Mercredi 19 décembre 2007

Chère Camille,

 

Devant les mots, devant les lignes, j’essaie de redonner un sens à l’absolutisme de mon quotidien bouffon. Devant les mots, devant que de sentir l’herbe me mourir sous le pied, j’envisage de me recadrer et de me raccommoder avec la vie passagère. Je ne te laisse plus de nouvelles, j’en suis vraiment désolée, navrée, presque impuissante car je lis, me lie au funambulisme en tentant d’assainir les choses qui me morfondent. J’en suis là dans la nuit, le vent, le froid, arrosée de lumières artificielles, à reconsidérer l’avenir. Ceci étant ma plus grande faiblesse, qui pis est, ma plus grande détresse où l’inconnu se presse aux portes de ma désespérance. Je me ronge les sangs de n’avoir plus de mémoire pour retranscrire au cordeau tout ce que je ne parviens pas à oublier et me revient sans cesse pour mieux se dissiper et se reperdre, généreusement dans l’insomnie des soirs de tracas. 

Peut être me lis tu encore, peut être pas?

Qu’importe, je t’adresse toutefois ces lignes anthracites. Ainsi se lient les voies de la meurtrissure à se repaître de défections et d’égarements consensuels. J’ai perdu beaucoup de monde autour de moi, au point tel, que je n’ai plus personne. 

Le chambardement des nuits, le quotidien qui roule et le ventre qui s’arrondit avec l’enfant qui bouge et joue de ses pieds et de ses mains. Puis Nancy parfois quand l’envie me reprend de m’astreindre aux rêveries. Le corps est en repos, il attend l’appel des montagnes érodées, il attend que tout s’organise autour de lui pour jouir du conditionnement syncrétique des courants éparses et dogmatiques de la douleur. L’esprit quant à lui, saccagé du pire à venir, s’en fout. 

Je n’ai plus saisi l’occasion de  laisser filer mes mots sur du papier, ni ma voix courir le long du fil pour te conter l’histoire. J’ai, égoïstement ou modestement, opté pour le silence. 

Je me retranche, me refuse, m’engrosse d’affres névrotiques. Je suis une hermaphrodite qui cultive un environnement in vitro à caractère anxiogène. Moi-même, les autres, ici personne, c’est l’environ qui scande, l’à peu près psychotique qui gronde. Ma tête cogne, elle se récidive, se dévisse. J’approche la fin d’un cycle cérébral pour en entamer un autre carcéral. J’aurai des décisions à prendre, des responsabilités à asseoir, un rôle à assumer pour démystifier l’avènement de ma chute Je ne me reconnais pas dans les éloges qui me sont portés aux nues. Je ne me reconnais pas dans ces voies où l’on me déporte au vu de tous. Je me résigne, me rassure, je suis puisque j’écris. J’accomplis la mission que ma chère Jeanne m’a confiée. 
Je lutte. 
Je ne me retourne plus, ni dans la rue, ni sur moi-même. J’avance d’un pas décidé vers mon destin salutaire. Les nuits sont froides, les chemins sont longs de mon introspection, ni trop peu carrossables, ni trop moins cabossés. J’ai décidé de lutter et de tenir debout face au système qui s’instaure autour de nous. Je sens les caresses tentaculaires d’un pouvoir pernicieux qui me dérangent les sentiments. 
Même le pourpre du manteau de Noël s’estompe à l’incarnat bruni. 
Que penser, que dire, se stabiliser, s’offrir comme une dinde aux pourceaux qui la dévore de laïcité ?
 
J’enrage, je m’insère, je me considère comme une encre venimeuse, comme une mort au ras des glandes hypophysaires se répandant dans les interstices des soi-disant sous couches corticales. Il est de mon devoir de retourner et soulever le peuple contre son chef. Je désire être habitée d’une densité langagière et terroriste qui perforerait, à la lecture, la calotte crânienne et exploserait à retardement, soulevant de son souffle et dans les moindres couches les lourdes plaques de nos règlements communs. 

Je me concentre, vois tu, je me condamne à donner ce sens à ma vie pour faire mieux que passer inutilement sur cette terre imbécile. Je dois trier les pendants plénipotentiaires de mon incurie car je me sais enivrée des chants du paradoxe. Je sens naître la confusion et la distorsion au sein de mon propre raisonnement. Je ne suis engagée dans rien, clouée dans l’ombre, à me soumettre par reconduction tacite aux ajustements d’un dérèglement littéraire. Je lis mal, écris nerveusement, anéantis les fondements mêmes de ma révolution. Je m’auto stérilise sans ajustement médicamenteux, sans anesthésie générale ni désir véritable. Je ne produis rien, ni causes, ni effets. Je ne me projette nulle part et me maudis. Mon écrit se condamne et s’exécute à l’échafaud. Maintenant, je sais pour quelle raison je m’oppose à la peine de Mort, parce qu’un couperet menace de rompre, à tout instant, l’immobilisme de mon suspens et de me briser la nuque. 

