folie, ces escapades dans les villes, ces errances dans la nuit nancéenne…ces exils en Belgique, ces courses folles aux abords des mers…mais comment ? Et pour quelle raison ?

 

Tout cela parce que deux âmes ne se comprennent plus alors qu’elles s’aimaient éperdument, c’est bien ça que je reproche à la vie…c’est d’apporter des brisures, des fins…je vois ses larmes, je vois ses doigts crispés s’accrochant au peu de choses qui lui reste…je vois ses yeux perdus, j’entends sa voix chevrotante…et malgré la rudesse des propos tenus, je ne discerne aucune méchanceté, alors j’ai mal, j’ai profondément mal et pourtant je sais qu’elle n’accepte plus ma présence, qu’elle ne digère plus ma présence auprès de Layl, que je puisse la toucher et l’aimer quelquefois sans elle alors que je suis comblée quand elles se retrouvent toutes les deux, seules, loin de tout le reste et du monde et de moi. Je sais qu’elle souffre de cette relation mais je sais aussi qu’elle nous aime démesurément…alors, je ne peux m’empêcher de l’imaginer dans sa solitude entourée de nos objets, avec nos photos accrochées au dessus de son lit, alors je ne peux m’empêcher de ressentir le mal que nous avons pu lui faire en lui retirant cet amour…j’ai l’âme en pleurs…et l’on en arrive à ne plus se comprendre avec Layla parce que je refuse de croire que cette rupture est peut être la meilleure solution pour tout le monde…

 

Les fins n’ont jamais été un soulagement pour moi,  et toi tu sais ce que c’est que de perdre quelqu’un de proche…tu sais ce que sont les disparitions définitives…quand on me disait que ce serait certainement un grand soulagement pour notre mère, à Layla et à moi, de quitter ce monde au plus vite…comme je les détestais tous quand ils avaient le malheur d’envisager cette solution, infirmières et médecins sur le pas de la porte à accueillir la fatalité, les bras ouverts …non, c’était pas un soulagement pour elle, j’ai vu ses yeux s’accrocher une dernière fois aux pierres de sa vieille maison lorsque les ambulanciers l’ont sortie avec cet empressement propre aux métiers de l’urgence…ça je ne l’oublierai jamais…comme jamais je n’ai oublié ces choses que j’ai perdues…que ce soient des êtres ou des animaux ou des objets…Je suis trop sensible aux détails de ce monde, trop sensible à la souffrance des autres, trop sensible à la douleur de chacun…trop sensible à des broutilles, à des riens…trop sensible à l’appartenance et à la dépossession, voilà tout !

 

Trop sensible pour accepter les principes mêmes de cette vie, de cette société, c’est pour cette raison que je veux réinventer le monde par le biais de mes écrits, c’est pour cette raison que je me réfugie dans mes lectures…pour comprendre le monde, me préserver de ses souffrances et attendre…ma propre fin. Voilà, où j’en suis à cette heure, voilà où j’en suis…et je serai prête à faire n’importe quoi pour éviter une fin. Je ne supporte pas que les choses finissent, j’ai jamais su prendre de véritables décisions, des décisions tranchées pour tenter toujours de satisfaire tout le monde et me raccrocher à des riens, ce problème se pose aussi pour moi avec l’écrit…et puis quand j’aime les gens, c’est pour de bon, c’est pour l’éternité, quoi qu’on puisse me faire, quoi qu’on dise, je finis toujours par pardonner…toujours !

