<< Un dernier baiser durant ton sommeil, un dernier regard et je claque la porte derrière moi. En t’abandonnant.
Sans prévenir. Pleine de regrets déjà. Les minutes passent, puis les heures. Mais le temps s’est arrêté. http://jesuissage.over-blog.com/article-12336938.html Glory Hole >>
<< Chère Inès,
Comment t’expliquer tout ça, qu’on est en train de se déchirer pour de sordides histoires…pas facile de garder sa place
dans cette vie une fois quand on en a enfin trouvé une au soleil. Je m’étais pourtant promise de ne jamais plus avoir le moindre discours sombre avec toi…la vie nous a déjà donné notre lot de
souffrance…Je voudrais tant te parler d’espoir, de bonheur, de vie, maintenant qu’elle est en toi…mais voilà que j’ai le cœur extrêmement sensible et littéralement retourné…notre situation,
oui…notre situation et cette souffrance par rapport à tout ça, comment effacer toutes ces années, toute cette folie, ces escapades dans les villes, ces errances dans la nuit nancéenne…ces exils
en Belgique, ces courses folles aux abords des mers…mais comment ? Et pour quelle raison ?
Tout cela parce que deux âmes ne se comprennent plus alors qu’elles s’aimaient éperdument, c’est bien ça que je reproche à
la vie…c’est d’apporter des brisures, des fins…je vois ses larmes, je vois ses doigts crispés s’accrochant au peu de choses qui lui reste…je vois ses yeux perdus, j’entends sa voix chevrotante…et
malgré la rudesse des propos tenus, je ne discerne aucune méchanceté, alors j’ai mal, j’ai profondément mal et pourtant je sais qu’elle n’accepte plus ma présence, qu’elle ne digère plus ma
présence auprès de Layl, que je puisse la toucher et l’aimer quelquefois sans elle alors que je suis comblée quand elles se retrouvent toutes les deux, seules, loin de tout le reste et du monde
et de moi. Je sais qu’elle souffre de cette relation mais je sais aussi qu’elle nous aime démesurément…alors, je ne peux m’empêcher de l’imaginer dans sa solitude entourée de nos objets, avec nos
photos accrochées au dessus de son lit, alors je ne peux m’empêcher de ressentir le mal que nous avons pu lui faire en lui retirant cet amour…j’ai l’âme en pleurs…et l’on en arrive à ne plus se
comprendre avec Layla parce que je refuse de croire que cette rupture est peut être la meilleure solution pour tout le monde…
Les fins n’ont jamais été un soulagement pour moi, et toi tu sais ce que c’est
que de perdre quelqu’un de proche…tu sais ce que sont les disparitions définitives…quand on me disait que ce serait certainement un grand soulagement pour notre mère, à Layla et à moi, de quitter
ce monde au plus vite…comme je les détestais tous quand ils avaient le malheur d’envisager cette solution, infirmières et médecins sur le pas de la porte à accueillir la fatalité, les bras
ouverts …non, c’était pas un soulagement pour elle, j’ai vu ses yeux s’accrocher une dernière fois aux pierres de sa vieille maison lorsque les ambulanciers l’ont sortie avec cet empressement
propre aux métiers de l’urgence…ça je ne l’oublierai jamais…comme jamais je n’ai oublié ces choses que j’ai perdues…que ce soient des êtres ou des animaux ou des objets…Je suis trop sensible aux
détails de ce monde, trop sensible à la souffrance des autres, trop sensible à la douleur de chacun…trop sensible à des broutilles, à des riens…trop sensible à l’appartenance et à la
dépossession, voilà tout !
Trop sensible pour accepter les principes mêmes de cette vie, de cette société, c’est pour cette raison que je veux
réinventer le monde par le biais de mes écrits, c’est pour cette raison que je me réfugie dans mes lectures…pour comprendre le monde, me préserver de ses souffrances et attendre…ma propre fin.
Voilà, où j’en suis à cette heure, voilà où j’en suis…et je serai prête à faire n’importe quoi pour éviter une fin. Je ne supporte pas que les choses finissent, j’ai jamais su prendre de
véritables décisions, des décisions tranchées pour tenter toujours de satisfaire tout le monde et me raccrocher à des riens, ce problème se pose aussi pour moi avec l’écrit…et puis quand j’aime
les gens, c’est pour de bon, c’est pour l’éternité, quoi qu’on puisse me faire, quoi qu’on dise, je finis toujours par pardonner…toujours !
Voilà, ce que je suis…quelqu’un de profondément sensible qui porte un regard
des plus ternes sur le monde…je pensais que ça me passerait avec les années mais c’est encore pire et je redoute tellement l’avenir…tellement de bouleversements se produiront comme s’il ne s’en
était pas produit suffisamment comme ça…tellement de choses qui auront raison de moi…c’est une maladie, je souffre de cette sensibilité. Et je reste impuissante face à tout…je ne peux m’empêcher
de penser à la fin de tout…tout ce que je fais me fait penser qu’un jour où l’autre ce moment deviendra un souvenir insoutenable. Tous ces moments passés avec Layl et Marthe et qu’il nous faut à
présent pleurer…alors que dire ? Comment retourner sur ces lieux de bonheur et d’abandon? Y retourner pour se faire mal pour s’ancrer encore cette idée que tout passe dans ce bas monde
et que rien ne dure. Bien qu’on commence toujours par s’aimer, on finit par se haïr plus tard…Je n’accepte cette règle…je n’accepte plus…et démissionne de ma vie, je me dis aussi que je suis
responsable du mal qui se répand autour de moi…et consciente de mes responsabilités dans ce drame qui se joue à côté de moi.
Voilà, que nous recommençons à te faire souffrir avec nos histoires…tu peux te dire au moins une chose, c’est que je songe
énormément à ceux que j’aime…au point de me détruire de l’intérieur. Mon plus grand tort est de vouloir faire plaisir à tout le monde et de vouloir rendre trop de gens heureux en même temps.
J’aime et j’échoue, j’échoue d’aimer les autres…J’ai tellement fait d’erreurs dans ma vie, je parviens plus à me décider sur rien…chaque décision à prendre est pour moi une déchirure, j’en paie
le prix fort dans mes écrits. Comment tout cela va finir ?
Je te remercie, parce que tu étais là avec nous malgré la tempête qui sévit en toi, avec ton petit sourire, à regarder ce
monde se volatiliser…et à nous apporter un grand bol d’air, à te protéger du vent en te collant tout contre Layl, comme si tu avais besoin de te blottir dans ses bras, comme si tu avais besoin de
ses bras pour supporter cette charge supplémentaire qu’une âme seule peut comprendre, du fond de sa vallée…je garde encore cette image en moi, comme une image inoubliable, tu étais là à nous
apporter encore du rêve, ce rêve que nous te promettions…et si rien n’était fini ! Mais au fond, que t’apportons nous, nous? Et pourtant nous avons tant à donner…tellement. Tous ces horizons
à découvrir, ces routes à parcourir, oui, nous avons tellement à donner…et Dieu sait que nous lui avons donné tout ce que nous possédions, mais nous avons fait beaucoup d’erreurs, beaucoup trop
d’erreurs… que nous reconnaissons.Aujourd’hui, nous en payons le prix fort ! Peut on tout plaquer comme ça, d’un coup ? Et l’amour ? Les sentiments ? J’ai mal, je me tords de
douleur…Et je suis contente que tu sois là pour Layl et pour Marthe. Tes mots nous ont touchées…Et Layl est touchée par ta douceur, ta présence…ton réconfort. Au fond Marthe n’a plus la force de
se battre contre son dégoût de me savoir aux côtés de ma soeur, elle en arrive à vomir lorsqu’elle apprend qu’on traîne les nuits toutes les deux, et impose des règles à Layl. Non, ce n’est pas
une vie, c’est pas de l’amour, ça en devient de la dictature alors que moi je fais tout pour m’effacer, je me fais toute petite pour leur laisser le plus de temps possible, au point même parfois
de disparaître complètement. Layl ne vit plus, souffre, tremble dès qu’elle est en retard, dès que le téléphone sonne, dès que les reproches pleuvent, elle n’a jamais été aussi tendue de sa vie,
aussi décomposée…j’ai mal de la savoir dans cet état de délabrement et Marthe est dans le même état parce qu’elle est aussi consciente du mal qu’elle nous inflige. Recommencer pour s’achever,
recommencer pour se finir, est ce une solution ? S’anéantir pour de bon ? Marthe ne sait plus ce qu’elle doit faire, elle n’a pas la force de vivre cette relation, tout comme elle n’a
pas la force de la quitter…Et moi, je suis plantée là, à aimer tout le monde…à refuser de perdre qui que ce soit…à rêver d’amours multiples et de relations croisées…à rêver d’un idéal
sentimental. Nous pensons bien à toi…et t’embrassons bien fort toutes les deux. Ta patience nous touche…Nous aurions tellement envie de t’apporter du rêve mais nous ne parvenons même pas à sortir
de notre propre cauchemar !
Bien à toi.
Leila. >>