Vendredi 9 janvier 2009
En fait, je cherche la solution pour sortir de moi-même.

Bien à vous.
Par Ines de Saint Lambert
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Mardi 6 janvier 2009

Je suis plantée, là, dans la nuit, campée sur une butte de terre entre des rangées d’arbres dépouillés. Le vent souffle sporadiquement, la froidure est de mise, je médite et m’enrhume. Aucune explication franche, aucun sens à ce désir de suspendre le temps qui sévit dans ma tête. Je frémis à l’idée qu’un sort puisse m’être réservé, un jour, quelque part sur terre comme dans l’au-delà.

L’au-delà de quoi ? De qui ?

J’exhume des idées sottes et croupis sur le reste. Je recalcule des temps, additionne des heures dans le dessein d’échafauder un ultime périple. Je me dérobe, cherche le cloisonnement dans des discussions mortes. Le quotidien me gagne. Je m’intéresse aux broutilles de tous les jours et en oublie la fin. Je n’aime pas devenir les autres.

Je singe l’existence.

Je siemiesque la vie.

Je ne signifie rien. 

J’ai cette chance inouïe de connaître la misère de vivre.

Je sais, je ne dors pas dehors. Je sais, j’ai la chance de manger. De trop parfois! Beaucoup trop parfois jusqu’à me priver de tout à la fois! Je sais. J’ai de la chance. Je sais. Et pourtant, vous n’imaginez pas à quel point je sais tout ça et avec quelle violence, je m’en martèle le crâne.  Je vis avec du magma dans le ventre et alors ?
Je vis dans le séisme et alors ?

J’organise mon éruption et alors ?

Bien à vous.

Par Ines de Saint Lambert
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Lundi 5 janvier 2009

Il me fallait, ma sœur, retourner au pays de Jeanne pour m’offrir les charmes d’une nouvelle sinécure de détoxication alimentaire. Que m’importe de réussir ou pas puisque je n’ai plus personne à satisfaire. Nouvelle cure de détox sur des terres de conquête et de foi criarde. Il me fallait entreprendre ce voyage débile, emprunt de mysticisme et de démence ascétique pour entendre battre mon cœur d’impatience et de désirs alpestres.

Et me charger, To Anne,  comme une mule, sous ce ciel divinatoire de Lorraine, de l’entêtement de d’Arc et de substances antalgiques !
Se ranger sousle commandement de Jeanne malgré  la blessure, se rallier à sa fougue malgré la fêlure. 
Fêlure du cœur et de la chair, offerte à flanc, ouverte à souhait à l’instar d’un Christ pendant de poutres clouées.

Il paraît que les étoiles, du ciel, glissent jusqu’aux parois rocheuses et vous passent entre les pieds à l’approche des sommets.

Je veux goûter de nouveau à la dangerosité du franchissement des cols avec le vide en contrebas comme grande porte de sortie.

 

Je veux retrouver l’extase du périple solitaire et cohabiter avec l’obscurité du fond de laquelle crépite l’incompréhensible clignotement céleste. 

- Pourquoi donc me chasses-tu existence?

 

Je me sens seule face au monde. Le conçois-tu ?

Je suis rattrapée des visions d’Emma, sous le sapin, il y a des yeux dans les poupées qui pleurent à chaudes larmes comme je me traîne et n’avance plus. Etrange conglomérat, dans ma tête, de frontispices et de partage. Jeanne sait comme il est bon d’errer, çà et là, libérée de la gabegie sociale et de la moiteur du fond de culotte des églises où de vieilles débraillées se boucanent la glotte à aboyer des credo. Nancy, à l'encens de la cathédrale, au jour du repentir des putes. Elle était rose, plantée sur ses aiguilles à brûler un cierge. J'avais la gorge nouée de rancoeur et de haine.

Il paraît que là haut, quand le corps ne veut plus, quand la tête ne suit plus, amorphe et exténué, il arrive d’entrevoir les choses du passé.
Chère sœur, risquer l’ascension pour espérer  croiser notre mère et lui présenter l’enfant qui me tire vers le fond. Il y avait de la vie, il y avait de l’espoir lorsque du plateau arrosé des rais de soleil nous conduisions les vaches au pré. Te souvient-il nous étions gamines et sans histoires, aujourd’hui, chère sœur, je suis vieillissante et sans issues.

Bien à toi.