Camille, voilà ces lignes, je ne pensais pas aller si loin dans mon travail introspectif. Je te parlais de mes feuillets, de mon remuement intérieur, du vide occasionné par la perte de l’être cher, mais je ne savais pas qu’en m’ouvrant à la lecture et à l’écriture d’autrui, j’allais me reconsidérer à l’envers et me démanteler en réseau. J’ai les yeux brûlés de lire mes Autres semblables. Je me nourris de leurs souffrances pour croître dans les miennes. Je suis à cent lieues de mes désirs d’édition et de notoriété. Je suis soignée de cette ambition juvénile et tant mieux.  Je n’écris pas pour satisfaire mon ego mais pour le détruire, irrémédiablement.

 

Bien à toi.


PS: Au fond, je suis incapable de me reprendre en main comme l'a si bien su faire Dolorès!
par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 14 décembre 2007

La nuit est passée, j’ai calmé mes ardeurs, je me sens plus vide, quoique le réveil, avec le retour des gelées blanches, avec l’esprit vaporeux d’un lendemain d’agitation, me donne à reconsidérer le froid de ma tête ainsi que la combustion de mon cœur. Je constate avec dépit que j’ai écopé d’une vie lâche, tombée du ciel et qu’il me la faut subir dans ses moindres aléas. Juliette, dans ses écrits, parle de son échange avec son psychanalyste, des mots tirés au cordeau qu’elle veut poser sur sa douleur, pour l’éteindre, pour l’inhiber, pour l’étouffer comme un incendie. Elle dit que mes mots inspirent son analyse. Je suis forcément touchée, bouleversée même de savoir qu’ils courent dans sa tête jusque dans l’alcôve du praticien. Au fond, moi aussi, lorsque je lis ses, et vos écrits dévastateurs, je n’ai carrément plus envie de partir, bien que tel était mon projet, partir, fuir, me déménager de moi-même. J’avais projeté de lancer quelques lignes ici, puis partir. Quitter la blogosphère, comme Dolorès, pour tout accumuler en moi jusqu’à ce que la messe soit dite. Je vous lis au quotidien. Je vous lis et je suis conquise, subjuguée par vos univers différents, par vos exils palpables. Plus je vous lis et moins j’ai envie de partir. Qui peut comprendre mes crises ? Un jour, je dis blanc et le lendemain, je dis noir. Deux êtres habitent en moi, je partage mon corps avec deux êtres différents, bien distincts et complètement opposés. Mais quand parviendrai je à les unir pour vivre en paix. Je sème le trouble, la confusion autour de moi, je suis une charogne changeante, versatile, lunatique, irascible, docile et dévouée, ce grand tout, à la fois et bien d’autres dépréciations à mon égard de vipère.

Je vous sais, tous et toutes, gré de vos écrits, de vos lectures,  de votre présence, je vous sens, votre regard posé sur la cambrure de mes mots, je vous sens donner le souffle à mon exhibition, comme c’est délectable, de se savoir observée, épiée, déshabillée, bafouée. J’ai les coulisses de mon poème dans la tête, rien de concret. Je me familiarise avec mon dédoublement, rien de défini. Je compose, je conspire, je convulse, rien de ragoûtant. Si par mégarde, j’avance trop, je me perds, si je n’avance pas, je me dépasse, me double et me vocifère. Je me demande si je ne suis pas en train de donner mon corps à l’essence même de l’écrit. A chaque page qui se tourne, je me dégrade, je me dégringole. Ma vitalité s’épuise, mes forces se rendent à l’évidence qui me faudra, un jour, déposer les armes. 
Ma capitulation discursive suit son cours.

 

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 13 décembre 2007

Secousses, mais que vais-je écrire d’irraisonné si tard ?

Secousses, cette fois, on m’a appelée, cette fois, on a besoin de moi, mais que vais-je écrire d’illuminé ès bâtard?

Dans sa bulle, sur le tarmac, dans son ventre, à boire des bulles, je l’ai vu les gober une à une comme un poisson lune, aux confins de sa tête fragile, à la croisée de ses reins sensibles, je l’ai seulement vu goulûment se gargariser d’amnios et de jus de  pathos conjugal. Allongée sur le dos, la mère, dans la salle, le ventre tartiné d’une espèces de saumure, épaisse, solidement bleutée comme l’azur des mes yeux fatigués de décevoir, dans la salle où l’on échographie les ventres primipares, où les mains professorales pianotent, orientent la canule qui filme et me sépare de l’intérieur du garçon qui ventricule à l’instar de mes pensées caniculaires. Je l’ai vu boire des bulles. Bouche, lèvres ciselées à merveille, et les mains qui s’acquittent des premiers signes des premiers us de bienséance. Il faut que je vous dise, la mère allongée sur le papier qu’on déroule, dans l’opacité d’une pièce qui roucoule, presque sous les combles d’un hôpital en déconfiture, jouxtant les réduits où l’on inspire et expire, le regard planté dans l’écran suspendu du mur des agitations, le regard entourloupé de bulles qui murmurent à l’écran. .

