Vendredi 6 novembre 2009

Faire un grand feu de tout ce que j’ai écrit et de tout ce que j’ai lu.

Et pourquoi ne pas me jeter dedans pour mettre un terme à vos souffrances.
Faire le grand saut ! Tout brûler pour hérésie. Sans omettre de calciner la fébrilité de mon âme.

Ne voyez vous donc pas que je suis habitée du malin ?

Je suis une sorcière qui empoisonne vos vies.

A moi de brandir cette plume et de la retourner contre moi-même pour empaller le mal qui sévit.

Mes voix se sont tues.  Je n’écris plus rien de percutant ni salutaire. Je baragouine des lieux communs.

Ma souffrance vient de ma résignation.

J’ai décidé de me priver d’air; et cela au détriment de mes sens. Le but étant pour moi de parvenir à me désensibiliser. Accéder à l'idéal par immobilisme.
Je suis consciente d'échouer.
Emma, je suis crédule.

Bien à vous chères destinataires malgré vous.

Par Ines de Saint Lambert
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Dimanche 18 octobre 2009

Objectif moins dix kilos!

Du fond de mon désespoir, je m'inflige une nouvelle douleur.
Avec toutes les conséquences que cela engendre.
Tant pis.
Je m'enferme.
Un nouvel échec. Ma paranoïa reprend ses droits et gagne du terrain.
Je n'ai plus confiance  en personne, plus personne du tout.
Je ne suis et ne serai jamais les Autres, je me répète!
Je ne serai jamais une de plus parmi tant d'autres.
Je subis les affres du délaissement.
Malade ou pas, qu'en sais-je?
Je ne veux plus décevoir.
Je suis ridicule. Je n'assume rien.
Je ne veux plus être. Mourir, certainement pas.
Je voudrais ne plus être mais seulement de manière hybride.
Me comprendre?
Tu ne comprendras jamais.
Emma, Anne, Consti, Anorchi, Lili, Witness et toutes mes consoeurs d'infortune...comprennent!
J'ai besoin de vos mots.
Je me sens mal.
Je suis naïve. Une artiste naïve dont on peut abuser à souhait.
Mon Cousances est une mafia.
Je ne contrôle plus cette descente, je file vers le fond, vers les bas fonds. Je vois le mal partout. Je cours pour m'oublier dans les rues froides et sombres.
J'avais promis de faire mon maximum. Je l'ai fait. J'échoue. J'ai échoué.
Je n'ai pas violé ma promesse. Libre à vous, à toi de m'en vouloir et de me détester. Je ne mérite pas mieux. Haïssez moi!


Bien à vous.

Par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 2 octobre 2009

Mlle K.

 

Tes interrogations sous les yeux, je tente d’apporter une réponse. Je saute de genre en ligne, de pc en plume. Je suis l’Autre à nouveau pour te conter mes affres de la Mort ?

Je n’ai jamais pu m’empêcher d’imaginer combien un cœur qui fibrille doit être douloureux à supporter. Je ne connais pas de Morts douces. Il en est de plus ou moins violentes, certes, mais aucune ne me rassure. Pour mourir, il faut absolument arrêter la pompe cardiaque qui n’en demeure pas moins un muscle d’une puissance inouïe. Taire le mécanisme récalcitrant par étouffement, hémorragie, empoisonnement ou je ne sais quoi ! Voire, en venir à bout, par acharnement thérapeutique.

J’ai si peur de l’euthanasie.

J’imagine une violente crampe qui assaille et électrise de la tête aux pieds, des fourmillements anarchiques et intenses sillonnant jusqu’à la moindre venelle du réseau sanguin. Des cellules qui n’avancent plus et des chairs qui convulsent. Du sang qui coagule. Des souvenirs qui fusent entrelardés de spasmes saccadés. La vie qui se vide de toutes ses virées. Le cadavre égrène les dernières sonorités qui lui parviennent de la rue. Mourir, c’est contraindre l’âme – comme un divorce, comme une rupture - à ne plus s’accrocher à l’Autre qu'il abandonne.

Il me souvient d’avoir été happée par des yeux d’une intensité bleutée, un jour d’anesthésie avant d'être emportée dans une folie tourbillonnaire.

Mourir, c’est perdre le contrôle de soi.

Mourir, c’est tout perdre.

