Dimanche 18 novembre 2007

Je crois qu'en fait c’est tout simplement cette phobie de la Mort qui me décroche de la vie puisque je la tiens pour responsable de la plus infondée de mes craintes. J’exhume mes douleurs ensevelies pour éviter de basculer dans la précipitation de l’absolument devenir ; le but étant de retarder l’appel et d’oublier l’heure du départ. Je m'accroche comme une damnée à des fresques cérébrales et à cette satanée mélancolie. Je sais combien l’univers dans lequel je végète est étouffant et morbide, et combien, il peut semer le trouble dans les esprits égarés, enclin à la liquéfaction. Je refuse que vous vous intoxiquiez à ma lecture, je veux partager, vivre et sentir le trépas me glisser sur la peau et m’échapper pour de bon. Je ne veux rien imposer à personne, je m’efforce seulement de montrer le sens contraire que je n’ai su donner à ma chienne de vie. 

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (8)    créer un trackback recommander
Mercredi 14 novembre 2007

Je vous parle trop de moi, mais Leila et Layla, de mes chères jumelles, qu'en est il ?
J’ai toujours les feuillets de Leila sous les yeux, je revis nos heures déchues, à courir la route et nos lieux symboliques. Nous appelions cela notre art de vivre à rebours. Nous allions souvent, toutes les trois,  nous recueillir sur les terres de souffrance de notre chère lorraine, nous allions silencieuses, jusqu’au bord de la nuit, jusqu’à la fin du jour, investir le souvenir des charniers déposés par la Grande Guerre. Leila errait entre la pierre et le barbelé, entre les blockhaus et les casemates, et courrait les ombres capotées, casquées, supplantées dans son imaginaire par des lambeaux de brume, entendait les plaintes régurgitées des coteaux, respirait les gaz meurtriers, s’imaginant sommée de boire de l’urine comme Raynal et son pigeon l’ont fait pour étancher leur soif de vivre dans le mouroir du fort de Vaux.

 

                  <<Nous tenons toujours, mais, subissons une attaque par le gaz et les fumées très dangereuses. Il y a urgence à nous dégager.>>

 

Et ces dernières lignes du commandant lui tournaient en boucle comme une chair à canon lorsqu’elle s’enfonçait dans l’ombre et la moiteur infectieuse des boyaux endormis de notre tendre Meuse. Tout lui rappelait sa vie et sa propre souffrance, celle qu’elle taisait et n’évoquait qu’à l’écrit. Elle collait presque son oreille à la boue dans l'espoir de capturer le piétinement des grandes manœuvres et les ruades, grouillantes, des assauts portés à l’ennemi, pour saisir le glas de la rencontre impromptue du fer et la chair, de la terre et du sang. Leila, sous la brune, investie de la guerre, avançait fièrement la baïonnette à la plume. Elle imposa l’écrit, ci-après, au curé pour qu’il l’inclue anonymement dans sa messe blanche en l’honneur des soldats morts pour satisfaire la nature belliqueuse et bestiale de son prochain. Elle voulait par ses mots rentrer en communion avec les veuves, les mères, les sœurs orphelines et toucher les cœurs maternels de l’assistance pour donner à voir. 

statue1-copie-1.JPG


C’était Leila au quotidien, inattendue dans ses démarches.

Le curé céda et salua son entêtement par la lecture de ses lignes écrites à l’aube de ses seize ans, que voici :

     



<< O pauvre Madone,

 

Ce soir, ton visage, jadis appesanti, colère,

Tes souvenirs maternels divaguent,

Le fruit d’une de tes procréatrices danses éphémères,

Quittera ton giron pour une dague.

 

Il en part, il en vient,

Du tout et du rien.

Il en part, il en vient,

Du mal et du Bien.

 

Ce soir, à l’ombre de ton bambin taciturne,

Ton cœur tressaillant, palpite d’angoisses.

Au loin, de son épais mur, une turne

Prolonge d’un instant encore, cette poisse.

 

Il en boit, il en crache,

De vils ordres et du sang.

Il en boit, il en crache

Des souvenirs, l’exquis enfant.

Ce soir, abasourdie de plaintes et de cris,

Ta pauvre âme emmitouflée de pleurs gémit.

Le ciel ? Ce rustre, ce  bougre, ce vil inquisiteur, comme un vieux poil, grisonne.

La guerre ? Vengeresse, pécheresse, funeste, bourdonne.

 

O pauvre Madone !

Ton fils est là, où

Le canon tonne.

 

O pauvre Madone !

Pour toi, vous et nous

Son cœur, de sang, gorgé, il donne.

 

Et là, dans le grand  dérèglement du monde,

Sans teneurs, ni raisons

Au mugissement du clairon, l’assaut fut donné.

Des ombres transies se dressèrent et sortirent de la boue,

Serrant larmes et l’arme comme mères et dulcinées,

Ils foncèrent à la Mort en dépit de vous.

 

Il en partit des soldats fiers et frais de porter crânement les couleurs de leur patrie.