Secousses, palpitations, le cœur comme un goutte à goutte ondulatoire, le ventre ouvert, arrosé de rayons incantatoires.

Ma tête à moi, mon ventre à moi, le retour des uns, le retour des autres, la journée repassant en boucle dans ma tête, de ces énergumènes ventripotentes aux chemises courtes, aux boutons tirés sous une pression de panse lourde, engoncés d’airs princiers et ligotés de faux cols féodaux, à vous toiser d’un regard mièvre et dégoulinant de mépris condensé. Je vous maudis, sales porcs, sales pourceaux, je vous maudis de tous vos bourrelets de gras s’accumulant juste au dessus de vos organes blasphématoires. Il me souvient de la rue Jeanne d’Arc lorsque j’étais étudiante, je vous ai vus frotter vos grosses bedaines aux trottoirs de Camille. Je vous ai vus humer la pute et leurs avatars de résilles comme des sangliers rutilants. Je vous maudis, je vous maudis, vos yeux sont gras, injectés d’adipeuses perversions et  de libidineuses intentions. Je vous maudis, ignobles rustres, je vous vomis, pédants et brusques gouailleurs venus me cautériser les vers du nez. Je vous pourris de ma plume et mon rejet de vivre.

Tout me revient, ne prêtez goutte à cet écrit, ne me jugez nullement sur ces lignes chafouines…mon ventre bourdonne, j’ai cédé. La douleur, le reflux gastrique, j’ai cédé, l'outre à bouffe, remplie de victuailles lourdes, le doigt planté dans la gorge pour titiller l'épiglotte. L’œsophage rayé des filets du rasoir. Je sens les effusions de mon sang, derrière la porte close artérielle qui ricane de ma nouvelle dérive psychiatrique qui ronchonne. J’ai soif, et vous, lectrices et lecteurs, vous ne pouvez comprendre que tout s’emmêle dans mon cerveau débordant de haine et de hargne, en fibrillation comme un cœur qui s'électrise. J’ai mal au ventre, je vous dois toutes les explications du monde mais ne lâche rien. J’ai mal de ce bourreau mutant qui m’assène, à chaque  heure, du plus violents des coups qui me larsen. Les coups du sort, les coups du feu, les coups du rang!

Je l’ai seulement vu boire ses bulles organiques pendant que mon cerveau rêvait de fuites concentriques. Oubliez ces lignes, oubliez les dans le désordre et la pression ecclésiaste de l’avent. Elles sont là pour témoigner de mes déficiences intellectuelles et anthropomorphiques. Oubliez  ces lignes apoplectiques, s’il vous plaît ! Assassinez les pour me libérer de ma gestuelle otage.

 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 8 décembre 2007

                                                            

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Je ne trouve pas les mots.

Ni dans le calme ni dans l’imbroglio de ma tête, je ne trouve pas les mots. Je me secoue les tiroirs, m’essore les méninges, il n’en découle rien, pas le moindre filet, pas le moindre jus, pas le moindre jet, pas le moindre pus à soutirer. Je reste en suspens. La vie s’organise autour de moi, se discipline, les décideurs ont des têtes anguleuses, des mentons saillants, des attitudes sournoises, des gestes brusques lorsqu’ils haranguent et agitent la ferveur des foules  de projets salvateurs et de réformes cadenassées. La populace illusionne, s’engouffre dans les méandres de ces  discours racoleurs,  puants d’hypocrisie  et de démagogie. Faute de mieux, je m’isole. Autour de moi, la vie se polarise sur une politique identitaire où l’avis des bien-pensants est retenu et mis au frontispice de notre enseignement cathodique à titre d’exemplarité honorifique. Il faut saccager les armes médiatiques. Je les emmerde et leur vomis dessus. Je ne crains pas leur autorité, leurs principes, leurs règles, je suis capable de pire, d’abstinence, de restriction ascétique et d’efforts prolongés sous des conditions apocalyptiques. 
Je leur écris à la gueule. 
Je ne suis pas masochiste, je suis déterminée à en découdre avec moi-même et saccager les autres qui nous empêchent de vivre et cherchent pour toutes leurs procédures insidieuses à nous poudrer le cul de soufre et nous emmailloter de barbelés. Les orgueilleux ressortent.  Il leur pousse de l’ambition sous la chemise, costume, cravate. La masse exulte, applaudit, baragouine de vieux consentements nationalistes. Ils ne savent rien de l'appartenance à ses terres, à sa ville, à sa région.  Le peuple me dégoûte quand il élabore ainsi sa rémission. J’enrage d’appartenir à cette peuplade assujettie et avilie. Mais ne les sentez donc vous pas tenter de vous violer l’essence même de votre vie.

