Lundi 8 octobre 2007

Voilà ce que je n’ai pas le droit de dire…bien que ce soit écrit là, et que je l’aie pensé très fort, toute une nuit, à cause de l’agitation, de l’interrogation et de la déchirure. Mais t’es là Myla, bien au chaud dans ton ventre à réclamer tes terres. Je ne peux te les refuser malgré la souffrance de ma chair et l’abjuration de mon esprit. Voici mon odieux parjure :

 

<< Cette fois, je renonce à la mer, à quinze jours du sable et des vagues, je renonce à l’embrun.  Je tourne la page définitive de mon devenir. Décidément, le Nord de me réussit pas. Abdiquer maintenant et ici, c’est m’interdire une suite prometteuse et l’espoir de toucher aux cimes Alpestres. Je prends le risque. Le corps  s’est défait du goût de l’effort, il renonce et s’incline. Je ne gagne rien à courir les dunes, à dévaler les falaises. Je refuse, tout de go, les côtes anglaises et l’opale, il n’y aura plus d’ultimes satisfactions, plus aucun parfum de victoire,  seuls les reliquats âpres d’ une capitulation consentie, annoncée et logique reflueront des mes tréfonds.  Je renonce irrémédiablement comme il est permis à quiconque de le faire – et pourquoi pas moi ? J’abandonne, pose un pied à terre, puis le genou pour me rendre dans toute ma déconfiture et la dépossession de mes moyens. Je confirme et maintiens que ce n’est de la faute de personne d’autre que moi, moi seule et mon tourment.

Mes projets me quittent, alignés là, à même le sol dans toute leur apathie et leur démesure à l’instar de gibiers privés de leur plein vol.

Jehanne ! Je te renvoie à tes Pénates, toi et ta bannière. Je te renvoie à notre chère Lorraine puisque le Nord nous bannit et nous consume. Les autres vantaient mon mental, mon mérite, mon tempérament de feu, cette fois, j’en brûle vive et d’incivilités, alors je m’en fous. Je suis là, installée dans ma faiblesse, à me conduire en cendres. J’ai rompu tout dialogue. Je ne prends plus la peine de dire. Je ne converse plus. J’ai troqué le langage contre un mutisme abrupt. Je gribouille ça et là des lignes insensées, incompréhensibles qui ne génèrent rien de bon. Les mots ne me réussissent plus, ils me narguent Je souffre de nouvelles contractions spasmodiques et mon ventre se resserre autour de ma peur d’affronter la déception. Je sens que je vais blesser, mais j’ai plus d’envie. Désormais, j’ai hâte  qu’on me descende de mon piédestal. Il est temps, il est l’heure. Je suis l’incarnation même de l’échec. Je suis la seule responsable, personne ne m’assiège, personne ne me conquiert. Ma campagne est arrosée de soleil. Aucun signe d’assujettissement, aucun signe d’occupation ennemie, pas l’ombre d’un char allemand, l’Allemagne de mes racines. Je suis mon unique geôlière, mon inique galère. Je me garde à vue dans mon réduit éteint. Aucun rai pour me distraire. Ma folie n’est pas feinte, ces signes avant coureurs  ne trompent pas. Seule, je suis convaincue de ma débilité. Gamine, je m’enfermais dans mon univers pour jouer seule et m’en convaincre. Aujourd’hui, grande, je me convainc, seule, de l’inexistence de l’univers pour  me jouer de ma débilité. Je ne sortais pas ou peu car je n’aimais pas les autres et la brutalité de leur amusette. Cette solitude me revient en lisant les lignes d’un autre temps. Il m’aurait certainement fallu, la perversité et les jeux farouches pour croître comme les autres, exister et me faire une vraie place au soleil. La perversion m’a touchée et l’errance m’a conquise. Tout me poursuit, je suis une invalide enserrée de silence. Voilà donc une première ébauche de Lettre à Leylia. Je vous avais prévenues, c’est l’écrit de la douleur ; nulle âme n’est obligée de lire ça. Je n’encourage et n’incite personne à venir ici. Je mens.

C’est faux, j’ai besoin de vous. Lisez moi ou je meurs. >>

 

Jehanne ! Reviens moi,  redonne moi le courage et la force de bouter le chagrin et le désespoir  hors de moi. 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 7 octobre 2007
Alors, j’en ai mal au cœur de toute cette vie, il faut que je me raccroche à quelque chose d’autre que l’écriture mais quoi ? Pas vraiment envie de poursuivre, pas la moindre envie de me tenir debout ! La tête lourde, les jambes usées, le corps flageolant, certainement trop d’efforts consentis en si peu de temps, on m’avait prévenue mais je n’ai rien voulu savoir, mon unique mot d’ordre était d’aller toujours devant. Je voulais juste dire, raconter, sans me soucier de rien, juste cela mais les paramétrages de la vie sont bien plus complexes que les configurations de mon coeur. Je regarde autour de moi et ne trouve plus personne depuis qu’elles sont parties. Un vide, une absence que j’aimerais combler mais qui se creuse toujours davantage. Malheur à ma vie, malheur mon engagement, malheur à mon sens du partage. L’ennui me gagne. Et pourtant le corps réclame de la distance, il voudrait la mer mais l’esprit l’abandonne. Foutue vie, foutue prison dans laquelle on meurt sans conteste et à petit feu. Quelqu’un peut il me proposer une issue avant de mourir? Mais en quoi ai-je eu tort ? Je pense aux autres, leur parle et me dévore. J’étais juste là, à écouter quand il a fallu. Mais elles, pourtant si proches, ont disparu. A qui la faute ?
 