Je redoute cette souffrance démesurée. La Mort a la particularité d’être irréversible. Mourir c’est mettre un terme à tout.

C’est mettre un terme. Je déteste mettre un terme. Je redoute les choses qui finissent. Les fins me tétanisent. Pas d’avant, pas d’après mais seulement un présent qui dure.

S’éteindre, c’est ne plus revoir personne et pourrir sous la terre. S’étreindre, c’est accepter, à un moment ou à un autre de lâcher prise. J'ai suffisamment abandonner pour récidiver. S’aimer, c’est se projeter dans la solitude et envisager l’échéance ultime.

Tes mots me conduisent à des réflexions lugubres. Je modère mes propos, les retiens car je sais l’intensité de ta lecture.

J’ai vieilli. Je n’ai plus cette  fougue et insouciance vectrices des plus tordus projets. J’ai fait du mal. Beaucoup de mal.

La Mort ?

Il faut observer la décomposition d’un animal butté sur le bas côté d’une route pour comprendre, je ne vais pas te faire du Baudelaire - la charogne ou la servante au grand coeur !
Il suffit de Respirer l’odeur de Mort pour comprendre. L’odeur fade et cuivrée du goupillon trempée dans l’eau bénite.

Sans le savoir, lorsque mon père rentrait d’un enterrement, il traînait dans la fibre de ses vêtements des effluves funéraires jusqu’ à la table du repas. Il me coupait l’appétit et me filait la nausée. J’en avais la gerbe pour reprendre les mots d’Emma. La gerbe qui me conforterait aujourd’hui dans mes crises boulimiques. 

Et de penser !

Quand le soir après les funérailles, l’esseulé(e) regagne le coin du feu, et que l’Autre est là, tout bas, étendu dans son linceul, que l’âtre le(a) réchauffe, que l’Autre pas si loin finalement – dans le prolongement de notre rue - commence à grelotter de tous ses os, dans la belle tenue que le survivant(e) a choisi ! Je suis consciente qu'il ne pourra jamais plus empêcher les assauts des éternels frissonnements, Même les plaques et fleurs que les affligés viendront déposer sur son front ne lui garantiront une minimale protection. J’imagine la pluie qui fouette son caveau. Le gel intense lui éclatant les dernières molécules en mouvement. Le Mort est une misérable culture de cellules en putréfaction. Voici le corps aimé qui se désagrège. Même sortir la dépouille du caveau n’y changerait rien.

J’y ai songé, j’y ai songé plus d’une fois.

 

Bien à toi.

Par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 30 septembre 2009

Adiuro vos !

Emma, une fois encore, vers toi, je me tourne.

J’ai peu écrit cette semaine ou rien de bien existentiel.

Aussi, j’ai peu mangé...tant mieux.

J’ai tenté de me raconter en des termes seconds mais je n’avais pas l’essence, ni l’aisance qui te caractérise, toi, quand tu parles des autres. J’ai tenté maladroitement de fossiliser mon espace en capturant des lignes brisées. Je tends vers une épuration langagière et stylistique. Accessible à tout un chacun mais j’échoue. Je voudrais tant prétendre au dialogue, m’installer studieusement dans une conversation plénière, consistante, bardée de souvenirs exacts, alimentée de mémoire vive, emprunte de ressenti, vrai. Je mesure le fossé qui me sépare du reste du monde. Je retiens le désir d’appropriation des lieux. Mon corps a cédé. Le cliché qui dévoile a trahi.

Que m'importe, j’ai bien changé.

J’affectionne tout particulièrement les séquences de ma vie durant lesquelles mes joues se creusent presque irrémédiablement. Je cultive mon dessèchement.

Se focaliser sur des endroits uniques. Tirer la rue au cordeau.  

Immortaliser l’instant.

Virevoltaient autour de moi des couples déformés d’arthrite. Leurs lignes appliquées se jouaient des règles d’écriture, la faute aux tremblements fidèles et précurseurs de la déconfiture.

Faire de la souffrance intérieure une force extérieure ?

Ma chair est agitée des maux qui la régissent. Je m’accroche à mon écrit même s’il a chamboulé ma tête.  Ne rien perdre du temps qui s’évapore. Faire abstraction des règles et des lois qui nous condamnent à nous taire. Résignée à ne jamais attenter à mes jours, je me suis désunie du vide et du pire que j’améliore en vain.