 Peuple soulève toi ! Emboîte le pas des cités. Va, fracasse et brûle.

Je dois être plus clair. Il est impossible de mener un combat dans la confusion. Les éléments se bousculent, se tempêtent. Nos arbres s’agitent, nos rivières se renflent de limons. Faut il y voir un signe, un signe de déconvenue ? Les sadiques ressortent de l’ombre pour rediriger, pour molester, pour contenir, pour nous emmener comme des bestiaux vers l’abattoir disciplinaire. Il sort des hommes obscurs de nos placards, des hommes aigris, ressassés, arrivistes et revanchards qui soumissionnent par poignée notre peuplade conditionnée. On referme, on resserre, on invite à se taire, on jugule, on strangule, on ponctionne l’effort et les salaires. Ne plus consommer, voilà la règle d’or. Je ne crois qu'au soulèvement du peuple. Le vrai déferlante nullement endiguées des groupuscules syndiqués, trouillards et bridés. Je ne fais confiance qu'au peuple dans sa furie. Tuer l’économie par le jeûne et l’abstinence. Dans chaque coin de ce système exhale le stupre et la fétidité du pouvoir. Je les sens tous corrompus, compromis, obnubilés et apprivoisés comme des adeptes. Notre peuple se fanatise. L’état nous prostitue. J'exècre ce système, qu’il brûle et implose. Cet écrit n’a aucune valeur, c’est juste un crachat, une répétition terroriste et kamikaze d'un écrit épistolaire. Je le déteste, je me déteste.  Je suis incapable d’avancer, de me structurer, de me décider, incapable d’avoir envie. Mon écrit en témoigne, il est foireux, maladif et suicidaire.  Aucun souffle, aucun embrasement, juste de la platitude et du renoncement.  Je ne soumissionne rien,  je démissionne de tout. Ma révolution n’est pas en marche. Je suis baillonnée. Je suis folle, ma folie me poursuit et me mords la chair comme la mâchoire carnivore de la gangrène. Je dois reprendre cet écrit, il n'y a aucune hargne, aucune virulence...Comment chahuter les esprits avec ça? Jeanne, Jeanne, ma chère Lorraine, donne moi ta force et ta monture, ton panache et bannière, montre moi la route d'Orléans que l'on remette une femme sur le trône et que l'on boute, l'orgueil, la vanité, le profit hors du royaume de France.

 

Bien à vous.

 

 

par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 5 décembre 2007

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Je n’écris rien de copieux, rien de pompeux, juste le besoin de vous lire et de réfléchir à la suite. 
Le départ de Dolorès me fige, mais ainsi va la vie, sous la pluie et le vent, quand Arras et Nancy semblent avoir décidées de grelotter de guingois dans les premiers atours de leurs enluminures de Noël. 
Tes mots me manquent déjà. 
Je te connaissais presque à la fois si bien, et presque à la fois si mal, tant et plus que ma chair gronde, peinée de ta plume et grevée de ta partance.  
J’entends tes plaintes. Nancy, la blanche, emplie de mes dernières verves, fallait il que je changeasse à ce point ? Que je déraisonnasse à l’interdit et me saignasse dans le blanc de tes yeux.  Je n’admets pas que l’on puisse croire en moi jusqu’à l’acharnement, jusqu’à fouler mon carrelage dégoulinant de ma déconfiture. 
Mais tu pars pour t'en sortir.
 C’est honorable !
Tu te départis de ta douleur et te renais d’un ton silence à la pâleur de plus beaux jours puisque, fini, l'exsangue et l'anémie de ton fardeau. S’instaure, en ma carcasse, un  silence vide, d'un ton pathétique et analgésique. Tu as rangé tes écrits, où sont ils donc ? J’ai, moi aussi, ma décision à prendre.J'ai mal de ne pas avoir tout lu...tout est allé si vite. Notre échange et déjà ton départ par la grande porte. J'ai été touchée, conquise et renvoyée à la putride réalité, de l’éphémère à la fin, de l’absence à l’étonnante fugacité des matières de l’immonde. 
Alors, au revoir puisque tu pars. 
Il y a quelques semaines, je décidais d’aller toucher les boucles d’écume de la mer pour rentrer rafraîchie ; tu décides de toucher l’amer afin de décongestionner l’amertume de ta vie, c’est respectable !
Je suis emplie de ta décision ultime.
 