-         Myla, je veux que tu saches que je ne suis bonne à rien, que j’ai tout échoué et qu’il me reste à peine de courage pour continuer, pour venir jusqu’à toi. Tu approches et je décroche, tu gigotes et je sombre, tu montes et je descends alors que j’étais tout juste sur le point de m’ouvrir à toi. A deux doigts de relever la tête, d’aller droit vers toi et vers la mer, d’affronter le vent, les bourrasques, la pluie, d’investir l’embrun, les eaux salées, l’enfer du Nord, en somme! J’étais prête à dévaler les falaises, à courir les dunes, à cueillir du regard un bout des côtes anglaises. Je voulais t’offrir tout cela Myla, mais la paranoïa est survenue, sournoise, pathétique, destructrice et me met à bout de forces. De doutes en conflits, le corps d’effondre, s’ennuie, se rue vers l’impotence, vers l’indolence et le mépris de tout un chacun si bien qu’il se tasse et stagne et renonce. Je ne parviens plus à soulever cette carcasse lourde de douleurs. Je veux rompre avec moi-même. Tout déposer là dans cet écrit, et assassiner les mots qui sont en moi, responsables de chacun de mes malheurs. Mais qui peut comprendre à par moi-même, je n’ai pas fait de mal, je vous le conjure. On m’a juste chargée de transmettre les mots qu’il fallait au bon moment. J’ai encore joué les intermédiaires entre ma voix et les autres. J’ai mal! mais ça? je souffre! mais ça…Ma croix est lourde à porter. Je ne ressusciterai jamais. Je n’ai pas de pouvoirs et je ne crois plus en rien.  Tu sais Myla, je tiendrai peut être jusqu’à toi, j'essaierai de faire le plus grand bout de route qui soit à tes côtés, puis je partirai pour t'épargner mon mal, à moins que le destin ne bouleverse l’ordre chronologique et nous impose, son curieux sens de la désorientation.
 
Il déferle des couleurs sombres dans mon cerveau vermoulu, du tort à revendre au profit de personne. Le malheur me dégouline des tempes et me tranche le visage sans nul doute de suppression. Ma trogne est vide du manque d’incertitude. Je me délaisse et me blesse à mon propre jeu. Je dois refouler mes cris de gamine, ceux poussés dans la nuit froide au crépuscule d'un décor supplanté lourdement à l’orée des bois par un univers imaginé et scabreux. Il me pousse comme des ulcérations et des renflements  dans les élans de mon cœur. Je veux qu’il cesse de battre, là, maintenant, tout de suite pour enfin avoir la paix. Il me souvient du chemin de croix de cet autre supplicié, pendu comme un agneau dans l’abattoir des hommes.
 
Le christ expire, qu’il aille au diable, lui et ses martyrs !
La sainte Mère et son amant, pataugent et ânonnent, les pieds dans la boue, un baratin dialectique pour le sauver de son mât. Ca aussi, c’est pathétique !
 
Tes mots me font mal, je les lis, oui, je les lis, mais sache qu’ils me font mal, même très mal. Je ne me reconnais pas dans ce que tu dis, je ne me reconnais pas dans ce que je vis. Je voudrais te répondre autrement qu’ici mais c’est là que je m’exprime le mieux, parmi ceux qui manient le Verbe et la mixture syntaxique et les tournent et les retournent, et malaxent et les relaxent dans la forge de l’écrire.
Un amour platonique ? Myla ? Une sexualité boiteuse. Tu te fous de moi, j'espère? Je suis là pourtant, je n’ai jamais été aussi présente pour elle et pour toi. Souviens toi que je viens de loin, de très loin. J’ai perdu les jumelles et j’ai besoin de parler, j’ai besoin de dire, de dire dans l’ombre, de dire combien j’ai peur aussi de ce qui m’attend. Je crains l’arrivée de Myla, peur de passer à côté, peur de rater une marche et dévaler tout le reste. Je suis ma propre procession de croix. Je suis ma déchéance, je dis et me ramasse.
 