Dieu sait qu’ils en rapatrièrent des amputés ;

Jambes, bras coupés, têtes envahies de folie, jusqu’au sortir de leurs vieux jours,

Tourmentés,

Assaillis du bombardement des canons, et perdre tout, des délices de l’amour.

Dieu sait que les états alignèrent et gonflèrent des torses glabres et remontés.

Et bon nombre ne revint jamais baiser,

Ne serait ce qu’une dernière fois,

Le front de leur fratrie.

 

O pauvre Madone !

Hier ton fils était là où,

La poudre détonne.

 

Aujourd’hui, O pauvre Madone !

Des mères, tu aurais pu être la plus heureuse,

Car ton fils, est auprès de toi, enfin détendu, apaisé, mais l’airain sonne. >>

 

Leila.

 
Crane.jpg 

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (12)    créer un trackback recommander
Samedi 10 novembre 2007

Nancy, je ne t’écris plus, je te vis, à distance, si loin de toi, je te lis, dans mes vieux classeurs, mes écrits, je revisite tes rues, mes amies, ces ballades interminables le long de ton eau noire. J’aimerais revoir tes vitrines, tes guirlandes, tes gros chocolats envoûtants sous leur papier doré qui crépite quand on les touche. Il ne me reste rien ou tellement peu de choses de toi, ces lignes d’encre pénibles à digérer, dans tes rues où  je ne mangeais plus et tournais  à m’évanouir dans tes rayons de livres. Je buvais des alcools faits maison pour me donner du courage calorifique et tituber indécemment , plus doux et sucrés que tes aromates de cantinière, avec d’autres érudits à discuter de littérature, forcément, et de notre place à prendre, sur le tard. 
Il y a toujours eu un vide dans ma tête, toujours une place vacante impossible à occuper. 
Il y a toujours eu ce creux entre mes reins à combler. 
J’étais étudiante, échouée entre tes bras, par passion, nullement par ambition. Je n’ai jamais eu d’omissions. J’ai chuté dans tes rues parce que je suis tombée amoureuse de toi. Seulement, on ne tombe pas amoureuse d’une ville, toute tentaculaire soit elle et m’enserre et me tienne toujours à bras-le-corps. Je te sens là, jusque dans mon petit village, calé entre ses monts terreux. Je te sens loin, de mon clocher, prostrée dans ma maison verrouillée de sa dette. Dieu sait que tes rues se prêtent aux plus beaux récits, je n’ai jamais su t’écrire, je n’ai jamais su te dire tout ce que j’avais sur le cœur, crevé par un canif. 
Mais se relever Dolorès, toujours se relever

Photo-111.jpg

Je suis partie comme une voleuse, l’articulation reboutée par l’illustre plasticien. Les agrafes, alignées, comme des traverses de chemin de fer où reposaient les rails qui m’ont conduite à toi. Tiens, me revient le souvenir de cette alsacienne que j’ai abandonnée sur les quais strasbourgeois, pour toujours. Oui j’ai perdu, parsemé des cœurs à jamais parce que maladroite, engoncée dans mon imposture, j’étais incapable de les récupérer. Je t’ai plaquée sur les bancs de la fac, déterminée à mettre un terme à notre amour. 
Je n’ai jamais su écrire. Les autres le font mieux que moi et je suis jalouse de leur talent que je repousse,  mais tu t’en moques, tu parades, tu défiles et tu chaloupes comme un mannequin filiforme pour qu’ils te louent, te vénèrent, élèvent au plus haut rang tes courbes florifères. J’ai traversé tes rues et suis passée au travers de toi. On ne roule même plus sur tes pavés, on t’effleure, on te caresse avec diligence du bout du pied. J’oublie des choses, des instants se perdent dans ma mémoire. T’es même plus là pour me les rappeler. 
Me rappeler à l’ordre, me rappeler à l’autre. 
Je revois le sapin dans le hall de la cité, débarquer à dos d’homme, un homme accoutré de son bleu de travail, accoutumé du devoir accompli. Je n’ai jamais senti chez moi cette satisfaction du service rendu. J’ai le souvenir de ce sapin emmailloté dans un bas de résille polyamide, et posé là presque tombé du ciel comme l’enfant Jésus dans sa crèche. Tant pis pour le symbole. L’écriture est un trou aux parois de laquelle on se cogne négligemment le crâne sans résonance aucune. Je n’échappe pas à cette règle gravitaire. A l’approche du fond, le cœur palpite mais n’enraye en rien la chute, aussi douce soit elle.  Ecrire est un heurt, un choc brutal avec les autres. Je réinvente, je colmate, je ronge le langage, abandonne l’échange au profit de l’échéance. 
Je n’écris pas, je n’écris plus. 
Je convulse, la tête dans le sol, un genou à terre, mais prête à me relever Dolorès, prête à prendre les armes, à fouiller ma conscience pour démolir le mur qui me scinde en deux. Nancy, je te crie, je te hurle du fond de mes tripes. 
Nancy, tu es partie en même temps que ma mère. Mais qu’aviez vous donc, toutes les deux, à vous dire pour me laisser croupir là, au fond de ma cuvette?