Par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 2 janvier 2009

Puisqu’ici ne meurt jamais, te souvient-il Inès de nos courses folles ? Te souvient-il de la roche gelée émergeant des hauts plateaux boueux d’entre les cimes ? Te souvient-il de ton front entaillé des lames du  froid des vents de ta chair meurtrie d’inquiétudes et d’efforts?

Puisqu’ici ne meurt jamais et qu’inexorablement je m’entête à lui trouver une fin plausible, je culpabilise et j’ai honte. Vous êtes là et venez encore. Je suis confuse et touchée. Je me remplis d’aliments et alcools qui me hurlent de ne rien lâcher mais de tout reprendre.

Tant que vous serez là, ici ne mourra jamais.

J’ai bien compris le message.

J’ai bien compris ton  message, Emma et ton message to Anne.

J’arrive à mes fins, qui sont de ne plus savoir écrire, ni lire.

Ni lire, ni écrire.

Femme ni-livre, ni-écrit.

Mon désir absurde de reverser ma folie dans le giron des calamités communautaires avait déjà fait débat au cours d’un palabre cathartique avec l’infini.

 

-         Oui il m’arrive de chercher le salut dans les étoiles !

 

Le fait que ma requête ait pu être rejetée a interpellé ma mémoire et l’a poussée à chercher les raisons qui ont motivé ce refus. Il s’agissait, entre autres, de problèmes d’épurements sociaux et de dépravations conjugales conduisant inéluctablement à l’épuisement total de mes ressources psychiques.

 

-         Je vous raconterai si je suis encore pourvue de capacités narratives.

 

Durant mes agitations orgasmiques, et par mimétisme, il avait été constaté chez mes proches, une certaine tendance à reproduire mes séismes lubriques. Bien que qualifiés d’immoraux par la société, ces troubles compulsifs n’en demeuraient pas moins légaux, toutefois pour le bien de l'espèce, il m’a été demandé d’opérer quelques modifications dans les tréfonds mon être pour prétendre à un redimensionnement comportemental et éviter ainsi tout risque de débordements pervers et porteurs d'une véritable contagion universelle.


Bien à vous.  

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 6 novembre 2008

Si vous saviez comme je voudrais ne plus entendre, ne serait-ce qu'un instant, l'écho cynique du chant des douleurs dans le creux de mon âme et oublier pour de bon cette pléthore de questions quotidiennes sur lesquelles je n'ai plus l'ascendant. L'enfant est dans ma vie. Le coeur bien au chaud, blotti tout contre moi, le bras pendant, dans le prolongement même de ma peine L'enfant est dans ma vie et des portes se referment et me claquent au nez. Où est donc passé ce foutu vent tiède qui élevait, jadis, mon âme hors des limites du temps? Tout est vide autour de moi, seule la douceur de vos mots et l'entendement des écrits des autres me persistent. Je suis réduite à rien, à de l'inécriture abstraite.
De mon moi profond, qui suis-je? L'une ou l'autre Leylia? Qui suis-je? Inès de Saint-Lambert? Qui-suis à la fin?
Le gris du ciel s'apitoie sur mon sort. J'hume, je me tangue. Je n'assume plus ma propre déchéance. Il ferraille dans ma tête des tonnerres d'indifférence. Je pilonne l'horizon, je suis guerre et vomissure de patrie. Un appel d'air, quelques bulles viennent me crever en surface. Je suis un point d'eau glauque, une flaque génitrice de dysenterie.
Mes traits se creusent. Si vous saviez comme je vieillis. Mes os me rognent le squelette à chacun de mes efforts consentis.
- L'enfant?
Il est là si radieux, si rayonnant, ô combien éblouissant d'éveil. Souvenez-vous du Portrait de Dorian.
"J'y ai mis trop de moi-même".
Je veux absorber toutes ses craintes, toutes ses angoisses, chacune de ses douleurs, la moindre goutte de ses larmes, je veux assécher son oeil du moindre de ses chagrins.
Et pourtant?
Et pourtant, je pressens les grands évènements, le hurlement des victimes et des défunts bringuebalés dans des charrettes à bras. Je flaire ces déchirements du haut de ma mansarde d'enfance et au chevet de mes livres d'histoire. Je n'ose plus descendre la poignée de marches qui me sépare du lendemain. Je redoute les corps éclatés, les nouveaux obus, la charpie de chair sous des milliers de pas, piétinée. Et pourtant, je pressens la noirceur de ces sombres évènements m' approcher comme une bête sanguinaire n'épargnant personne.