Je suis indécise de la mienne, mutine.
J'ai mal parce que tu vas me manquer, seulement, je suis solidaire de ton ouverture sur le monde réel, mais indécise, de ma fermeture sur l’irréel. Tu as la solution à ton bonheur et c’est irrévocable. Rien ne sert d'insister, rien ne sert de t'enfoncer davantage, tu dois franchir le seuil de ta douleur, c’est bien là, la plus belle de tes échappatoires, tu en as pris le chemin et c’est louable.La porte se referme sur notre échange. Il fait lourd dans ma tête, l’instabilité gronde, je sens que je me défile, me dérobe, de me défie de mes responsabilités propres, parce que je suis efflanquée d’une lâcheté sans merci. Tu vas enfin noyer tes mots. Je ne suis malheureusement pas dans les meilleures dispositions pour t'écrire, la fatigue, l'ennui, le vent, la pluie, la nuit et les autres qui viennent à ma porte solliciter les vertus de mon impersonne, je suis insignifiante et j’en tremble de perdition. Je te souhaite tout le bonheur que tu mérites.
 
Bon vent et bien à toi...
Tes mots me manquent déjà, et Nancy, ma très chère Nancy qui n’est plus à mes côtés pour me consoler mais se dévale, tantôt, en son cortège de la Saint Nicolas. Je n’ai même pas le cran de lui emboîter le pas. 
Nancy! 
J'aimerais te revoir dans tes vitrines aux chocolats qui fredonnent le doux friselis de la papillote !
Dolorès! 
J'aimerais te revoir dans tes écrits. Mais où sont donc tes écrits? Ceux qui m'ont échappé, j’en ai perdu la trace et la disponibilité. D’autres mots me viendront sûrement, d’autres écrits, d’autres âmes en peine…sûrement mais les tiens sont irremplaçables.  
Je souhaitais juste tomber les paupières, une dernière fois dessus, en guise d’Adieu. A toujours donc.A jamais plus, très certainement.Sache que ton nom résonnera dans mes écrits et dans ma tête ad vitam aeternam.
Bien à toi.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 3 décembre 2007

Pas moyen d’écrire le moindre truc, j’ai la tête complètement renversée, le ventre blindé de thé vert, de tisane et d’eau minéralisée…pas moyen d’écrire parce que rien à décrocher, encore moins les antiennes de la lune. La vie ne me lâche pas, j’ai ce qu’on appelle, plus communément, le gros coup de barre, il faut que je dorme mais le corps est agité, dérangé de brûlures inqualifiables. Les nuits sont là, le vent, la pluie pour me rappeler que  chaque instant , comme une émeute, est susceptible de passer comme une bourrasque ou de prendre l’eau. Je regarde, je sens, je pressens, je m’en fous, je vous lis, passe mon temps à vous lire. Je n’écris plus, plus assez, il faut que je reprenne mes livres, mes livres  de lecture, je me dois de réapprendre à apprendre à écrire, pour moi, par respect pour vous, vous qui vous qui me lisez, mais les nuits sont là, pour me rappeller à l’ordre et aux désordres du jour. Je pense à Lettre à Leylia, je pense surtout qu’il faut que je n’hésite pas à insérer les moindres lignes de ma vie, les moindres mots de mon ennui comme il me vient dans la tête, comme il me tombe dans les jambes, sans intelligibilité ni esthétisme.  Je m’interroge sur moi, sur l’avenir, je ne vous le cache pas, j’ai peur de la suite. Tout va si vite, je ne m’informe de rien, me retire, démissionne de tout. J’anticipe le malheur parce je sais qu’il viendra me cueillir, me saisir, un jour où je ne l’attends pas. On ne peut pas vivre toute une vie, impunément, sans que rien ne se passe. Pourtant des choses se sont passées ? Mais lesquelles ? Je ne me souviens plus, je ne me souviens déjà plus. Ne cherchez aucune consistance à ces lignes, je les ai couchées là, en guise de brouillon pour reposer ma tête et tenter de lui donner un zeste de liberté. Je pars encore dans le silence de la nuit, perturbée de la pluie et du vent. 

Bien à vous

par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 29 novembre 2007

 

Le Nord ?

Il faut que je le raconte tel que je l’ai vécu.

 

C’est vrai que je l’évoque sans cesse mais ne l’écris jamais, le Nord ! C’est vrai que je dis toute ma fascination pour cette région mais ne la dépeins  jamais, le Nord !

 

Cette fois, je m’enferme dans mon bureau, me cloître une énième fois pour me souvenir de ma rencontre abrupte avec ma terre adoptive.

 

C’était la deuxième grande destination de mon adolescence, le Nord, par les rails, par la RN44, par l’A26, passer la Champagne et la Somme, croiser les terres labourée d'obus, prendre l’échangeur jouxtant Cambrai pour sortir entre les briques rouges de Marquion ! Raconter mais comment, voilà des années que je monte et descends, des années que je sillonne cette région de Bollaert au terril, de la mine à la mer, de la ducasse aux moules, des chicons à la bières, des chocolats aux Places, de Colas à Jacqueline, de la Belgique au Crinchon, des pavés aux boves, de l’andouillette à la boutique à savon, du Beffroi d’Arras à ses baraques à frites, surtout celle boulevard Carnot. Mais comment parvenir à condenser toutes ces années d’effervescence en un écrit seulement. Le Nord, je l’ai pris de plein fouet, avec son lot de vacarme au pied du bloc OPHLM qui a su m’accueillir et m’ouvrir aussi grand les bras que le coeur, avec ses portes qui claquaient et ses cages d’escalier qui refoulaient l’urine, ses clébards qui aboyaient indéfiniment sur les passants sans mobile et ses relents de puanteur de shit. Du Nord, j’ai appris le désordre éthylique, à slalomer entre chômage et dépression, à sauter les repas équilibrés pour des substituts en canette de chez Timy Market ou en dosettes de chez DIPIPERON.  Au Nord, je me suis résignée à flotter sur les décibels avant de me laisser porter par la douceur et la fraîcheur des flots bleus d’Hardelot. J’ai connu l’éclaboussure des voix éraillées qui passaient du rire aux larmes. J’a été prise d’assaut par des contingents de télévisions qui vomissaient, non stop,  tout leur assortiment de jeux clinquants et de séries qui tuent, quand celles-ci, n’étaient pas reliées par des consoles, à des gamins braillards. J’ai saisi qu’entre les colonnes de murs gris où le tri sélectif se faisait par les fenêtres, que l’ambiance était plutôt parabole porno, canette promo et tango médocs, le tout sous l’œil protecteur des tronches de lares Zinédine Zidane, Lady Diana et Jean Paul II. J’ai appris, entre le crépuscule du béton et l’aube de la ZUP, qu’il arrive parfois, que les oiseaux, perchés sur les rares branches, soient supplantés par des sachets plastiques, et réveillés, bon gré mal gré par le chant adultérin des rixes conjugales ou par les étouffantes vapeurs d’hydrocarbures émanant des feux à l’âtre de voitures. J’ai entendu des rumeurs se croiser de bloc en étage, le couvercle des poubelles claquer et le verre émettre des cliquetis d’ivresse et de débris. Les divorces se finalisaient au balcon dans l’esprit shakespearien de Roméo et Juliette. Il n’était pas rare de croiser une menue fille mère allaitant sa progéniture sous l’œil attendri d’un pédophile en ballade et complaisant ou d’imaginer au fond d’une cave, une jeune promise, sous le joug de son bien-aimé et de ses convives, discutant, allègrement, des modalités de sa prochaine tournante. Dans l’entrebâillement d’une porte, pointée d’un judas, une dame ensevelie sous une avalanche de crédits et de bibelots brassait la poussière alentour de la puissante mâchoire d’un American Staff de compagnie. J’ai compris que le temps passait ainsi, à égrener des photos, des vidéos de vacances passées dans le camping d'à côté et de famille, installée juste au dessus, les larmes arrosant les fleurs artificielles pour donner plus d'éclat à l’ennui. Chaque foyer dénombrait les interpellations, les effractions, les morsures, les feux de squats, tentatives de suicide ou de viol. Et pourtant, le locataire m’étonnait, naviguant dans son couloir, dodelinant comme un spectre fatigué des incidents de la vielle, il reprenait sans sourciller, au petit jour, les manies de son quotidien. L’interphone reproduisait la voix métallique du facteur, les mères aux yeux cerclés de cernes noires emmitouflaient des gestes, on ne peut plus maternels, leurs petits qui filaient à vive allure dans les allées bordées de déjections.

 

Je sortais de ma lorraine et entrais en collision avec la banlieue arrageoise bardée de préjugés paysans J’allais la craindre, apprendre à la connaître pour finalement l’apprécier et  succomber à son charme pour ne plus m’en défaire. Je découvrais Arras, je découvrais les campagnes environnantes, je prenais la route du large via Saint Pol, je foulais le sable, je touchais la mer, j’allais ramasser les moules marinières au fort de l’Heurt et apprenais à les cuisiner avec du vin d’Alsace. Je respirais la Belgique, les pavés du Nord, le fond des mines, les corons, j’aimais les gens au large sourire, aux trognes patoisantes et écoutais indéfiniment Bachelet. Le Nord me montait à la tête, me montrait ses blessures à Vimy. Je me confiais, lui rapportais les  blessures de Verdun. Le Nord me contait la captivité de Jeanne, je reportais mon départ à tout jamais.

 

Arras-Nancy ! Nancy- Arras ! Je digérais le choc des cultures.

 
Forcément, je ne suis pas satisfaite de mon écrit car pour moi le temps presse. Je vous le laisse ainsi dans la foulée de mes occupations et dans sa maladresse. 

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Mais le Nord, ce n'est pas que ça...c'est tellement d'autres choses que je raconterai au fil de Lettre à Leylia. Seulement, il fallait bien que je commence par le commencement.

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 26 novembre 2007

Je reste silencieuse parce que je suis triste des trains qui me bousculent. Je dois revenir sur le devant de la scène, calmer mes ardeurs et recomposer.  La feuille sur le genou, les lignes grises, désignées au crayon de bois, les mots timides, lourds parfois, illisibles du passé, qui s’entassent et s'effacent, à la longue. Notes confuses et refusées qui passent et que j’appréhende, que je pianote comme au temps de ma plume scandée et solfiée de la faculté des lettres.  Je vous rends visite par mes écrits sismiques, chargée de poésie et de craintes, je vous rends visite par mes écrits cyniques, évincée de mes ambitions défuntes. Je me souviens, Nancy, de ma petite chambre où je respirais un air claustrophobe, rivée aux fenêtres de l’ennui. Je me souviens du volet, roulant de bois, qui m’ouvrait sur rien ou sur un conifère immense contourné d’ombres empressées de quitter l’hiver pour retrouver le chaud et soigner l’engelure. Partout le remuement, des pas qui crépitent, des talons qui résonnent, des gorges qui se raclent, des passants qui tenaillent la ville et l’assiègent du devoir. Je ferme les yeux, mes fenêtres se remplissent de gens qui courent, qui vont, descendent Saint Seb, Saint Jean, Saint Georges, Saint Dizier jusqu'à ma ma cité bragarde, par les quais de la ville des ducs. Je regarde le défilement de joues rougies, de bouches fumantes, de cous enrubannés, d’yeux agrippés au tram, collant au mollet, rythmé et saccadé du quidam imposé par la tocante. La tocante qui toque et décompte à la tête le temps qui nous sépare du terminus.

Chère lectrice, cher lecteur, je commence par ces mots comme pour me réconforter du vide que j’ai répandu autour de moi. Mon corps ne m’appartient plus, mon esprit m’échappe, se délite, je suis deux, trois, quatre dans ma tête à croiser le fer, à battre l’espace comme une bateleuse des temps modernes. Je vais contre mon gré, m’endors dans les bras d’insoucieuses, je ne comprends rien de mon ensevelissement extatique. Se donner la Mort en s’ouvrant la verve du poignet, par quel moyen, le plus direct, le plus sûr, le moins indolore juste par le gisement de la plume. Rompre le fil qui me lit à vous autres lectrices et lecteurs et me dénie de moi-même. Je l'ai déjà dit mais le répète, je suis inconsistante.   


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 Je vous regarde, assise sur mon lit, du fond de mon mouroir, le cœur peiné, la main tremblante d’avoir absorbé les substances qui agitent, l’esprit en friche. Cette nuit, mes nerfs n’ont eu de cesse de trembler, de me secouer les yeux et les images qu’ils suscitent, il y avait Nancy, mes regrets, mon remords, mes trahisons. Il est trop tard pour renaître à nouveau. Je n’ai plus le choix et viens à vous telle que je suis. Je me raconte telle que je me vis de l’intérieur et telle qu'on ne me percevra jamais de l'extérieur. 

Bien à vous.

par Ines de Saint Lambert
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Samedi 24 novembre 2007