Peu importe, ils vitupèrent, la cuisse ankylosée par le poids du repentir, le couple illégitime le défait de son perchoir et le met à bas. Le christ cadavérique, comme une quelconque dépouille rejoint sa grotte dans un dernier soupir de foi. Comme je l’aime ce symbole porté dans sa souffrance par des rassemblements de bondieuserie et de deniers. 
Et le Christ s’évapore !
 
Je souffle un instant, m’impatiente à peine, reprends les lacets de mes travers et les noue à mes rêves. Je préfère qu’ils s’accrochent à des riens. Il est là, déposé, ce corps pâle que je me remets en mémoire. A mon tour de me souvenir. J’halète, une énième fois avant que de reposer ma tête sur son torse glacé, le gargouillement de ses viscères me transit, son râle, incohérent de trépidations grises se répand comme une chair tuméfiée, nécrosée de désir et j’enrage. J’avale, dans un dernier élan, et d’un coup d’œil malhabile, ce dégoûtant mélange de contours sinueux et d’échancrures livresques. Je vomis, une fois n'est pas coutume. Je prends un malin plaisir à vomir pour m'alléger.
 
L’œuvre persiste donc !
 
J’admire l’artiste, accroché à son radeau, déporté par sa toile, verrouillant le lointain et s’ouvrant sur  le large comme un drap de regrets sur la vague. Je pleure.
 
L’œuvre s’exhibe, perchée dans le souvenir turbulent de mon enfance, je trépigne de mon devoir de guérir.
 
Mon cœur s’effrite ! Il ne se bat presque plus.
 
Je voudrais à mon tour descendre de la croix et m’enfuir. J’en ai marre d’être suspendue, par les poignets pour presque pas un clou. Je voudrais tant dire et faire autre chose que n’importe quoi pour abréger mes souffrances. Seulement, je n'ai plus d'idée. Mais elles sont là, comme des épines, plantées en couronne, dans l’azur de mon front.
 
On me suit, on me guette, on marche sur mes pas. On me chasse, on me saisit par le cou, on me traîne. Je suis dépecée, dépouillée, offerte à la meute. Ne me  reniflez plus mais dévorez moi. Il me tarde d’en finir de toute cette pagaille comestible.
Tu sais, chère mère, je me languis, de retourner dans ton ventre, même congelé sous ton tertre, j'irai volontiers m'y blottir parce qu'ici, on condamne ce qu'on ne comprend pas.
Et dire que je retrouvais le moral, dans mon effort et sous le soleil, de ce dimanche appareillé.
 
Bien à toi.
 
 
  
par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 4 octobre 2007


<< Elle avait renoncé à faire de son blog un journal intime, il lui eu fallu le courage d'affronter une vérité, la sienne, celle de sa vie .

Ainsi elle se complaisait en petits post légers et si parfois elle s'égarait mère prudence lui faisait se souvenir qu'il est bon de  ne pas tout dire....

Amuser son monde sans doute, parfois juste jouer de ses voiles sans jamais s'exposer tout à fait . Elle s'interdisait d'ajouter à la toile le poids de ses souffrances, celui de sa solitude.

Le vent, les tempêtes pouvaient ébranler son fragile équilibre, était-il nécessaire d'en faire subir  les effets  aux autres ?

La question était bonne !

Mais ce soir, elle était partie à la rencontre de l'autre, de celle qui écrivait si bien et sans réticence son mal de vivre, ses interrogations, ses observations, elle découvrait un autre regard ....

Toutes deux pouvaient être proches, une complémentarité possible, la fougue et l'intrasigeance de l'une associée à la philosophie de l'autre.

En réalité, serait-ce suffisant pour les sauver ?

De ce mal être, de cette rage mal contenue par l'une, trop prisonnière de la volonté de l'autre ?

Les mots se bousculaient , se supperposaient se chevauchaient dans le blog découvert de cette jeune femme, comme dans un mal d'estomac, de grands flots rejetés parce qu'ils ne passent pas  !

Elle, plus sage, non pas résignée, attendait....

Non, qu'elle ait un silence intérieur !

Riche de son éternel optimisme, de sa foi en la vie .

Elle attendait....

Surtout ne pas prononcer les mots, ceux que l'on ne peut  pas rattraper ! >>



 Galdane.




Et voilà qu'un jour aux confins de mes écrits, à la croisée de mes lectures...je tombe sur ces mots qui me vont droit au coeur mais ne m'appartiennent nullement, ni à l'une ni à l'autre des jumelles, ni à l'une ni à l'autre de leurs amies, ces mots forts et puissants, bouleversants, écrits étonnament similaires aux miens, défenestrés de leur être dans le soufre de la vie, je m'en étonne, je les lis et les relis, je n'ai plus de voix. Je décide à mon tour de leur donner l'envol, l'impulsion par le souffle des miens! Ai-je tort ou raison, peu importe, ces mots doivent vivre...à mon tour de les rendre à la vague, à mon tour de les rendre au large. Voici donc les mots de Galdane tels qu'ils se sont échoués sur les côtes de Lettre à Leylia, voici les mots dont je suis la garante. Je me dois de porter l'Autre au délà de ses écrits comme je me dois de porter mes écrits au delà mon autre. J'en ai le mal de vivre au ventre. Tels sont les maux de Galdane.