Bien à toi chère ville de mon coeur.

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (14)    créer un trackback recommander
Jeudi 8 novembre 2007

Je suis certaine, j’ai déjà dû t’écrire il y a longtemps, je ne sais où, je ne sais quand, cet échange me dit quelque chose, dans une vie antérieure, peut être et sûrement. Je vais chercher dans mes vieux feuillets un semblant de correspondance avec toi. Tes mots vont me  permettre de parler un peu de moi et du mal qui m’agite. L’aborder sans m’y engouffrer.
J’ai le plein âge du Christ en croix. 
J’ai une peur panique de mourir et d’approcher tout ce qui touche à
la fin. 
Mes relations avec les autres sont faussées car je joue et sur joue des rôles qui ne me sont pas franchement appropriés mais indéniablement destructeurs. Je ne vois le monde qu’au travers du prisme de mon mal être. Je suis dans la totale incapacité de trouver ma place dans la société. Les autres me font si peur que je passe le plus clair de mon temps à les fuir, à les contourner jusqu’à les décevoir, et qui pis est pour des choses anodines et insignifiantes.  J’exècre la quotidienneté et les impératifs de la vie. J’ai déformé mon corps pour fondre ma vraie nature dans ma masse et tenter de l’étouffer. J’ai cherché à changer d’apparence pour repartir à zéro parce que j’ai le sentiment d’avoir pris un mauvais départ. Pour moi, l’idée est de trouver la solution qui me permettra de recommencer depuis le début. De trouver le stratagème qui m’octroiera une nouvelle naissance. Peut être, par la même, trouver la faille dans le grand ordonnancement du  monde qui m’offrira de contrôler ma vie et de déjouer ma Mort programmée. J’ai bu des alcools doux puis des forts, je me suis goinfrée d’aliments lourds pour colmater ce vide, j’ai fini par chercher à combattre ce vide par le vide pour assécher  ce corps devenu trop pesant, trop lourd à déplacer, trop lourd à regarder! J’y suis parvenue par l’obsession de l’abstinence et la dépense physique. Dépense physique qui s’est vite avérée une véritable drogue du kilomètre et de la distance, des lieux démesurés difficiles à dompter.  Le corps s’est vidé, gonflé puis creusé au prix de l’effort, il en a subi les lourdes conséquences,  il a fallu jouer du bistouri pour qu’il reparte de plus belles. Insatiable faim de la douleur physique et des grands espaces. J’avais presque trouvé l’équilibre mais il y a eu de nouveau la rechute et la blessure. De la rechute à la renaissance, il y a l’obsession de tout rompre, tout arrêter, de remplir indéfiniment ce vide jusqu’à vomir. Mais je ne sais pas vomir, je ne sais vomir que par les pores de ma peau. Insatiable envie d’aller toujours plus loin, d’aller toujours plus haut. Et la bouffe en permanence pour me marteler le cerveau et les tripes. La bouffe en permanence qui cherche à saccager ce corps. Et la course aux kilomètres pour équilibrer l’ensemble, la course à la distance, aux reliefs des plus accidentés, aux montagnes, à la mer, de la terre aux cailloux, des cailloux à l’eau fraîche et tumultueuse, il me faut gravir, sans cesse, sans cesse, ne jamais arrêter au risque de sombrer définitivement. Je ne suis pas pleinement anorexique, je ne suis pas irrémédiablement boulimique, je ne contrôle pas mes états mais les gère au mieux, je passe d’un extrême à l’autre sans parvenir à tomber dans l’irréversible continuité de l’un ou de l’autre. Assurément, il y a un sérieux désordre dans ma tête. Je parviens à tenir en équilibre par l’écrit et la dépense physique, c’est bien là mon unique thérapie. Qui engendre l’une, qui découle de l’autre ? Je n’en sais rien. Je me bats en permanence, que ce soit dans mes mots ou dans les rochers, sous un soleil de plomb, dans les rafales de vent ou les pieds dans la neige, je me bats et ne me sens libre que dans la souffrance et l’effort. 
Se remplir jusqu’à souffrir quand l’estomac est blindé, qu’il tire et qu’il brûle comme un  ventre tendu par l’enfant que l’on porte et éliminer par l’outrance physique, ou s’abstenir jusqu’à souffrir, écrire dans la souffrance, me dépenser de douleurs. Voilà ma vie. Je ne suis pas une artiste…je suis une funambule qui marche sur un fil, d’un côté l’écrit, de l’autre la dépense physique. Je compose, je compense, j’équilibre, je déborde, je risque la chute, je la provoque, la cherche, puis me retiens, me remets en piste, et glisse à nouveau sur le fil. L’origine de mon mal ? Forcément des rapports douteux dans une initiation sexuelle corrompue. Une mère touchée dans son corps et son esprit par la maladie. Un père obligé de se battre pour subvenir aux besoins d’un foyer en perdition. Je ne me plains pas car je pense avoir passé une des plus belles enfances qui soient, seulement, tous mes repères ont été chamboulés. Je ne regrette rien, je fais avec ce corps imbécile et investi par le mépris. Je vis le tiraillement, l’angoisse et la folie. 
Tes lignes m'ont touchée, voici les lignes écrites à l'abandon!