J’étais celle et nulle autre qui porte la croix au pendant de mon cou.

De clichés en rejet de tout le monde, je me tourmente.

 

Bien à toi.

 

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 10 septembre 2009

Confiteor beatæ Mariæ semper Virgini, ma tête embrumée t’implore.

Emma, de Courmayeur à ma crise mystique, j’ai décidé de subir mes propres assauts.

Vendredi 28-8h15 : Courmayeur-Chamonix, deux villes gémellaires et indéfiniment séparées l’une de l’autre par l’immensité de la Vallée Blanche. J’ai le cœur serré avant de m’engouffrer dans les boyaux obscurs du tunnel du Mont Blanc. Mon œil est obnubilé par la couche neigeuse qui coiffe le toit de l’Europe d’une sorte de perruque glaciaire.

Vendredi 28-8h30 : Toujours le cœur serré de laisser mes amours plantées sur le sol français avant de soumettre mon corps à l’effort. J’attends d’être acheminée de l’autre côté de la frontière. Il me faudra revenir par mes propres moyens. Revenir seule parce que je me suis engagée à le faire. Parce que leurs  yeux brillent et que les miens m’inondent à l’intérieur.

Je me noie d’interrogations existentielles.

Vendredi 28-8h35 : Je pars pour une course et j’envisage le pire. Scabreux raisonnement ! Me reviennent en tête les anciens combattants qui ne décidaient de rien mais que le patriotisme a réduit en charpie.

Emma, pourquoi suis-je en train de penser à eux ?

Confìteor Deo omnipotènti
et vobis, fratres,
quia peccàvi nimis cogitatiòne,
verbo, òpere et omissiòne.

Pour m’imprégner de leur courage et savourer la chance que j’ai de ne pas aller au front.

J’ai toujours été ficelée à notre histoire. Je les salue dans ma cavale.

Courir en leur honneur. Peut être, en leur mémoire, peut être, est-ce leurs affres de la Mort que j’hérite et ressens là, au pied du tunnel, à deux pas d’un conflit contre moi-même. Je les commémore à ma manière sans polémiques de clocher!

Vendredi 28-8h45 : La porte s’est refermée sur moi. Je suis traversée d’un frisson de panique,  transie de peur à l’idée de les quitter. Incompréhensibles idées que celles qui me bousculent. Nos regards se croisent une dernière fois au travers des vitres sales du bus. Je suis ballotée au rythme lent de son roulis. Je me ferme du dedans et m’ouvre à la peine. La métamorphose s’opère et la métaphore de mourir s’impose. Je ne suis plus moi, je deviens les Autres. Les Autres qui me pensent. C’est à ce moment, à l’aube de mon exil que je me reconstruis. Chacun me repasse en tête.

Pourquoi ? Je n’ai plus de patience. Je n’ai que l’impatience de courir.

Inexplicable processus de la reconstruction d’un moi détruit.

Vous, nos soirées bien calées dans le petit nid douillet de notre demeure.

Emma, tes écrits me mettent  la tête sens dessus dessous.
Je ne rentrerai pas ce soir !

Vendredi 28-9h34 : Italie, ensoleillée, ses toitures d’ardoises, ses rues fraîches et pimpantes, ses venelles tortueuses et ramifiées qui mènent à la pente raide. Je m’enivre au son des cloches et aux éclats de voix rauques et transalpines, je me signe en marque de reconnaissance. Nous longeons les files d’applaudissements émergeant d’une population raffinée et élégante. La masse devient clameur, hurlement, frénésie, je suis dans l’arène, prête à en découdre avec ma contrition.

Tiendrai-je jusqu’au bout ?

OUI.

‘’Je veux rentrer en communion avec Jehanne, TOUT DE SUITE’’.

Etonnamment, je ne doute plus. Emma, je ne doute plus, ni de ton talent, ni de ta syntaxe que je régurgite de bonheur.

Mon cœur se desserre. J’implore le pardon. Nous sommes vendredi 28, il est précisément 9h58 et je deviens une machine.

Mes très chères balaient du revers leur âge christique. Une page se tourne.