Bien à vous.

realityshow.over-blog.com/article-7157912.html
par Ines de Saint Lambert
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Lundi 1 octobre 2007

<< Et traverser Dinant, calée dans sa rocaille, médusée de son serpent, que de canonnades au dessus de sa tête,  que de falaises à son clocher. On n’arrive pas dans Dinant mais on n’y tombe, étrange impression que tout flamboie de mille feux et que tout est posé là par le pur des hasards comme le reflet des cieux dans l’ardoise, la granulite scintillante des pavés à l’eau endormeuse de Charles Péguy qui glisse entre les jambes oubliées du vieux pont ressuscité où un illustre libérateur fut touché dans sa progression contre l’ennemi – j’ai cependant grand peine à imaginer la présence d’ennemis dans ces hauts lieux, mais c’est certainement ce qui fit encore le panache d’hommes en mal de renom ! Liquoreux mélange de cultures et de guerres et de sang, le tout savamment dosé où les genres se confondent et se confrontent où les légendent éclosent d’une histoire déclose et nous croulons dans la mémoire d’une ville harcelée et tiraillée de toute part. Veille Notre dame de Dinant coiffée de son clocher de bulle, où les orgues vous transcendent et vous ouvrent en grande pompe un ciel de vitraux, la roche embaume jusqu’au transept de l’ancienne collégiale, le gris banc domine, le gris blanc culmine, les édifices se fondent aux parois qui protègent cette joaillerie de douceurs, et le soleil pénètre jusqu’au tréfonds des cœurs quand la Meuse se dore et s’endort miroitante de parcimonieux tumultes sous l’œil vigilant de la jaillissante citadelle. Une myriade de marches vous élève au plus haut de ses flancs, surplombant à chaque pas les toits qui s’éprennent inlassablement des charmes de Dinant. 

Lorsque l’on arrive de Philippeville, tout se chevauche, des siècles aux régions, la route s’élargit, bordée de prairie accidentée où paissent paisiblement des troupeaux de culards – race génétiquement déformée propre au gigantisme de cette génération massive - et la route se prolonge ainsi, respectant de la sorte une progressive déclivité jusqu’au fleuve. Le voyageur a l’étrange impression d’entrevoir un échantillon des rues noircies d’Italie et de respirer la fraîcheur préhistorique des cavités de Dordogne. Il y a cette halte inévitable au cimetière où des tombeaux vous ouvrent leur mystère par  les ciselures d’une  petite porte métallique, quelquefois celle-ci n’est plus où se meurt de corrosion et exhibe sans pudeur, les coffres superposés d’une bonne famille de dépouilles. Il s’exhale de ces sépulcres, une odeur pestilentielle mêlée de rouille, de cheveux et de vieux habits. On imagine aisément les corps allongés, reposant là depuis de nombreuses décennies. Et l’on garde de Dinant, cette incontournable arôme de Mort, jusqu’au cœur des vitrines regorgeant de chocolats et d’étales de charcuteries séchées, la fétidité de ce souvenir vous trouble les papilles. A une centaine de mètres, la grotte dite la Merveilleuse, vous attend avec un guide échevelé dans une baraque fumante qui vous prend aux yeux comme une envie de pleurer. Il propose tout et n’importe quoi, de la petite sorcière à la toile d’araignée, et l’homme vous répond mécaniquement en chargeant son âtre qu’il vous faudra patienter encore un peu que se constitue un nouveau groupe pour visiter – encore faut il aimer le caillou en sudation ! Le plus poignant est de plonger dans cette ville et d’arriver au pied du pont parce que c’est à cet endroit que le rêve bat son plein puisqu’on ne distingue rien d’autre que du rocher, puis la ville sort peu à peu de son phénomène d’illusion quand l’œil s’habitue au gris clair. Les cloches aux sonorités espiègles de clavecin retentissent, comme pour vous souhaiter la bienvenue dans cette ville de pierre et d’ardoise. Drôle de sensation de fin, de vide, d’inexplicable fuite, d’exil comme si nous avions parcouru des milliers des kilomètres alors que nous sommes dans le prolongement des eaux de notre enfance. Il faut écouter le silence et le calme de cette nation tolérante et élégante, où les femmes vont main dans la main et s’embrassent à pleine bouche sans que quiconque ne se retourne pour regarder niaisement cette effusion d’amour. Les filles de Sappho vont et viennent librement dans ces rues massives et battent le pavé en quête d’un perpétuel émerveillement, mais Dinant débordante de trésors ne se lasse jamais de rassasier son monde du plus pur éclat de sa cité. Il faut s’arrêter pour boire et manger sur la rive commerçante, et s’imprégner du flegme de cette nation et du vocable lointain qui en découle. S’arrêter et regarder en direction des Ardennes, puisque c’est dans ce sens qu’il faut partir, mollement, tout en ne quittant pas des yeux, les petits bateaux qui à leur allure de sénateur croisent comme des paquebots sur la mer. La fierté de cette région est de donner à tout un chacun l’impression d’immensité. La ville s’évanouit derrière vous comme un mirage, et lorsque vous regagner votre demeure, le soir en vous couchant, vous avez l’étrange impression d’avoir déjà dormi et de sortir d’un rêve.

Leila. >>



Vous savez, la Belgique me revient et des souvenirs en boucle...Elles étaient là, si proche, à regarder les mêmes choses que moi. Maintenant que nous reste t'il ? Rien.

par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 30 septembre 2007

   << Chère Marthe,

J’ai mal de ce départ brutal, et de cette nuit vide, j’ai mal, même très, de la ville qui t’appelle et m’a fait saigner de sa longue lame, la vie et ses nausées, les mots qui blessent et le passage qui délaisse là, sur le carreau, l’adieu à portée de main…je comprends ce qui t’habite et la douleur qui te hante. Mais tu me laisses plantée dans la nuit, le dos aux arbres, sous les étoiles face à la terre épaisse et meuble et grasse des pluies passées. J’ai quitté la voie pour m’engager dans les sentiers, seule, et sentir, j’ai quitté la voie et les lueurs, pour décompter les heures et les maudire. Je conçois ce quelque chose qui t’habite et ce besoin de partir, je conçois l’appel des autres, du tout quitter, même nous, pour recommencer à zéro, peut être, et balayer du revers de la main, notre histoire. J’ai tout compris, dans la nuit froide, à ravir les sentiers, à  déférer la voie sous la lune, à rompre avec les lueurs qui se déposent et le vacarme qui fouille le sous sol et meurt sous nos pieds.

Je sais qu’il te faut réapprendre à aimer les autres et surtout te départir de notre médiocrité misanthrope. Je sais que tu dois faire fi de ta sensibilité pour revivre. Je m’en veux de détester le monde et de ne rien t’apporter d’autre que des rumeurs. 
Toi qui aime tant les autres, comme je dois te paraître exécrable!
J’ai semble t’il plus rien à dire. Je suis vide et la nuit m’absorbe, loin des lueurs, à l’approche du virage, à l’abri du vacarme et des tiges armées qui délitent la roche. J’ai senti le froid briser mes épaules alors que je n’avais qu’une chose en tête, marcher à tout rompre et saisir les mots de ta terre.

Réapprendre à aimer les autres, à se rapprocher d’eux, à les côtoyer simplement, ne plus avoir à subir mes assauts. Nous sommes dans notre microcosme à nous ronger les sangs, encerclées de nos lueurs, à éponger la nuit, à ranger les étoiles pour libérer le jour.

J’ai conscience que tu ne veuilles plus t’enterrer dans l’ombre et le mensonge.

Tu veux que je t’aide à partir ?

C’est ça ?

Je suis prête à te libérer la gueuse.

Faut il que je fasse le geste ingrat, le mouvement terminal, le dernier geste, celui qui abrège les souffrances, veux tu que j’étouffe les battements de ton cœur, que j’euthanasie tes sentiments, veux tu que je donne la mort à ton amour, qu’un tombeau se referme sur notre histoire, que plus aucun souffle n’envenime la flamme qui nous tenait en haleine. Tu sais, je pense à ma sœur…quand je t’écris tout ça, je pense à elle.

Je vais t’arracher la perfusion qui te retient en vie, je vais t’arracher les mots qui s’entêtent à activer ton cœur et les maintiennent dans un amour artificiel. J’ai voulu le faire des centaines de fois car je pense à ma sœur.

Des centaines de fois, partir et tout rompre.

Je veux que tu sois bien et que tu vives librement, loin de ces lueurs, du vacarme qui assourdit et de cette nuit épaisse, ouverte sur ta terre, comme un ventre rond, rond comme l'antre de Myla.

Et ton regard dans les étoiles, accroché au hasard, poursuivre, bien qu’elles te soient trop hautes, pour fuir !

Veux tu que je te fasse la courte échelle?
Promis, personne n’en saura rien, promis, et surtout pas sœur !

Veux tu que je t’aide à t’agripper au quartier de lune pour te hisser?
T’offrir l’autre côté et nous oublier.

Je raconterai une histoire à Layla, je lui dirai que quelqu’un est venu te chercher et qu’il te rapportera plus tard quand t’aura mûri comme quand nous étions petites et que notre mère nous remplissait l’imaginaire de contes et de légendes de fruits et de fragrances de vie. Comme quand nous étions petites et que nos cœurs n’avaient à battre pour personne. Comme quand nous étions petites et que notre coeur n'avait à battre que l'une pour l'autre.

   Bien à toi.

    Leila. >>
par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 28 septembre 2007

Encore une approche juste de ma complexité! S’aimer soi-même !

Me chercher, voilà des années que je me cherche, je voulais me connaître, point par point, descendre en moi le plus profondément possible, descendre, toujours descendre, arrimée à la gueuse de mon ressenti, sans me soucier de la profondeur et des risques d’aéropathie, sauter les paliers de décompression pour gagner du temps, fuir sans réserve d’oxygène vers le fond. On commence à prendre conscience de l’importance du phénomène de la respiration quand l’air vient à manquer, et ce fait, je vous le confirme après avoir flirter avec la noyade à deux reprises, involontairement bien sûr, pour celles qui m’imagineraient suicidaire. Je n’ai pas encore touché le fond et je manque déjà d’air. Cependant, il est trop tard pour remonter à la surface et refaire le plein. Je dois composer avec des résidus thoraciques pour avancer, mais là, c’est le propre de chacun de faire avec des restes pour survivre. Je ne suis pas exempte de ces subtilités humaines et j’enrage.  

Je mène ma vie comme une apnéiste de l’extrême qui part à la conquête d’elle-même en outrepassant ses limites dans le dessein de défier l’inconnu, de défier son inconnue, de devoir résoudre sa propre équation. Apprendre à mieux se connaître en transgressant les lois du vertige somatique. J’écris à m’en faire mal, à m’épuiser physiquement, à me durcir mentalement.

Caresserai-je l’espoir de voir le fond et de revoir la surface ? Peut-être ne verrai-je qu’une seule de ces deux extrémités se consumer à mon approche?

Je me raccroche à rien, je pousse mon corps, le retranche dans la souffrance, jusqu’au seuil de rupture. Je suis fascinée par le goût de l’effort, sens que je suis dure au mal et persévère. Je tente une dernière manœuvre, je regarde d’un œil désabusé le monde des animés et des inanimés, et me surprends à admettre que chaque chose se décroche un jour ou l’autre, que chaque molécule se décroche l’une de l’autre, glisse vers le fond. Le grand ordonnancement va et vient, puis chacun s’en va pour ne plus revenir. Je sens que le monde se dérobe sous mes pieds et qu’il m’est impossible de retenir qui que ce soit et quoi que ce soit. Voici, le drame de mon existence, voilà pourquoi je ne m’aime pas car je sens ma vulnérabilité et mon impuissance. Je me déteste lorsque j’ai conscience de ma résignation, de mon renoncement au combat. Jehanne, elle, n’a jamais baissé les bras, même dans le brasier de Rouen ! Il  est trop bon de céder à la tentation, il est trop bon de se laisser happer par les délices de l’errance, il est trop bon et trop facile de se départir, couler, sans retenue comme un courant d’eau qui s’effiloche, comme un remous qui se déporte, comme un voyage vers l’agonie abyssale qui s’éternise. Je vous donne une réponse, je me déteste quand je cède aux tentations, je me déteste dans ma faiblesse et dans mon effondrement. Je me déteste quand j’accepte l’idée de mourir. Je me déteste quand la nature humaine me rattrape.

 

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 27 septembre 2007

Pas grand-chose à dire ce soir, après la pluie, avant la nuit, mes derniers mots, mes dernières pensées griffonnées, à peine quelques souvenirs qui se démènent comme des forçats au profit du désordre, je l’avais dit qu’il y aurait encore du chahut. Je m’amuse silencieusement pour ne pas réveiller les autres qui dorment leur silence, je m’amuse à compter sur  le bout de mes doigts, les journées qui me séparent de la mer. Je me redresse, me renfrogne, écris une chose, toujours la même et chiffonne le reste. Bercée, presque aigrie, à peine consolée, je me balance, et m’attache à  des riens. Je compte. Un peu déçue tout de même que tout arrive si vite et que tout passe sans accrocs. Il faudra bien qu’un jour, je me fasse à l’idée de mourir. Foncièrement déçue que personne ne résiste à la Mort. Les uns disent que ça passera, d’autres disent que c’est chronique, qu’ils babillent tant que le coeur le leur permet. Je ne parviens pas à trouver les mots justes, je voudrais écrire, parler des crapauds retournés que j’ai évités sur la petite route noire, porteuses de vies du fond de la nuit et me renvoient si ridiculement l’image mystique du repos éternel. Je voudrais les décrire précisément dans leur posture débile. Dire combien de leur ventre blanc et de leurs pattes écartées, ils ressemblent à des poupons qu’on emmaillote. Seulement, je n’ai pas le courage d’en écrire davantage. Je suis toujours enfermée dans ma piaule, à tourner des feuillets raturés, à remanier sans véritable inspiration, le travail des jumelles. L’envie de profiter de tout et puis de rien. Il m’est impossible d’aller au-delà. On dirait que je m’ennuie un peu, mais, on dirait aussi, que je suis complètement à ma place. L’ennui ?  Je ne comprends pas mon entêtement à persévérer dans l’ennui. Dans mes autres nuits, j’avais toujours un œil sur elles, le regard fouillant l’obscurité en quête du moindre signe de leur souffle. Tous les jours, je craignais, je craignais qu’elles partent, je craignais qu’on s’oublie. Maintenant, je ne crains plus rien puisque nous nous sommes définitivement oubliées, puisqu’elles sont parties pour de bon, puisqu’il n’y a plus, de leur bouche, le moindre le filet d’air à capturer, puisqu’à présent, je suis seule et ne communique qu’avec des ombres et des voix qui me viennent du ciel. Puisque ainsi vont la vie et le regain des torts. 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 26 septembre 2007