Bien à vous

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 16 octobre 2008

Il faut que je vous raconte. Je voulais faire ma vie d’écriture. J’avais à cœur de garder la tête froide afin de me concentrer mieux et durablement sur l’imbrication des mots.
Il n’en est rien.
Je stagne.
Même confrontée à la lecture des autres. Je végète d’introspection. Je voulais sauver mes écrits. Les mettre définitivement à l’abri d’une certaine forme d’érosion énonciative. Je sais que rien n’est immuable, et encore moins les discours, puisqu’ils finissent toujours par se résorber dans les cavités meubles de la mémoire collective.
<< Je me suis trop refusée au cours de ma longue vie. >>
J’ai des écrits, partout, en fouillis, partout et nulle part dans ma tête confondue. Je perçois mieux, à présent, le rôle de mon absence au fil de ma désorganisation, mais ne me l’explique pas. J’admets chercher une certaine forme de réconfort dans ces prospectives d’altitude. Ma chair manifeste le besoin de purgation.
Je dois me laver de l’intérieur, à grande eau, me vider, me récurer.
Je tente de véhiculer ces choses avec les pensées qui me viennent mais constate amèrement que toute ma démonstration ne tient que sur l’inconsistance de ma propre matière en fuite. J’ai toujours voulu écrire mais je ne sais pas constituer une pensée.
Je suis fade.
J’ai perdu le principe même de l’ordonnancement. J’ai perdu l’assise. J’ai perdu la raison. J’essaie de me sortir d’un certain état contemplatif paralysant mais en vain.

Bien à vous.

Par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 8 octobre 2008

Que suis-je donc allée faire dans les Alpes ?

Mais que vais-je  donc faire dans les Alpes ?

M’injecter de la poussière de roche dans  les veines, m’assaillir de douleurs dans les crevasses et moraines ? S’offrir l’exagération et le souffle de mes condisciples dans le conditionnement lent de l’essor alpestre.   

Emma, cette question, je me la suis posée, inlassablement, dans l’effort et dans la continuité de ma chevauchée vers les sommets. Cette question Emma, je me la suis posée, de concert avec toi, au ras des flancs saillants, à fleur du vide, le cœur haletant de la nouvelle réussite qui je dessine.

Je pense qu’à force d’écrire les choses du même acabit, je vais finir par lasser les gens qui me cohabitent.

Rompre était la raison sine qua non de mon départ.

Je ne pensais pas que mon écrit était, à ce point, prémonitoire.

Je ne pensais pas que ton écrit allait raviver mon entendement chagrin.


J’interroge mon silence et me souviens.


Combloux, chalet 930, route de Cordon.


Je me souviens, devant moi, s’étale le faste monarchique du Mont Blanc. Je me souviens de la renaissance suspecte de mon interrogation face à sa solannelité. Le regard pitonné à son degré de compassion glacière.

Je me souviens.

Je cherche à dévisser, quelque chose de fort, puissant et transcendantal me retient.  

Je me sens petite et transie d’incertitudes face à l’immensité. Je m’accroche à un pan du ‘’quadri moteur’’ puisé du Malabar Princess. J’ai cette fascination débile constante et débile pour les débris, alors - exit les longs discours fédérateurs et les cordées unanimes, je ne me reconstitue que dans la dispersion et  l’éparpillement du Moi des autres dans le repli d’eux-mêmes.

Le refuge, j’ai choisi le refuge capitonné de planches et chevrons comme arche de Noé et bastion rocambolesque. J’ai choisi de tout éteindre, de l’heure aux énormités médiatiques dans le dessein de me survivre.

J’ai tellement mal de mes propres retors, si loin de tout le monde et de l’avalanche boursière qui me galvanise Je me suis jetée dans la curée des organismes emprunteurs. Je me suis fait rogner comme une charogne. Je spécule à l’envers car je n’ai d’yeux que pour ma dépendance aux marges glacières.

Rompre avec l’écrit et renouer avec l’effort ! Tant pis.

Je crois en l’exil tors et sublimé.

J’ai opté pour la démesure magnanime. Tu sais Emma, celle qui pardonne tout. J’ai besoin d’être pardonnée. J’ai trop de fautes à mon actif. Je me souviens trop de mes erreurs !

J’ai opté pour le silence des neiges. J’ai succombé aux charmes de l’altitude. Je les aime. Je les aime tout simplement, elle et ses arêtes vertigineuses – tu sais, quand le bas ne ressemble plus qu’à une nuée de points. En prendre, un,  final, et le mettre au bout du long louvoiement qui m’a conduite à vous.

En prendre un dernier pour n’avoir plus à revenir en arrière et vivre enfin.

Mais que suis- je donc allée faire dans les Alpes. Je n’ai toujours pas répondu Emma, j’y reviendrai.


Que suis-je donc allée faire dans cette galère ?

 

J’ôte un à un les cailloux de ta bouche pour me reconstituer des montagnes que je n'ai de cesse de gravir.

 

Bien à toi.


Bien à vous.

 

 

 

Par Ines de Saint Lambert
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Lundi 22 septembre 2008

Oui

Je ne suis pas morte, mi silencieuse, mi têtue, je suis juste à deux doigts des Alpes!
La rengaine Alpestre, je la radote, je la redoute.
Toujours cet entêtement à vouloir caresser l'échine des cimes.
De retour dans la roche et les névés. Le coeur palpitant dans la nuit, les yeux opaques de brume.
Je me corromps au bruit sourd de mon pétinement lent.
Je sais l'enfer qui m'attend et j'ai dit " OUI" à cette épouse inconnue!
Je ne vous oublie pas et vous porte sur mes épaules.

Bien à vous.
Par Ines de Saint Lambert
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Lundi 4 août 2008

J’ai refait un tour dans Nancy, en voiture, la nuit, le petit bonhomme derrière appliqué dans son sommeil. Sur fond de rap, rue Jeanne d’Arc, avenue du général Leclerc, le long des trottoirs jonchés de putes –vulgaire, je sais, je suis vulgaire et décalée– mais c’était mon quartier, mon quartier d’errances nocturnes et d’indépendance.  Je méditais sur l’avenir, je ressassais l’oubli.
Défilaient, des zones d’ombre dans ma tête et des pans d’œuvres incomprises. J’avais besoin d’air, à portée de main, l’eau noire du canal pour rafraîchir mon chagrin. J’avais les dames plantureuses, décolorées aux talons d’aiguilles et robes insolentes d’échancrures pour gourmander mes virées. Elles, seules, semblaient en mesure de m’aider à fabriquer du mouron. J’étais sotte, veule, à m’auto satisfaire de la désespérance que je glanais dans leur regard. Je méditais aussi sur l’amour, Carrie, je remettais tout en cause, je n’avais qu’une envie, une hâte, renverser le système et le dépouiller de tous ses principes.
J’étais livrée à moi-même et croyais bien faire.

Utopie!
Je ne veux pas que tout repose sur lui.

Il faut que je me soigne.

Ne pas dormir écourte l’espérance de vie. A quoi bon survivre dans un mouroir ? J’ai peur de la Mort.

J’observais les bons pères de famille traîner ces rues comme des chacals.

Petit bonhomme appelle. Je file.


Bien à toi.

Par Ines de Saint Lambert
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Mardi 29 juillet 2008

La nuit, je parle encore d’espèce, de la perpétuer ou d’y mettre fin.

Je régurgite mon NancyII, les oeuvres décadentes comme une tragédie dessinée. J’ai le ventre lourd, plus de souvenirs, plus de mémoire à débiter. La nuit, il m’arrive, allongée sur une table, de lui raconter ce que je sais de la vie, au petit gars des villes, au petit gars des banlieues. Ce dernier, intrigué, écoute, serein, un presque rien mélancolique parce que sa vie tourne mal et prend le chemin du doute. Et puis, j’ai le mien de petit gars, celui qui pelotonne ses petites mains au fond de son petit lit – vous me croirez si vous voulez mais quand je m’approche du bord du bleu de ses yeux, j’en attrape le vertige.
Je constate, amèrement, qu'avec ses heures passées à essayer de dire que je n’ai plus de livres dans la tête, je perde le peu qu'il me reste d'eux.

Pour reprendre les mots laissés à Carrie link

 

J’en ai l’arme à l’œil.

Je me pose les mêmes questions.

J’ai mal de mon absence.

Je veux écrire encore.

 

Je pense à vous.

 

Par Ines de Saint Lambert
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