Bien à toi.

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (10)    créer un trackback recommander
Lundi 5 novembre 2007

                                              Je lis, j’écris, j’écoute, et toujours ailleurs où tout bouge, où tout flambe des consciences et des quartiers chauds qui tapissent les murs de ma mémoire d'adolescente chagrinée. Je demeure silencieuse, je ne dis rien de ma vraie nature. Obsédée du politiquement correct, du toujours propre sur moi pour ne point décevoir parents qu'il me reste et amies qui m'estiment. Formatée par les codes de bienséance d’une éducation étriquée et tirée à quatre épingles, je m'étiole et m'atomise. Je veux faire, au couteau, bonne figure et me décape au brûlot de mes impropres élans citoyens. Je me dégoûte de mes actes civiques et de mes crises identitaires et génétiques. Je ne dis rien de ce qui me bout, de ce qui rebute mon émoi, je boute, j’hypocrise hors de moi,  sur ma vraie nature quand je dis - s’il vous plaît-merci. Je refoule, je m’étouffe au cou, je me presse à la glotte, m’astreins à corrompre de la convenance au mutisme, me retiens de sanglots, de rots, de vomissements, de glaires, de crachats et rachats pituitaires sur le cuir enduits des passants. Je ne dis rien de la violence qui m’anime et du ragoût qui me mijote. Des voix s’échappent et me  blessent et me chopent des rues qui brûlent et me frôlent dans mon incontinence dialectique, et méritent la prévenance de mon indélicatesse carthartique. J’ai autre chose à raconter que l’écume des vagues et le sillon des eaux salées qui acheminent des bateaux chargés de polluants alter mondialistes vers des côtes affamées. Je dévale le long du ventre mou des vitrines, à relècher la rue saint Jean, à laver les affronts, à secouer les consciences pour amener au désordre, à repousser l’achat et la consommation qui dessèchent le compte courant qui trime à la chaîne. La vie flambe, les médias, les écoles nous lobotomisent. Mes doigts tremblent d’inécriture, je ne transcris pas, je me transis de loyauté, je bafouille, je marmonne, je cafouille. Je réclame l’incendie dans les consciences comme dans les livres que nous mésapprennent facs et lycées, des salles au profs de conférences métissés, aux prodigieux élèves bavards de société. 

 100-7834.JPG

                                                Mais qu’est ce qui nous génère, qu’est ce qui nous pousse de la docilité au civisme précaire? Mais qu’est ce qui m’hypnotise encore à dire Amen ? J’ai peur car je suis devenue comme tout le monde, folle à allumer ma télé les matins de farniente, folle à me presser, comme une orange, dans l'isoloir, le peu de convictions sauves, qu'il me reste. Ils ont violé ma liberté, séquestré mon cerveau, je ne m’appartiens plus. Je suis asservie et vouée à servir mon pays au péril de ma vie. J’alimente la machine qui me broie les os, qui me rompt l’échine, qui me fouille les boyaux jusqu'à l'apoplexie. J’ai forniqué avec ma tortionnaire sur le fil du tranchoir. Tout cela sent mauvais les réveillons et les fêtes créponnes où l’on mastique du pâté de foie et de la terrine de canard tartinés sur du pain blanc préfabriqué.

    Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (15)    créer un trackback recommander
Vendredi 2 novembre 2007

 100-0265.JPG 

                                       Rencontre atypique avec une cordée de volatiles silencieux, au bord de mon eau calme et câline sous un ciel plat de soleil et dépourvu de bruine. Sur fond de solitude, immergée à la source de mes écrits, je me décollette d’embruns, me prépare à paraître telle que je ne serai jamais, à la source de mes rêveries fusionnelles. Je me destine succinctement à corrompre les sensations étranges de rejets et d’équilibre dans une livrée d’emprunt. La mer et l’eau salée et sa rangée d’oiseaux accrochée à la roche de la migration. Je souhaiterais de tout cœur, leur donner l’envol afin qu’ils me destinent des lignes pleines et déliées, de racontars de vie et de modèles de récits truffés de cris que je plagierais sans vergogne. Mais que dalle à la nique des marées. La mer, à flanc de coteaux, furtive, de vagues et d'horizons flottant, appareillée du ressac au mont des dunes, portée de loin en loin aux yeux des générations transies des rumeurs assassines et déflagrations kamikazes. Je voudrais tant passer le relais à l’inconnu et m’enorgueillir de ne plus rien ressentir à l’évocation de mon trépas. Plus d’erres, épousées par le sable et désincrustées pas le vent qui se gonfle et se dégonfle en vain. Plus d’écrit, plus de fardeau à porter, plus de clous à me glisser dans la face charnue de mes poignets pour me suspendre à la planche expiatoire du divin. Je ne veux plus voir, au-delà des cargos se profiler la promesse de l’écrit gémellaire et sentir au retour des matelots, les trépidations sourdes de l’œuvre détraquée de mon Autre. Eteindre les haleines chargées d’alcool et la vue de ces commissures ridées de cépages des vieux loups des mers aux mains poisseuses et poissonneuses me forçant à décrire leur attitude penaude. Je me projette à l’instar d’une mare à la mer, respire à mon tour, à la bouche de cette incohésion moléculaire de moiteurs et de senteurs, de jus d’effluves et de rancunes. Je suis venue rendre Myla à la mer et non écrire.