Vendredi 28-10h00 : Italie, il me souvient, Rimini, sa plage, Venise, ses eaux saumâtres. Italie, je succombe à ton charme, ma folie et moi, t’aimons. Je l’aime, elle et sa face cachée du Mont Blanc, elle et ses paradis glaciaires dégoulinant de ses épaules à l’instar d’un pan de soie d’une blancheur éternelle. A mon tour de me répandre comme une onde. J’ai, à cet instant, conscience de notre immortalité. Je me liquéfie.

La course Emma?
Elle supplante mon sang et me coule dans les veines. Mon cœur la pompe et la propulse dans chacune de mes fibres en contraction.

Toi tu poursuis ton chemininement obscur et délétère. Je commence à écrire comme toi. Tu me mimétises.
Au son d’hymnes nationaux, de musiques pompeuses et grandiloquentes je pars, la tête bouillonnante d’envies. Difficile de dire exactement ce que l’on ressent à cet instant. J’ai su plus tard que les jumelles dans leur voiture, à l’écoute de la retransmission du départ, à la radio, au moment du décompte,  a ressenti une émotion sans précédent, à la limite des sanglots. Etions-nous en communion à cet instant, au passage de la ligne, certainement. J’ai regardé en direction de la colossale chaîne montagneuse, les imaginant derrière et je me suis promise d’en faire le tour afin de les rejoindre au plus vite.

Vendredi 28-12h09 Refuge Bertone :

La course ?

J’ai presque envie de dire qu’il n’y a plus. Ni passion, ni contrainte, ni loisir, je ne sais ce qui m’anime mais j’avance fermement.

J’observe mes acolytes.

Nous sommes les composantes à part entière d’une aventure humaine. Nous ne nous mesurons pas les uns aux autres mais rivalisons contre nous-mêmes et explorons nos propres limites. Nous ne faisons pas le tour du Mont Blanc mais le tour de notre entité profonde et chahutée.

Emma, parce que le trouble conduit toujours à la démesure.

Refuge Bonatti 14h03 : Pas de Mp3 rivé aux oreilles, j’ai ce besoin étrange d’écouter l’halètement et la palpitation du cœur de mes compagnes et compagnons serpentant d’un commun accord les passages étroits menant au sommet des cols. Juste entendre la coordination subtile des expirations et inspirations émanant de cette cohorte lente composée de silhouettes avalant obstinément l’immuable dénivelé.  Les difficultés s’enchaînent, les ascensions sont longues et éprouvantes. L’organisme commence à  s’impatienter mais comprend qu’il ne lui sera fait aucune complaisance si bien qu’il se résigne à endurer grâce à un mécanisme dont lui seul a le secret.

Je pense à mon corps. Ma tête avance. Je panse mon corps, ma tête le devance.

La chaleur nous plombe, j’affectionne particulièrement ce contexte caniculaire. La vallée a des allures de fournaise et les crêtes sont balayées de vents glaciaires. Nous devons encaisser les chocs thermiques, courir les cimes jusqu’à Arnuva, 15h03, tourner le dos à l’Italie et passer en Suisse. Autre population, autre contexte, autre difficulté, le monstre Ferret, 16h32, nous égrène un à un et soutire un peu d’ardeur au soleil. La Fouly 17h50, les randonneurs regagnent leurs pénates, nous replions notre égo et revisitons nos fondamentaux.

Emma, mon périple commence à peine.

Champex 20h07. Les jumelles soufflent leurs bougies avec l’Enfant aux yeux couleur glaciers. Je garde mon rythme effréné. Tout s’accélère, de la tête aux nuages, de la poussière aux étoiles que je soulève de mes foulées soupesées. Je calque mon rythme sur les battements de mon cœur et la chevauchée de Jehanne. Je ne suis plus rien. Ni moi-même. Ni une autre. Bovine, 22h24, la nuit nous tend les bras, blanche et mystique. La nuit nous tend ses bras, noire et troglodyte puisque nous vivons, reclus, dans son retranchement comme dans une grotte.