 

 Voilà, ce que je suis…quelqu’un de profondément sensible qui porte un regard des plus ternes sur le monde…je pensais que ça me passerait avec les années mais c’est encore pire et je redoute tellement l’avenir…tellement de bouleversements se produiront comme s’il ne s’en était pas produit suffisamment comme ça…tellement de choses qui auront raison de moi…c’est une maladie, je souffre de cette sensibilité. Et je reste impuissante face à tout…je ne peux m’empêcher de penser à la fin de tout…tout ce que je fais me fait penser qu’un jour où l’autre ce moment deviendra un souvenir insoutenable. Tous ces moments passés avec Layl et Marthe et qu’il nous faut à présent pleurer…alors que dire ? Comment retourner sur ces lieux  de bonheur et d’abandon? Y retourner pour se faire mal pour s’ancrer encore cette idée que tout passe dans ce bas monde et que rien ne dure. Bien qu’on commence toujours par s’aimer, on finit par se haïr plus tard…Je n’accepte cette règle…je n’accepte plus…et démissionne de ma vie, je me dis aussi que je suis responsable du mal qui se répand autour de moi…et consciente de mes responsabilités dans ce drame qui se joue à côté de moi.

 

Voilà, que nous recommençons à te faire souffrir avec nos histoires…tu peux te dire au moins une chose, c’est que je songe énormément à ceux que j’aime…au point de me détruire de l’intérieur. Mon plus grand tort est de vouloir faire plaisir à tout le monde et de vouloir rendre trop de gens heureux en même temps. J’aime et j’échoue, j’échoue d’aimer les autres…J’ai tellement fait d’erreurs dans ma vie, je parviens plus à me décider sur rien…chaque décision à prendre est pour moi une déchirure, j’en paie le prix fort dans mes écrits. Comment tout cela va finir ?

Je te remercie, parce que tu étais là avec nous malgré la tempête qui sévit en toi, avec ton petit sourire, à regarder ce monde se volatiliser…et à nous apporter un grand bol d’air, à te protéger du vent en te collant tout contre Layl, comme si tu avais besoin de te blottir dans ses bras, comme si tu avais besoin de ses bras pour supporter cette charge supplémentaire qu’une âme seule peut comprendre, du fond de sa vallée…je garde encore cette image en moi, comme une image inoubliable, tu étais là à nous apporter encore du rêve, ce rêve que nous te promettions…et si rien n’était fini ! Mais au fond, que t’apportons nous, nous? Et pourtant nous avons tant à donner…tellement. Tous ces horizons à découvrir, ces routes à parcourir, oui, nous avons tellement à donner…et Dieu sait que nous lui avons donné tout ce que nous possédions, mais nous avons fait beaucoup d’erreurs, beaucoup trop d’erreurs… que nous reconnaissons.Aujourd’hui, nous en payons le prix fort ! Peut on tout plaquer comme ça, d’un coup ? Et l’amour ? Les sentiments ? J’ai mal, je me tords de douleur…Et je suis contente que tu sois là pour Layl et pour Marthe. Tes mots nous ont touchées…Et Layl est touchée par ta douceur, ta présence…ton réconfort. Au fond Marthe n’a plus la force de se battre contre son dégoût de me savoir aux côtés de ma soeur, elle en arrive à vomir lorsqu’elle apprend qu’on traîne les nuits toutes les deux, et impose des règles à Layl. Non, ce n’est pas une vie, c’est pas de l’amour, ça en devient de la dictature alors que moi je fais tout pour m’effacer, je me fais toute petite pour leur laisser le plus de temps possible, au point même parfois de disparaître complètement. Layl ne vit plus, souffre, tremble dès qu’elle est en retard, dès que le téléphone sonne, dès que les reproches pleuvent, elle n’a jamais été aussi tendue de sa vie, aussi décomposée…j’ai mal de la savoir dans cet état de délabrement et Marthe est dans le même état parce qu’elle est aussi consciente du mal qu’elle nous inflige. Recommencer pour s’achever, recommencer pour se finir, est ce une solution ? S’anéantir pour de bon ? Marthe ne sait plus ce qu’elle doit faire, elle n’a pas la force de vivre cette relation, tout comme elle n’a pas la force de la quitter…Et moi, je suis plantée là, à aimer tout le monde…à refuser de perdre qui que ce soit…à rêver d’amours multiples et de relations croisées…à rêver d’un idéal sentimental. Nous pensons bien à toi…et t’embrassons bien fort toutes les deux. Ta patience nous touche…Nous aurions tellement envie de t’apporter du rêve mais nous ne parvenons même pas à sortir de notre propre cauchemar !