 

-         Fuie donc crasseux équipage ! Taisez vous remous jacasseurs ! Je n’ai plus de temps à vous consacrer, je n’ai que l’écoulement de mes larmes et l’amertume de mes veines à partager avec l'élue de mon cœur.

 

Rien n’y fait, je ne parviens pas à me défaire de l’image de cette foutue rangée de piafs déféquant, à même les rochers, comme je me purge, à même le monde, de mes lignes filiformes, déshonorées des assauts séculaires de ma dépravation d’âme. Je suis vraiment inconsistante et malheureuse de la marche péridurale de mes infamies. J’accouche sous cellophane d’un écrit insipide et me targue d’être libre alors qu’il n’en est rien.

 
Bien à vous

 

 

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (6)    créer un trackback recommander
Mercredi 31 octobre 2007

  

100-0356.JPG


                                               Voilà, il me fallait bien rentrer un jour, je n’ai pas choisi l’heure, je n’ai pas choisi l’instant, j’ai juste dit stop et fait demi tour. J’ai coupé court à la mer après une dernière inscription sur la plage et un dernier baiser porté aux vagues. Il y avait le bleu infini, la  ligne imaginaire que l’on appelle -horizon - le sable croustillant  sous le pas calin, les falaises et la côte, et à l'autre bout de nos yeux fripés, traînant le faste de son royaume,  la Grande Cousine Bretonne aux dents étonnamment blanches. Je garde trop de choses que je ne parviens pas à décliner. J’aurais aimé tout énumérer, des bateaux massifs aux coteaux onduleux, des sentiers perchés, aux petits hameaux nichés entre le galbe des collines et les crêtes des cités. J’en ai le souffle coupé tellement les mots me manquent. Ma tête est remplie de terrils, de corons et de vagues…et je n’ai presque rien à dire. Le nord de long en large pour finir par battre la pavé de la grand place d’Arras à déguster des pâtisseries enroulées et chargées de sucre qu’ils surnomment des drops. Je me suis emmurée de briques rouges, de façades blanches surplombant des portions de falaise, j’ai aligné les mâtures et entassé le gréement dans ma mémoire de lorraine expatriée, aligné les quais, dévisagé les pêcheurs, les filant même la nuit jusque dans leurs sentiers cyclables, et humé des seaux  de moules, à en pâlir d’envie, remontés en bordure et lavées par des gamins habiles et dégoulinant de rires. J’ai vu les enfants et les anciens vivre du large. J’ai vu, mais il me manque les mots. Je dois à nouveau voyager dans mes livres et forger au soufflet du savoir la lame du vocable. Mes valises se défont, j’ai du sable dans les bottines et de l’iode dans les poumons. J’ai vu le soleil tomber dans l’eau sans s’octroyer le moindre remous. J’étais tout là haut, rivée à ces images d’immensité, arrimée au nez du mont d’Hubert, entre les deux caps. Je n’ai pas tout compris, je n’ai pas tout regardé car trop à voir. J’ai le souvenir de la petite place de Marquise en effervescence, la porte du bar ouverte sur la rue et des faces boucanées de tempêtes à enquiller des pintes. Je garde le souvenir de cette intimité fourmillante de monde et grouillant du Nord. Difficile de s’en défaire, difficile de rompre avec les lieux, difficile d’imaginer que la vie existe autrement, sous une autre forme et qu’il me faut rentrer chez moi dans mon petit village où m’attend la fumée de ma cheminée. J’avais au bout de mon nez rougi, l’image du triptyque d’antan – curé, instituteur et maire – entourés de leur campagne toute dévouée à l’évènement dominical. Je sais qu’il me faudra du temps pour tout décortiquer, je sais qu’il me faudra du temps pour faire un véritable tri sain et serein. Je reviendrai sur tous ces détails ingérés, sur vos écrits effleurés quand je serai parvenue à faire le vide et renouer avec mon quotidien. 

J’ai vraiment la tête ailleurs et ce soir.

Nancy m’a ouvert ses artères pour me laver l'air marin de son sang.

La mer s’est retirée en emportant Myla-Jehanne. Je savais qu’elle allait me la reprendre et qu’il me faudrait patienter encore, que la réalité, loin de mes rêves se payait  mon imaginaire scabreux. Tant pis ! Mais les mots, l’écrit, il me faut les conduire jusqu’à terme et peu m’importe le sable…il me faut écrire encore contre vents et marées. Que rien ne s’arrête mais continue,  car tout commence seulement! Je sais, le cœur que j’ai laissé  dans l’eau du Nord et que je me dois, tantôt, d’aller quérir pour lui transmettre le battement.

