Chère Emma,
Par la présente et par mes nerfs en pelote, je vais tenter, je dis bien - tenter - dans un style qui m’est propre et du fond de ma cuvette, d' apporter une réponse à tes lignes.
Pas de guerres ici, pas de Morts, pas de fours à crémation, pas de déportations, pas de famine ni d’ossements en perdition, pas de typhus, pas d’expérimentations suspectes du docteur Mengele, pour reprendre ton Trop plein d’horreur tapageur, rien, le calme plat et pourtant, ma tête a ses soucis qui ne décolèrent point et me déconsidèrent au plus bas degré comme un déchet nocif. Le cœur palpite, ne m’en veux pas, j’ai le métronome emballé de molécules qui agitent, et le bout du souffle coupé court, à ras en hommage aux femmes tondues par la lie du peuple français dont j’ai honte d’être le continuité et par le crépitement de mes idées noires qui fusent en rafale.
Au fond, je les emmerde !
Emma, sais-tu que la divinité crucifiée, dans mes élans de mixité mystique m’avait promis la blancheur des cimes, aujourd’hui, elle me rabroue dans l’encoignure de ma piaule à pianoter mes forfaits. Foutue espoir, inconcevable isolement, satanée prière… christique douleur qui me congédie au cloître, à porter le cilice autour de la vulve comme une catherinette porterait crânement le diadème au sommet de son front. J’ai toujours exécré ces bondieuseries même quand j’étais assez sotte et vénale pour daigner négocier mon corps au diocèse.
S’il te plaît Emma, redescends moi de mon piédestal, je n’ai rien à foutre tout là haut, l’air y est trop frais, d’ailleurs je n’en retire qu'un engorgement des méninges et un ravinement des sinus.
Dévale moi au plus bas parce que je suis maudite.
Et puis, si tu savais comme je m’écrase dans le système, si tu me voyais fermer ma gueule, marcher au pas, m’astreindre, me résigner, me plier aux règles, sincèrement, tu serais déçue à mourir. Je ne veux pas que tu rajoutes mon assujettissement à ta désillusion. Aucune personnalité, aucun sens, je tremble dès qu’on hausse le ton, je me rentre au bercail dès que résonne le moindre impact d'impétuosités. J’ai peur, j’hoquette, je suis l’incarnation même de l’anti-héroïne. Je fuis, je me retranche dans les terres chargées de ma Meuse oblongue d’éclats de larmes et de cœurs oubliés de la grande guerre.
Une lettre merde, sinon rien !
Faut il s’arracher autant pour arriver à rien ?
Voilà de bien vaines arguties et élucubrations dignes du plus fin des stratèges militaires pour en arriver à rien, pour arriver là, au pied de mon indigne vie, à me remettre en question comme une hérétique parce que je n’ai jamais su faire les bons choix, parce que je n’ai jamais su m’affirmer en tant que telle, parce que je n’ai jamais su dire non, parce que j’ai toujours eu les foies d’offenser et de contrarier les autres. Je me suis juste oubliée dans mon développement durable et personnel. Le pire est que j’ai, planté au fond du crâne, le sentiment d’avoir les mots, or, il n’en est rien.
Tes lettres, elles sont vicieuses !
Vicieuses parce que je me mens de tout mon être. Mes lettres empestent le mensonge, l’excrément chaud du ventre tiède, la fétidité de mon ajournement dans les rues de Camille.
Toi, seule, peux comprendre cette volonté abrutie de vouloir à tout prix et au moindre coût s’extraire d’un corps qui n’est pas le sien. Le bistouri m’effraie plus que le verbe et le résultat n’en est pas moins troublant. Je marche résillée et constipée dans un écrit ecclésiastique. J’apostrophe le monde, il m’enjoint de la fermer ; dans un sens, il a raison, dans un autre, je l’emmerde ! Je suis insane et insensée, absurde et délurée. Je ne mérite même pas d’être lue. A ta lecture, je me vermifugie les vers du nez. Cela n’a, certes, pas de sens et pourtant je me sens déglutie comme une mort aux rats dans les viscères de chacun par le processus proxénète de la lecture. D’égouts en vieux greniers, je ronge le frein de mon silence, la bête au poil hérissé gris, à l’œil noir que je suis, se corrompt au principe même de ma propre écriture.
Je rampe donc je suis.
Je suis la vermine.
To Emma, je secoue ma mémoire pour tenter de répondre au plus juste à tes mots si forts mais je n’y parviens pas...J' échoue, encore comme jadis, dans les bras de ma blanche Nancy.
Anne, chère Anne, au moins, s’il te plaît, pour elle et pour la noblesse de votre échange, reviens lui ! Elle se morfond de ton absence.
Bien à toi.