Je donnerai, plus de légèreté, au linéament de mon coeur, plus d'air et de limpidité, au tournoiement du plus grand nombre, dans le dessein ne point rebuter les esprits chétifs. Il faut que vous sachiez que j’ai été l'engrossée de cet univers par ma cité bragarde, mes écrits me dépeignent et me trahissent. Je suis percluse et secouée du joug de tous les instants. Mes lignes véhiculent le mal être permanent qui ne m’a jamais lâché, depuis ma plus tendre enfance jusqu’à mes jours de confidence, grevées d’une syntaxe claudicante, louche et obscurantiste. Je vois le monde, du blanc de mon œil, confusément brigué et embringué dans ses complaisances émétophobes. Je soutiens depuis toujours que la société ne m’apporte que des contraintes, des interdictions, des brimades et de la honte viscérale. Heureusement que l’imaginaire est venu à ma rescousse, Lettre à Leylia me prenant par la main pour me sortir de ce bourbier et m’emmener sur des terrains plus vastes et déstabilisés. Je ne suis pas guérie, je le sais, je le sens ; je bascule au moindre doute, à la moindre incertitude, à la moindre gêne. Quand la sensation de dépendre de tout le monde refait surface, mon cerveau s'échauffe et surchauffe. J'ai besoin de rêver, de fantasmer, de jouir de l’âme et du corps par les mots et les sens, par les maux et l’essence de la bouffe que j’entraîne dans les interstices de mes boyaux fragiles pour me fuir et oublier les chaînes que j’étrenne à la cheville. Je veux être l’abstinence, bercée du chaud dans mon estomac insatiable, frappée du froid dans ma tête. Le corps en perdition, le muscle sollicité par la volonté de franchir et gravir avec raffinement, délicatesse, sensiblerie et élégance le mur de mes lamentations. Je tire, à boulets rouges, sur cette société, virile et phallique. Qu’elle aille au diable et repose en paix, campée à califourchon, calée en levrette sur le principe des lois du mâle dominant et de l’asservissement des faibles. Je lui tire ma révérence. Je suis de ces âmes qui en veulent au monde entier et surtout à ceux qui s’offrent le privilège de diriger les autres. J’invoque mes muses, Leila et Layla, afin que sortent de mon cerveau enflammé, ce conglomérat de mots, de lieux rugissants et de fresques obstétriques où l’abrogation des limites devient un jeu sournois et dense. Je scrute l’horizon et m’évade. Je rêve de déferlement d’eaux pour chasser toute cette poisse, de cieux dégoulinants, de nuits humides où des corps androgynes, hermaphrodites, asexués s’étreindraient et s’extasieraient de ce monde en déliquescence. J’invite le vocable grégaire à raconter ces éphémérides, ces escapades de l’ombre, quand la société dort, quand les uniformes se déposent, quand les bonnes vieilles doctrines se reposent, quand le sournois précepte somnole,  quand ils nous foutent tous la paix avec leur politique du profit et de l’ascension sociale, quand ils cherchent à décompresser de leurs élucubrations  cérébrales, pour ressembler bourrés à des bêtes qui chassent le ou la prostituée dans les rues arrosées de lampadaires. C’est le moment que je choisis pour mettre le nez dehors et me poster dans la cité comme une sniper de l’ombre, et tirer, et tirer dans la foule.

Je n’ai rien écrit encore, je n’ai rien dit du mal qui m’obsède parce que je ne travaille pas suffisamment, parce que je ne lis plus, parce que mes geôliers me bousculent, parce que je suis là, à tenter de satisfaire tout le monde et qu’il me faut grandir. 

Bien à vous

 

par Ines de Saint Lambert
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Lundi 19 novembre 2007

Anne, j’éprouve l’obsédant besoin de me rappeler, sans cesse, que le bonheur est ailleurs que dans  l’irréversibilité quotidienne du défilement des choses de ce monde foisonnant de vanités, et qu’il est préférable pour moi, de le saisir sur le fil, de le trancher, pile, à la carotide, avant qu’il ne me file entre les doigts et me tombe au fond du crâne, car je ne lui connais pas le moindre des rebondissements. Mon esprit est investi de complots terroristes qu'il m’est impossible de désamorcer. Mon univers m'oppresse et me presse, je suis consciente d’aller trop vite, consciente des conséquences d’une telle hyperactivité, consciente des tensions tourbillonnaires qu’une telle débauche d’énergie peut engendrer au sein de ma politique intérieure, consciente du drame introspectif qui se joue en moi parfois quand mes voies de transition déraillent. 

    
      Je m’arrête, me réfléchis et me dis. 

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Je ne suis pas une manipulatrice, une dompteuse de cerveaux, une asexuée déviante, je suis une éberluée du verbe qui croit fermement vivre des heures merveilleuses à côté de ses pompes. Tous mes fantasmes se débinent pour céder le plancher à des envies minables  de déracinement de mon espace temps et de moi-même. Anne, je cherche à vivre pleinement, en somme et, outrepasser les règles, les lois, les obligations, les principes, les préceptes, enfin tout ce qui m’empêche d’être la bête apeurée que je suis au plus profond de mon être. J’ai envie de  vivre libre et de ne m’astreinte à rien, j’ai des jambes qui courent dans la tête, j’ai besoin de m’épuiser, de rentrer en conflit avec mes congénères pour m’asphyxier et me résigner à me rendre; à me rendre à l’évidence que je n’existe pas ou seulement dans la bouche des autres lorsqu’elles ou ils me donnent la réplique. Le manque de liberté me détraque, je n’argumente plus, je déblatère ; mes textes sont lourds à digérer et encarcassés de métal blindé, comme la vie l’est, de contraintes. Je cultive l’accumulation et la surcharge pondérale, quand mon estomac n'en peut plus et me réclame le jeûne, je lui administre le supplice de l’insatiabilité, à l’aide d’un entonnoir psychiatrique pour qu’il ingurgite encore les maux qui me reviennent en guise de sursis. Anne, je tremble de tout mon être car je suis en crise, en crise d’une adolescence renflouée, refoulée et refluée qui n’a d’yeux que pour son soi-disant soi-même. 

Et je vous sais gré, lecteurs et lectrices, d’être toujours là à subir les crises identitaires de mon incohérence parasitique.

          Bien à vous.
          Bien à toi.

par Ines de Saint Lambert
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