       Bien à vous.
par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (7)    créer un trackback recommander
Vendredi 19 octobre 2007

 

Hier j’avais les deux pieds dans ma ville, Nancy, ma chère Nancy et sa place Stanislas aux reflets irisés…je prenais juste assez d’élan et part à sa lumière pour rejoindre mon autre ville, adoptive celle-ci, Arras et sa place du Beffroi aux reflets pailletés, le regard rivé vers le fond des mines et le fond du grêle intestin des douves. Première escale avant Escalles pour finir par me nicher au sein de Marquise. 
Je vous raconterai, promis, juré, puisque je pars. Ca me trottait, ça germait en moi, ma tête était pleine de germinations et de Germinal. La mer, le sable, le vent, ça me trottait, ça me soufflait dans les bronches et ce foutu corps qui n’a de cesse de réclamer son lot d’iode et d’eau. 
Qui n’a de cesse de faire tournoyer son sort devant tant d’iode et d’eau. 
Je me vois déjà en train d’attraper les gros rouleaux qui vont et viennent de Grande Bretagne et tenter à grands mouvements de tourniquets de les renvoyer chez eux comme une gamine qui boute hors de France l’ogresse porteuse de bateaux et de cargaisons de charbon. Dire que je la sens déjà me tendre la main cette mer frissonnante et balayée des premiers frimas. Dire que j’ai failli renoncer à l’effort. L’effort soutenu et long de sa durée, par faiblesse, par lâcheté, par naïveté, parce que le quotidien m'a réclamé des comptes. 
Nancy-Arras ! Arras-Boulogne ! Boulogne-Calais-Escalles-Marquise ! 
Et s’époumoner, la foulée caressant le sable fin des plages kilométriques du Nord. Gravir, descendre les dunes, s’offrir la démesure des falaises tranchées à fleur de Big et de Bang. Le soleil suspendu entre les deux caps comme un pendule qui hypnotise. Se sortir la souffrance de la tête, se sortir la tête de l’eau et progresser à l’instar des troupes de Jeanne sur le promontoire des terres ennemies. A toi Myla, de me montrer la marcher à suivre, la voie d’eau qui me conduira jusqu’à Marquise. A toi de me tendre la bannière vers laquelle j'emboîterai le pas résigné!

La Manche?


                                          100-0250.JPG

Si vous saviez comme elle m’attend lorsque je l’informe de ma visite et comme moi, je suis impatiente de venir à sa rencontre. Il faut nous voir toutes les deux, fébriles et trépignantes, poussant, hurlant des cris psychiatriques. Un professeur graphique devrait recenser nos palpitations pour mesurer notre excitation commune et l’étudier dans ses labos, peut être qu’il en apprendrait beaucoup sur les arcanes  de la conception du monde. Il faut voir comme elle m’ouvre les bras lorsque j’aborde le sable, le pied, déjà humide et incrusté de particules. Il le faut, il le faut, il le faut contre vents et marées ! Dimanche, la marée haute est prévue à 8 heures 15 et je serai sur le sable d’Escalles à la raccompagner dans son alcôve épousée d’embruns. Il paraît qu’il y a de l’opale sur la côte qui brille de mille feux quand le soleil arrose les falaises. Là bas, de frêles demeures vous invitent et vous tendent des sourires qui n’en finissent plus de vous ravir les sens. Je vous envie de vivre, perchées sous l’œil vigilant du matelot, dans le lointain des terrils. Je sens qu’elle m’appelle, n’en déplaisent à celles qui m’ont quittée car j’y retourne sans. Elle a tant de choses à me dire et j’ai tant de choses à lui confesser, tant de choses à lui promettre, du menu fretin aux grandes révélations. Et la toucher, lui caresser, lui lécher le sel de la peau du bout des doigts jusqu’aux aspérités de langue au revers du reflux. La couvrir de baisers. Qu’elle aille, qu’elle vienne et se retire. Je joue à son petit jeu. Je perds mes repères. Ma tête tourne, j’ai le vertige au niveau zéro car je me sens partir. Les larmes me glissent des yeux, tout s’agite de préparatifs de départ autour de moi. Je sens la mer. Je la sens mugir, vrombir, telle un métier à tisser, telle une batteuse à grain, grain de sable dans l’engrenage de mon âme, dans la grenaille de mon cœur qui gémit de secousses. Vertige, déroute, au fond des sentiments. Je te veux, ô toi mer de mes délices. Je te veux sourdre de mes pores. Je deviens folle, ne me contrôle plus puisque je pars. La respirer, se lover dans ses bras d’écume, que la peau s’immisce à demi mot et trouve entre les remous crémeux l’instabilité de mon berceau originel. J’ai hâte d’y être lavée, rognée, hébergée de son refuge, que plus rien ne cesse de cette communion obscure entre l’onde et la chair. C’est décidé puisque je pars, accompagnée de vent et d’efforts. Mais il y aura le soleil sur la côte d’Opale. Il y aura le soleil pour me cuire de réverbération. Cher Nord, j’emporte dans mon cœur, ma très chère Lorraine et viens jusqu’à toi, embrasser ton eau. Ouvre moi, s’il te plaît, la voie de Jeanne car je me dois d’emprunter pour accomplir mon oeuvre le galbe de ses erres et le fronton de tes terres. Pour Myla ! Pour mes chères jumelles ! Pour vous qui me lisez sans commune mesure! Je vous emporte à mon tour à la frontière de mes souffrances et sur le champ de ma douleur

 

Bien à vous.