 

Bien à toi.

 

Leila. >>

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 13 septembre 2007

<<  Il suffit de regarder attentivement par la fenêtre pour s’apercevoir vraiment de tout ce qui passe autour de nous et de sentir la précarité du monde dans l’instant, monde dépouillé des enluminures et des grâces de fin d’année. Saisir sur le vif alors qu’elle s’y attend le moins, une journée banale où la grisaille fait forte tête et que le bel astre à ranger son large éventaire de rayons. Je tente l’expérience, l’expérience vaine et idiote de tirer un coin de rideau et de donner libre cours à mon imagination.

Ballet de voitures dans le lointain, troncs séculaires affublés de leur livrée, baraques en tôle abritant un lot de canassons de fortune aux hennissements d’opérette,  carcasses d’habitations poitrinaires bravant la zone inondable,  tapis d’herbe déroulés au pied de fruitiers grabataires, quelques jardinets en friche et le tout ponctué par l’écho rocailleux d’un aboiement de chien rangé sous ses douves. Les voitures insistent, il fut un temps où nous jouions sur la route sans nous soucier du danger avec une balle en caoutchouc. Heureuse époque d’insouciance où les journées paraissaient longues et la vie, éternelle. Il fut un temps où je ne concevais nullement l’idée de la Mort, de l’amour, de l’oubli. Il y eut cette époque où la vieille usine nous pouponnait comme une grand-mère, surveillait nos jeux d’aventure et, cela va de soi, fermait les yeux sur nos premières cajoleries, bah ! Prémices de la curiosité qui empruntaient vite les sentiers de la honte, au retour, à l’approche de la table familiale, avec cette sordide impression, l’une et l’autre, de tout avoir imprimé sur le front. Le pire de tout est qu’il fallait garder ces dérives en mémoire, pour les chuchoter au curé quand celui-ci venait se loger comme un canari mauve dans sa cage vermoulue les soirs de pénitence et de veillée Pascal.

Que vient il faire ici, lui ?

En tout cas, il avait ce sacro saint toupet de venir farfouiller nos secrets d’enfances et de les entacher de culpabilité – comme si nous avions besoin de ça, quand on connaît la suite ! Toujours est il que nous ne nous sommes jamais laissées impressionner par l’ecclésiaste maître chanteur et que nous nous acquittions de ce bucolique conciliabule par une somme, vertigineuse, de mensonges calculés au prorata des vraies péchés que nous commettions. Et puis, nous avions le mérite dans ces instants solennels de réviser nos mathématiques, qui s’en plaindrait ? Pour une fois que appelions Thalès et compagnie à la rescousse et que nous torturions des suites entières de chiffres jusqu’à leur donner la trogne abracadabrante d’une forme géométriquement improbable mais hypothétiquement stupide dans l’unique dessein de s’arracher aux flammes de l’enfer – excusez du peu mais quand même !

Le pire est qu’à cette époque nous croyions fermement que pendant les jours fériés Jésus-Christ, remettait à ce bougre de curé les clefs de la boutique et lui refourguait tous ses pouvoirs de divinateur, c’est dire combien nous étions méticuleuses dans la préparation de  nos harangues.

Et maintenant ? Qu’en est il de ces acteurs ? L’abbé s’est endormi sous son tertre de prières et quelques besogneux échangent des frappes de balle sur les cendres de la vieille usine. Dire que pour nous, ce mastodonte était  indétrônable – je parle de l’usine, le curé quant à lui jeûnait plus qu’il ne bâfrait. D’autres portaient la robe autrement plus chichement que lui!

 

Et moi, je suis assise, là, à ma table à remonter ce temps écoulé et à prendre conscience de la place véritable qu’occupe l’écriture dans ma vie. Ecrire, écrire, toujours écrire et tenir un regard insistant sur le monde. J’ai cette douleur au fond de moi que je n’explique pas et que je traîne sans répit. Douleur sourde qui régule aux forceps le déclin obstétrique de ma décomposition avec ou sans laquelle je serais priée de me rendre, sans plus aucun ajournement possible, munie de mes échos graphiques, parturiente, à la table de la grande inquisitrice pour y subir les dernières trouilles péridurales et satisfaire l’espèce dans son retranchement clinique. 

J'ai parfois si peur de la suite à donner à notre histoire, chère soeur!

    Leila. >>



  Je voudrais imprégner le papier de ma vie telle que je la vois défiler derrière mes yeux, seconde après seconde, telle que je la vis comme un tableau verbal, peinture syntaxique dans la continuité du verbe et de mon double protagoniste. Et puis écrire, au rythme de mes pulsions cardiaques et des influx neuromusculaires qui me convulsionnent pour ne jamais avoir à cacher ce que je suis au fond…même si le doute subsiste et subsistera toujours parce que nous ne sommes jamais sûr de personne et de rien. C’est là, je crois l’axe central de ma démarche littéraire. Loin de moi, l’idée de jouer avec le lecteur, bien au contraire, c’est un combat que je livre, une guerre qui puisse me permettre de rallier les foules à ma cause, vivre libre enfin, vivre exempte de tout reproche, débarrassée définitivement de ces pans de civismes que l’on promène du berceau au cercueil. Nous avons tant à gagner de vivre enfin !!! Assouvir nos passions et chérir nos amours ! Je le veux pour toi Myla-Jehanne. 
 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 12 septembre 2007
 << Je lutte !

Ecrire ou ne plus écrire !

Tout s’embrouille à nouveau dans mon antre festif, les brumes opaques de septembre s’entrechoquent à cent lieues de mes allées et venues, les vieux souvenirs de rentrée, les poches pleines de marrons, le scintillement du petit canal qui bordait le chemin des classes, ce mysticisme enfantin, cette marche attendrie de l’imaginaire vers la récréation.

Que de repentirs à vifs !

Je me dis qu’après tout, elles ne comprennent rien, ces grandes personnes que je croise par inadvertance dans mes rêveries, et n’auront jamais rien en commun avec mes gugusses de terre cuite que je façonnais jadis au fond de la vieille carrière d’argile !

Un œil par la fenêtre !

Le soleil déclinant, la fraîcheur de mon eau calme.

La fin d’un voyage, et d’une marche sablonneuse sur les longues plages d’Hardelot !

J’ai vu la mer, indicible créature, taciturne amie, pleine de douceurs !

J’suis allée, indescriptible, enthousiasmée, enchantée, prise, enivrée !

J’ai perdu la tête dans ses remous fratricides, immergée pleinement, soulevant involontairement ces bras charnus de mes méditations sombres.

Prisonnière de ses rouleaux, imaginant le pire, je folâtrais quand même, inquiète mais rassurée par cette amante démesurée !

Une vraie gamine !

Comme c’est fascinant la mer !

   Leila. >>


Mes mots gardent au fond d’eux, le mystère originel de leur création comme tout un chacun, la même interrogation subsiste comme elle subsiste pour tout le monde – mais que faisons nous là ? C’est bien la chose que mes mots ne révèlent pas, s’ils disent tout de moi, ils ne disent rien de leur propre existence, maisc’est l’apanage de l’existant et de sa condition – exister certes, mais dans quel but -  sommes nous certainement trop humain pour comprendre leur sens caché? Nous ne voyons rien d’eux que le linéament tors de leur représentation. J’ai le sentiment que les mots parfois  s’efforcent de nous montrer ce qu’on ne voit pas.

par Ines de Saint Lambert
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