Trient, 23h38, les versants nous déroulent des sentiers accidentés et abrupts. Des lueurs se faufilent en guirlandes à perte de vue. L’immensité nous aspire, nous sautons de roches en racines, le brouillard épais nous étouffe, nous fourvoie, nous disparaissons comme des lucioles derrière les halos formés par nos frontales. Des fantômes sur des tables improvisées nous servent des gobelets d’eau fraîche. Rafraichissements que nous ingérons plutôt par complaisance que par soif car ceux-ci nous compriment les viscères au point de faillir. Catogne, samedi 29-1h13, que c’est bon de sentir la chair dans la peine et la constriction.  Les muscles brûlent, le ventre est gelé, encore un choc à digérer. Les soupes chaudes ressuscitent. Et la France se profile à vive allure. Vallorcine me rassure samedi 29-2h09. Des sentiers de plus en plus chaotiques et caillouteux, des articulations caoutchouteuses qui démissionnent et une tête hargneuse qui renchérit.

Tenir.

J’entends des voix retransmises par le grésillement du portable et m’encouragent à tenir. Famille et amis me soutiennent du fond de la nuit.

Je pense à l’apôtre Pierre épaulant Jésus aux jardins des Oliviers. Aux larmes de sang. Au fil de Dieu fait Homme, je ne suis qu’une femme et j’emmerde le culte! Pierre s’est endormi.

Péché mortel !

Encore

Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa

Tout défile. Tout re-défile, Emma.  Mes échecs successifs, mon mal-être ressurgissant des forêts, ma mère, ce linceul qui l’a recouverte définitivement, ses mains croisées sur un chapelet énigmatique, lui filant entre les doigts comme du sable. Qui lui a donc remis ce chapelet? Mon père peut-être ? Aucune idée finalement ! Je ne m’interroge plus je tire sur mes bâtons de toutes mes forces pour en découdre avec cet imaginaire macabre.

‘’Qui m’aime suive ma bannière blanche !’’

Mon chemin de croix ; je porte cette course comme un fardeau, j’ai décidé d’expier mes fautes par l’effort. Oui j’ai péché, par action et par omission, oui j’ai vraiment péché donc je cours à mon supplice. Mon Golgotha sort de la brume. Je m’empresse de rejoindre les sœurs et l’Enfant au regard glacé qui calculent le temps qui s’écoule entre elles et moi.

 ‘’La clepsydre se vide, souviens-toi’’.

Je ne progresse plus, je vole malgré des vertiges qui m’assaillent aux abords des précipices.

Dangereuse volte sur une arête. Le vide en contrebas m’attire. Je tais ma peur et me concentre vers le haut.

Finalement, je vous regagne finalement  en temps et en mémoire.

Ideo precor beàtam Mariam semper Virginem.

Dernière ascension, La Tête Au Vent, 4h23, dans la froidure et le brouillard. La pluie s’en mêle, ma tête inondée de sueur est gelée. Je flirte avec les précipices, les gorges béantes et les moraines gigantesques me tournent les sens comme des femmes lubriques. Je joue les équilibristes, m’accroche à la paroi. Je porte à l’instar du cilice mes vêtements trempés de sueur. Je suis à la limite de la consécration monacale.

Emma!
Emma, je suis une nonne.

Je pense l’Enfant, je pense Leila, je pense Layla, je vous pense, je pense à la chaleur qui m’attend entre leurs bras. La Flégère 5h13, mes voix me susurrent de prendre soin de moi. Plus rien ne me retient, je dévale, je suis une femme caillou, une avalanche, une coulée de boue, je dévale entre roches et racines glissantes et blessantes. A chaque instant je défie l’apesanteur et prends des risques.

Chamonix, samedi 29-6h28 : Layla me tend l’enfant dans les bras, je passe la ligne ! Les filles sont là, attentives et intentionnées. Ca me touche. Ca m’émeut. Ca me retourne. J’entends toujours les voix déformées par l’amplificateur du portable. Mes amies du fond de la nuit me parlent, me félicitent, me congratulent, m’aiment. Elles sont ma chair et mon sang qui bouillonne !

J’ai besoin d’elles Emma! 

Ils m’apportent le soutien, le réconfort, la motivation.

J’ai passé la ligne. J’ai besoin de leur parler, de leur dire combien sans eux…

Quelle ligne finalement ?

L’arrivée de quoi ? De qui ?

D’un aboutissement. Je ne suis rien ou pas grand chose. Au bout de plus de 20 heures, je n’ai pas plus de réponses. Je sais que je ne suis rien et encore moins devant l’immensité des Alpes mais c’est un tout qui m’apporte la sérénité mentale d’avoir approché le mystère originel.