 

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (12)    créer un trackback recommander
Lundi 15 octobre 2007

Quelques lignes écrites comme ça, sans prétention, sans la moindre agitation, dans la fatigue et l'oubli. Un peu déçue tout de même et aigrie, que l'informatique me joue des tours et que certains de mes écrits disparaîssent. IL faut s'habituer aux départs. Aux fins. Aux disparitions de tout ce qui nous est cher. Tant pis. Ces lignes n'ont rien d'enflammé, ni de vindicatif. Le style n'est guère travaillé. Je suis dans un état d'attente et de docilité.

Ce beau matin, je me suis sentie comme portée vers le grenier familial, histoire de dire, histoire de voir, de braver les marches et de me recueillir à l’instar d’une partisane, sous les tuiles remaniées par la tempête, dans les combles poussiéreux où tout croupit immanquablement. J’ai redécouvert un fatras de vieilles choses enchevêtrées, déposées là comme suit, laissées pour compte, soumises aux lois du bazar et des désagréments temporels. Une chaise amputée, une vieille malle en osier, un électrophone aphone, des revues empilées, des draps de parure ternis, des planches, et une boîte à chaussure bien assagie de malignité. Subitement, cette boîte a capturé mon attention, j’ai compris que je m’étais levée ce matin, très tôt, pour la rejoindre. Mon cœur a battu, mes poumons n'ont eu de cesse d'inspirer et d'expirer toute la nuit, pour qu’au petit jour, je puisse gaillardement me rendre à son chevet. Elle était là, parturiente de commisération, dans son recoin d’étagère, installée modestement pour satisfaire de nobles projets de rangements ou d’éventuels désirs de commodités - vous savez, ce genre d’engagements que l’on saisit au vol pour ne jamais tenir. A mon grand regret, je ne pourrai, de mon insipide vie, et aussi longue soit elle,  être assez claire, tout du moins suffisamment explicite dans ma retranscription, pour dire ce que j’ai ressenti au plus oppressant de cet instant. Je m’efforce d’écrire tout ce qui me vient, tout ce qui me trotte, sans me soucier du résultat et du sens qui en découle, parce que je veux dire les choses telles que je les ai ressenties là, telles que je les ai vues là, perçues là avec et sans perte de notion de temps, ni d’espace ni de raison. Puisque je veux dire, encore et toujours dire, ce qui provoque en moi ce mal de vivre qui perdure et que je suis venue revigorer dans ce grenier bicéphale. De l’araignée suspendue à chacun de mes méfaits et gestes, du filet d’air frais balançant mes pensées empêtrées dans la toile, aux odeurs de pluie mitraillant la verrière, tout était au rendez vous, rageur et tapageur, dégringolant de mon sensitive mémoire, face à cette boîte que j’avais déposée et renfermée délibérément voilà plus de vingt années. Imaginez un peu que tout était abandonné méticuleusement, les sonorités, les couleurs, les effluves du passé, tout était intact, inerte, dans un état d’immobilisme parfait à m’attendre, à m’entendre m'émouvoir de rancoeur. Ouvrir cette boîte, c’était enrailler cette subtilité de l’oubli et accepter le poids des ans. De toute manière, je savais déjà ce qu’il y avait à l’intérieur, je revisitais chaque détail dans ma tête ! Chacune de mes menues fabrications en liège, aux petites pelotes de laine, au dé à coudre de ma grand-mère, au petit dada jaune égratigné jusqu’aux moindres de mes petits bricolages introspectifs. Bouffée de honte, j’ai seulement approché mon oreille pour écouter, un peu de mon nez pour renifler et le bout de mon doigt pour effleurer. Essayer de reconstruire la journée où j’ai déposé cette boîte pour la dernière fois, essayer de comprendre ce qui m’a poussé à l'unir à cet endroit précis pour ne plus jamais  la serrer entre mes mains, ni basculer d’un iota le couvercle de sa vie. Je devais avoir de bonnes raisons pour abandonner lâchement mon enfance, la déposer presque sans scrupules sur une étagère de fortune et ne revenir la pleurer que vingt ans plus tard.