<<  Le pouvoir des mots ?

Voilà une idée, une idée qui me remue et me secoue les tripes, les mots et leur contraire bien campés dans les grands tourments du monde. Heureusement pour moi, la guerre s’est tue depuis que j’ai mis fin aux abois du média famélique. La guerre ne vient plus mourir sur mes pompes et c’est tant mieux, j’ai la conscience apaisée, inexorablement tranquille. Qu’ils s’évident, toutes et tous, de leurs éclats d’obus hémorragiques, j’ai déjà le mien,  propre, dans le crâne à couver et materner de ma démence.

Mon écrit ? Je le veux novateur, poussé par un style empirique, plein d’entrain et de fébrilité sonore, s’abattant telle une déferlante de rage sur une population archi molle, engoncée dans ses charentaises, fourrée dans ses rengaines liturgiques. Je veux qu’il étripe ce quotidien sourd qui tourne comme aiguille comtoise et agite son sommeil. Peuple inerte, aguiché des show aux attractions spéculatives, flairant, reniflant les bonnes affaires et la gouleyante carrière de sa descendance;  population veule, inerte, indifférente, indéfiniment stupide dans ses propos seconds, jamais singuliers, obstinément graves ;  dense et odorante à ses heures de pointe. 

J’extrapole bien complaisamment puisque je n’ai moi-même plus tous mes repères dans ma tête bombardée, je suis bouffée de grandiloquence et de démesure, entaillée de tranchées dans lesquelles je me condense pour m’échapper du drame annoncé de l’écrivaine acariâtre que je deviens.

Je veux des paysages déroulés à l’infini qui m’usent les yeux ébahis, je veux des lieux mystérieux où le ciel touche la mer pour fusionner en un point azuré d’où s’envoleraient gauchement des poissons à plume et flotteraient mollement des oiseaux écaillés. Pas de chaluts, rien que des nourritures aseptisées et des individus malsains pour dépolluer la terre. Je suis de ces malades démunies de tout point d’ancrage qui galvaudent dans les artères des grandes cités en quête d’un point de jonction de mon délire cérébrale et de la conjugaison outrancière de mon style scabreux.

Ecrire à n’importe quel prix même les choses les plus incompressibles. Je veux seulement vous faire part, et de la manière la plus juste, de mon désordre et de mon désarroi face à la vie.

Je suis folle tout simplement d’une folie intuitive que je vous communique dans le langage le plus impur  qui soit.  

Peut être ferais je mieux de garder tout ce charabia pour moi ? Peut être ferais je mieux de me taire ?

En tout cas, depuis peu, j’ai sombré dans la drogue de vos mots et je me sens moins seule. 

Hier, le pied dans Nancy, j’ai senti son pavé blanc et granuleux battre sous ma semelle, j’ai regardé sa lune figée tout là haut par-dessus ses lueurs déclinantes et le frémissement de son tram. Je l'ai sentie s'ébattre dans mon coeur.

-         Chère Nancy, que j’aime éperdument, un jour, me rendras tu ma sœur ?

 

Bien à vous

 

Leila. >>

 

par Ines de Saint Lambert
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Mardi 25 septembre 2007

Il m’arrive encore de chercher dans le cœur et le regard des autres une part infime des jumelles Il m’arrive encore de croire les apercevoir au coin d’une rue, alors que je flemmarde, détachée du monde, le cerveau apaisé, la tête ailleurs. Il m’arrive encore de tomber à l’improviste sur un regard de glace qui me rappelle le leur et m’accrocher à lui jusqu’à la perdition, c’est dire que je les ai au fond de moi, qu’elles me suivent partout et piétinent mes sens. Je les cherche dans chaque plissure de ma peau, dans chaque encoignure de ma conscience car je sais qu’elles sont là quelque part à m’attendre, dans un sentier paumé, au cœur de Nancy, sous un porche ou dans l’eau tumultueuse d’un océan quelconque J’accours, je pressens, je surprends, je scrute, j’interpelle, me trompe, m’excuse et reprends ma course folle dans les rues de mon délire. Je me sens seule sans elles.

 

 

 <<  De bouleversements d’âme aux nocturnes cafards, puis méditer sur les mots pour ne plus les écrire, et perdre du temps à barbouiller de plume ma fantasque mémoire…se servir du langage aux délices de la cause et d’un style estropié pour répandre la chose! Que faire quand l’âme vous quitte? Dans tous les cas qui recèlent une part de ma souffrance, je me taille dans le vif du sujet une veine attribut.

C’est décidé,  je m’embrouille pour ne plus m’en sortir, et courir la vergogne au carrefour des tumultes, les rues sont cadenassées, la pluie  dévalent mes trottoirs, je piétine et me garde de m’en lasser, je cherche malgré tout à m’asseoir sur un banc et repenser comme suit l’instrument de ma raison : fermer les yeux puis me laisser couler, rebrousser chemin jusqu’à l’originel et me planter, dans le plus profond du cœur, l’opprobre de mon baptême puisqu’il n’y  a plus aucune religion dans ma champ de vision qui vaille et ne voue désormais plus qu’une foi libidineuse au culte, aux saints martyrs, à Jeanne.

A toi…ma chère Jeanne!

Eloignée des chasubles, je me suis encanaillée. Je cherche encore le mot qui représentera au plus juste ma névrose que j’envisage d’immiscer dans notre peuplade soumise aux lois des tendances dont je me fous bien éperdument. Juste m’asseoir le temps d’une brise, le temps d’une baise avec Marie Madeleine dans le ventre glauque du Saint Sépulcre.

Il ne fallait pas me filer les armes – je suis dangereuse - et voilà que j’écume les rues en état de démence, la lame au sein…non Jeanne, ce n’est pas ta faute, c’est désormais la mienne, c’est ma très grande faute !

Il n’y a plus de style dans ma tête, plus de souffle dans ma plume, plus d’écrit dans mon sang, le rêve est saccagé, pourtant j’en saignais menstruellement d’envie, mais tout a disparu, en cette sombre fin d’année, je me consume pour rien, je constate encore que le temps me fait défaut, que les journées sont longues à étrier, et que la mer est loin. Je suis fille de << l’insoluble légèreté de mon mal-être, je rage d’instabilité et dérange d’incivilités!>> C’est aussi me tordre de douleur comme m’en foutre distinctement. Il n’y a plus de juste milieu dans cette histoire d’existence, j’aimerais tant m’endormir sans plus avoir à me soucier du temps qui me précipite au fond de l’entonnoir, j’ai la flemme de vivre, le courage amoindri, même désolidarisée de ma carcasse, je vocifère  et tressaute encore…je suis si seule et si peu solidaire dans cette quotidienneté qui m’aspire à chambrer les étoiles et soustraire à la lune une bonne nuit d’utopies, avec elle peut être pas…sans elle, assurément…mais que veux je à la fin ? Le feu dans l’âme ?

 

    Leila.>>

 

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 22 septembre 2007

<< Leila,

   Tu as cette force avec les mots…qui font que lorsque je te lis…je me sens étrangement éprise par la profondeur de tes sentiments. Nous connaître, mais nous ne le pouvons entièrement, bien que tu sois de la même chair et du même sang que moi…c’est l’histoire de la vie, de la nôtre! Celle qui nous fera découvrir un jour, qui nous sommes vraiment ! Pourquoi, nous deux au fond d’un ventre…pourquoi nous deux, si seules, au fond d’un monde ? Pourquoi notre mère, n’a t’elle jamais rien su nous dire de ce mystère originel? Pourquoi s’est elle réfugiée dans une tombe pour plus avoir à nous répondre. Certes, nous en connaissons quelques aspects, irréguliers, circonspects, des circonvolutions, des imperfections, des balises…mais tout est perpétuelle mouvance et file entre nos doigts comme le sable et le temps se défient de nos joies. La fuite, la maudite fuite qui t’obsède et le partir qui te ronge. A chacune son choléra, sa maladie qui rogne, à chacune sa gangrène, son tourment qui lorgne.

Lorsque l’appel de la mer t’amène dans ses tréfonds…que tu y plonges aveuglément pour retrouver peut être l’instant utérin ou le remous amniotique synonyme  de paix, d’asile, d’exil. Et encore!
Cette mer a le sens des grandeurs, des profondeurs et tu le sais, tu en joues, avec les unes avec les autres avec toi-même…cet océan que tu contiens dans ton ventre comme notre chère mère nous a contenues, qui te fouette, te brise, te coupe du monde afin que nous autres, ne puissions plus remonter à ta surface…sentir cette force, cette puissance tempétueuse soulever tes côtes, les assaillir, les meurtrir comme la pique christique en son flanc. Et nous permettre de nous ouvrir le crâne contre l’audace de ta mission et de nous prétendre du reflux de son sang.

 

Bien à toi.

 

 Layla, ta soeur instable>>

par Ines de Saint Lambert
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