Une énigme que je ne mesure même pas.

Ainsi j’ai l’impression d’appartenir un peu plus au pas grand chose universel.

Toujours cette difficulté pour moi de trouver ma place dans la société et d’adhérer au système qui la régit.

Une larme s’échappe et ruisselle le long du cou diaphane de l’Enfant comme un filet volubile de neige fondue sur le galbe d’un rocher. Je sanglote un peu. Layla est là, maternelle, attentive, accrochée à mon regard emprunt d’altitude. Elles sont toujours là, à mon chevet, depuis toutes ces années de quête et de fuite perpétuelle. Des années à soutenir cette folie d’aller au bout de moi-même.

Je ne me suicide pas.

Je ne m’assassine pas malgré les traumatismes que génèrent de telles épreuves.

Je me renais dans la douleur.

Je me ré-enfante au nom de maman.

Omnes Angelos et Sanctos, et vos, fratres,
oràre pro me ad Dòminum Deum nostrum.

Misereàtur nostri omnìpotens Deus et,
dimìssis peccàtis nostris,
perdùcat nos ad vitam aetèrnam.

 

Bien à vous.

Bien à toi. 

 

Par Ines de Saint Lambert
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Vendredi 31 juillet 2009

Fallait pas écrire tout ça. En écrire moins peut-être ! Sous le soleil, déjantée je suis, la fin et la force, tout au moins la communion des deux pour tenir. Je m’efforce de garder le cap, d’offrir du réconfort aux miséreux, moi la misérable. Pardonner, n’en vouloir à personne. Tendre la joue et recevoir l’autre gifle, celle qui succède à la première et que le prophète nomme l’onguent du cœur. Respecter même l’irrévérencieux jusqu’à ses forfaitures. Ils deviennent fous, malades. Je vous parlais de meurtrissures, de Rome détruite. Je vous parlais du feu qui roussit ma peau. Des liquides diurétiques que j’ingère aux nouvelles que j’infuse. Les Alpes, calées dans mon imaginaire, à définir des pics, des lignes. La blancheur éternelle des neiges. Les sentiers des névés. Les pierriers qui dévalent comme des avalanches. Je ne m’autorise plus le moindre faux pas. J’implore la guérison. J’apprivoise la réflexion. Réfléchir avant d’agir, de juger, de condamner. Tendre l’autre joue. Le pardon. Le salut. Les démarches salutaires. Je veux que l’enfant aux yeux couleur glaciers retienne cela de moi. Là haut, pendu à la poutre du Golgotha, il y avait lui et elle dolorosa iuxta crucem lacrimosa dum pendebat Filius !

Il me souvient, de ces heures d’inconfort.

Il paraît que mon style est trop lourd, trop pompeux, trop emphatique, peut-être ont-ils raison mais il est la retranscription parfaite de la chape de plomb qui pèse sur mon crâne. Je n’exhorte personne à me personne, je ne traîne personne dans mon sillage. J’évacue seulement le monologue que je ressasse dans ma tête.

 

Bien à vous au fil de mes déconvenues.

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 30 juillet 2009

Comme je n’écris plus, le mal me sort par les pores de la peau. Le malin me ronge, me brûle, me desquame. Je suis un ramassis de cellules mortes activées de tensions fulgurantes. La peur du lendemain, la peur de ne jamais guérir de la peur de mourir. J’angoisse d'être éphémère. Les édifices pérennes s’effondrent autour de moi. Maladies, ruptures, stupre et tromperies assiègent ma sérénité. Je suis à nouveau dans l’expectative. Le toit de l’Europe attend de moi que j’en fasse le tour. Peur, j’ai la peur au ventre, une trouille paralytique de la nuit et de l’altitude. Peur, j’ai la peur au ventre de finir sous les décombres de ma vie cadavérique. Je le constate, Rome s’effondre autour de moi. Rome l’éternelle. Je rêvais la majestueuse cité au fil des rues Nancéennes. Nancy, Nancy, j’y remets les pieds de temps à autre, j’y traîne mes regrets au crochet de Du Bellay. Je n’évacue rien du mal  qui me dévore. Adieu mes lectures, adieu mes livres, tout stagne au fond de moi - mais où ? Je tâtonne ma chambre, ma chambre transitoire, ma chambre universitaire. Ma chambre n’est plus, cité universitaire de Monbois, rue Ludovic Beauchet, 54000 Nancy, 54 millions de raisons de me poser toujours la même question - pourquoi mon corps est-il  devenu l’antre d'un diabolisme presque nauséeux à l’instar d’un dépôt d’ordures? Je suis la dépositaire d’un immanquable échec. Je me remémore Nancy et les bancs de la faculté. Je revis mon abandon comme un drame, rue Victor Hugo, c’est dire, tout un symbole et l’échec des Misérables au programme de licence, cette année là, sauf la dimension eschatologique au sein de l’œuvre, sauf mes yeux braqués vers des croyances illusoires. J’ai fait du catholicisme un succédané d’exil. Je ne crois pas en Dieu, je crois en quelque chose qui n’appartient qu’à moi. Je revois les pages de mes livres, les lignes torses de mes tourments. Moins d’alcool, moins de café, de plus en plus de tisanes, des kilomètres de sentiers, des heures de bitume et l’altitude que je redoute. Je lis l’espace grandiloquent des montagnes vieilles. Je monte et descends les rides qui creusent la face polie des ballons des Vosges, dessine des forêts sous des orages cinglants de solitude. Je bondis de roches en rochers, j'effleure le dos rond des pierres érodées, je cours au bord des précipices, en oublie les dangers -la chute inévitable- tant pis si mon pied heurte une racine, je me désaltère de l’eau des lacs et du roulis de ma course effrénée, je ne tomberai pas plus bas. Que m’importe la maladie, la foudre me guette, les gazons rouges revêtent des charges électriques, l'atmosphère est tendue. A chaque instant, la foudre peut déchirer ma silhouette. Je ne suis qu’une ombre au cœur de cette immensité de dunes imparfaites. Les sommets fondent, disparaissent derrière des pans d’opacités éclectiques. Mon entrecuisse se consume. Les matières composites me scient la chair en deux parties distinctes et palpitantes.

Je ne me lasse plus de descendre et de monter. Je me calque sur le rythme granitique de la roche et des rochers roses des vieux monts, je dévale les ruisseaux, j’agite la bruyère et y dépose un peu de moi-même comme une cendre. Je suis seule dans ma quête d’autodestruction, je suis seule à me décevoir. J'ai mal!

Du Hohneck, Emma, j’ai vu la chaîne des Alpes d'une candeur androgyne. Je sais que rayonne le bleu du glacier des yeux de l'Enfant. J'en suis folle amoureuse. J'irai pour lui du fond de  sa maladie, pour eux du fond de leur crise, pour lui du tréfonds de ses yeux qui desarçonnent, pour leur prouver qu'il faut toujours aller au bout malgré tout.

 

Bien à vous.

Par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 13 mai 2009
Je vous lis ce soir et me remets en question comme jamais...ces inquiétudes qui me viennent des couloirs éclairés...qu'en dire puisqu'il faut s'y tenir...et courir les lits à roulettes vers les salles obscures où l'on détecte le mal en légion. Ouvert du peu, charcuté d'hémoglobine sous la peau diaphane parce qu'incapables de dire réellement ce qu'il en est. Je vocifère de rage.
 
Bien à vous
Par Ines de Saint Lambert
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Mercredi 6 mai 2009

Je ne me rassasie de rien, tout ce qui m'environne est synonyme de destruction. Je crois bien avoir contracté le virus de l'hécatombe psychotique.Je tremble, n'exulte plus. Pourquoi?
Je note au verso de mes humeurs: Insaisissable sensation de déliquescence.  
Que de mauvais choix! Heureusement qu'il y a l'enfant!
Et puis, nous sommes tellement à nous en foutre, pourquoi pas moi?

Bien à vous.

Par Ines de Saint Lambert
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Jeudi 2 avril 2009

Je suis vide de vocable, vide d’arguments, vide de syntaxe et formulations. Pourtant, pourtant toutes ces années nancéennes, pourtant ces nuitées de discernement funambulesque. Si bien que, tout ce que j’ai pu emmagasiner durant ces années, demeure inaccessible. Je fais preuve d’immobilisme et d’inertie. Heureusement que son regard du bleu des glaciers supporte mon effort.

L’inutilité me dévore.

Bien vous.

Par Ines de Saint Lambert
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