par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (6)    créer un trackback recommander
Jeudi 11 octobre 2007
<<Je suis venue m'échouer sur vos pages.
Comment vous dire! Vous expliquer!
C'est ce qu'on appelle le syndrome de la page blanche, tout s'entrechoque, plus rien à dire, personne à qui parler, plus de destinataires et ça bouillonne toujours en soi. Comment maîtriser cette crise portée à ébullition? Se mordre les lèvres, crisper les doigts jusqu’à la griffure, jusqu’au sang, et compter? Mais compter quoi?
Des moutons? Des savons? Des bulles?
Des nœuds ? Des falaises ? Des dunes ?
La mer approche, et c’est tant mieux pour moi qui jubile à l’idée d’y plonger le pied.
Je ne me fais plus guère d’illusions quant à une éventuelle collaboration de ma plume mais continue secrètement à imaginer des mots, à colmater dans l’ombre les mortaises mutines de mes chairs évidées. Personne autour de moi, si ce n’est qu’un trop plein de calme et de plaines aux frondaisons fugaces. Je suis orpheline d’univers, cherche à seconder, même en dépit du bon sens, le manque et la raideur des cols pour prendre appui sur le toit du monde en espérant frémir de la fraîcheur des cimes. Ici, j’ai froid d’imbroglio et de peines. Me reste la pesanteur des nuits, sinon, plus personne à l’appel !
J’ai mal d’altitude et ne saisis aucunement la subtilité des choses de ce monde crevassé ou pas ou plus jamais ou suis aspirée par autre chose en carence d’âme m’empêchant de ressentir le reste qui s’étend. Pourtant la nuit attise, fidèlement campée, accrochée à ses solives, couvrant nos menues dérives à chaque impasse, coiffant parfois, au nom de la romance, d’épais cerceaux de brume, la tête des lampadaires ou d’un vivier, l’écume - pitoyable spectacle d’amoureux défraîchis par cet assortiment de simagrées sous la brune! J'éxècre ce spectacle foireux de la parade amoureuse des amants convertis, le soir au clair de lune. Cette danse simiesque nous renvoie trop à notre nature de primates reproducteurs. Je refuse de procréer au nom de l'espèce humaine et refuse de collaborer à la destruction de notre terre mère par l'engendrement égocentrique de projénitures destructrices. J'ai trop souffert du régime dictatorial des bacs à sable pour contribuer à sa pérennité. Je n’y vois plus clair si bien que je me décompose de solitude et croupis sous un fatras de déjections rédactionnelles. J’ai fui, en paie le délit, au prix passionnel, remplie de silence et flanquée de maladresse, j’expie mes fautes à boire jusqu’au plumard les ténèbres d’une campagne maussade, à en tarir le jus des saisons qu’on soutire, à m'en tordre les tripes jusqu’à la tranchée qui transpire de régurgitation. Trouver le mot, le mot juste, ultime, celui qui dépend de toutes les saveurs qu’on ingurgite, l’essentiel, dépouillé de tout courroux, obtenu par l’alchimie retorse de la dégustation. Transcrire encore de matériaux composites le mal qui sévit en moi, se retrouver, s’enorgueillir du peu d’intérêt que l’on porte aux autres. Effrayante constatation que celle-ci, écrire avant toute chose et croître de l’intérieur, repousser les limites de l’introspection et recevoir le Verbe en guise de sacerdoce.
Vous parlez d’une déroute !
Impossible de se soustraire et les mots perforent, tempèrent, alimentent l’atmosphère dans laquelle j’évolue où l’ordre qui s’opère est chamboulé de sa dévolue. Si peu arrosée de soleil, seule, taraudée de froid, la marche est sans appel et l’effort se révèle d’une empoigne de paysans. Je n’ai qu’une hâte, me surpasser, débusquer le mot, là où il ne pointe plus, secouer le corps jusqu’au moindre de ses propos, et dire ! Quelle emprise, j’accule remords et regrets, n’accumule rien qui prenne racine, tout ce qui en moi a généreusement cherché l’échafaud mais s’est volontairement conduit à l’asphyxie.
Je souffre à chaque heure, à chaque seconde, éprise de peine et de regrets, je m’isole, scande le vide, régurgite des logorrhées stupides, réfute, refuse en silence les thèses de l’existence, bouscule, charrie des intentions classiques au lieu de faire mes valises et envisager un vrai départ. Non, je flémarde. Les entretiens masturbatoires se succèdent, égrainant à la pause les souvenirs qu’il me reste à rechigner d’autres issues moins secourables, semblables à des nids de douceur secondaire. Le galbe de mes sens afflue, j’ai saupoudré mon discours d’anathèmes anaphylactiques, j’ai bu toute l’eau de mon vin comme une assujettie, je me suis invitée à la table des convives pour ripailler au plus bas, à la bonne hauteur des écuelles de chiens, pour ne pas dire au dessous du niveau de ma mère, quasi éteinte, quasi dissolue, enchâssant ses particules nourricières dans les unes et les autres molécules de terre dérangées par la secousse sismique de mes pieds qui implore, là, maintenant, l’abrasion des vagues. Maudite saleté qui se referme sur moi, grotesque, comme un sarcophage sur ma destinée et, je pâlis à vue d’œil. Je suis là maintenant, à rejeter mes déchets dans mon eau qui m'intoxique.
 
Leila. >>



J'avais ses lignes, au creux de la main, qui m'écoulaient de larmes.
par Ines de Saint Lambert
ajouter un commentaire commentaires (18)    créer un trackback recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus